ARTICLE PUBLIÉ DANS RACAILLES n°66 (printemps 2013)
Et si l'on pouvait avoir
sans acheter et donner sans échange. Pas simple de penser ainsi à
contre-courant des formes traditionnelles de l'échange, d'autant plus
quand le consumérisme tente de gangrener chaque jour un peu plus les
espaces de nos vies. Pub, achat, envie, besoin, changer, jeter,
acheter, développer, marché, mode, conso, obsolescence, nouveauté... Que ce
soit dans nos rues ou par notre « temps de cerveau
disponible » nous n'avons
parfois plus en tête que l'échange peut aussi être raisonné,
libre et non marchand.
C'est l'initiative à
Lisieux du collectif LéA– Liens, Échanges,Actions–
qui souhaite développer ces formes alternatives autour du don, du
troc et du prêt perçus comme favorisant le lien social. Au-delà
des modèles traditionnels du don et du contre-don développés dans
l'ethnologie moderne (notamment par Marcel Mauss puis Claude
Lévi-Strauss) on retrouve l'ambition de zones de gratuité qui
évacuent la nécessité d'une réciprocité. Nous avons déjà pu
observer de telles initiatives à Caen, par exemple à l'ancien squat
politique du Pavillon
Noir,
lors d'actions du Collectif
de Réappropriation de l'Espace Public(CREP) ou les nombreuses initiatives solidaires autour du vélo (ex :
Vélisol) ;
force est de constater que les schémas classiques sont chamboulés
au point de créer une incompréhension chez les non-initiés :
pourquoi donner sans attendre en retour ?! Il y a parfois de la
méfiance comme si la qualité tenait de la valeur marchande donnée
à l'objet ou au service, comme si l'acte désintéressé dissimulait
une arnaque. Mais non ! On peut donner ou prendre sans être
montré du doigt ou taxé de profiteur !
LÉA est ainsi à
mi-chemin entre un système d’échanges locaux et une zone de
gratuité, il a pour objectifs :
- le recyclage et le réemploi gratuit d’objets ;
- l'organisation d’actions autour du thème du non marchand ;
- l'échange de savoirs, savoir-faire et de services entre personnes ;
- le partage entre tous des temps festifs et de convivialité ;
- opposer le modèle de société productiviste, de consommation et ses gaspillages au modèle local alternatif d’organisation des échanges entre les personnes, à construire ensemble.













