27 janv. 2019

"Comment la non-violence protège l'Etat", le choix bouquins de Racailles

Casse, incendies, dégradations, pillages, destructions, vandalisme, guérilla urbaine... Tels sont les mots utilisés par la presse, le pouvoir et même certaines organisations syndicales, associations ou "vrais" gilets jaunes pour décrire la violence dans les manifestations. Ces actes sont toujours désignés avec un vocabulaire qui laisse entendre qu'ils sont le fruit de personnes irresponsables, qui ne réfléchissent pas, qui décrédibilisent le mouvement, qui ne cherchent que le désordre par goût du chaos ! Ils ne font que se défouler, profitent des manifestations pour commettre des exactions criminelles et lâches, pour en découdre avec la police. Ce sont des casseurs, des vandales, des écervelés, des voyous, des extrémistes infiltrés assoiffés de désordre et de sang ! Mais jamais ne sont utilisés des termes comme sabotage, tactique ou stratégie de lutte. 


Pourtant, une bonne partie des militants radicaux qui utilisent ces moyens de lutte le font en conscience de ce qu'ils et ELLES font. Impossible toutefois d'échapper à ces discussions insupportables dans les médias qui distinguent le bon manifestant du mauvais manifestant : 
  • le bon manifestant : il marche, il chante, il est sympathique, il écoute HK et les Saltimbanques et les seules choses qu'il brûle sont des merguez.
  • le mauvais manifestant : il marche, il chante, mais il porte du noir, se cache le visage et porte un masque. Il lance, il casse et il nuit à l'image du mouvement.

23 janv. 2019

Révélations - Comment LREM a organisé sans le dire le rassemblement « Maintenant, la Paix ! » à Caen

Ce dimanche, à Caen, a eu lieu un rassemblement sur l'esplanade de l'Hôtel de ville de Caen pour réclamer le retour de « la paix » après plusieurs samedis de manifestations agitées des Gilets jaunes dans le centre-ville caennais. Faisant croire qu’il s’agissait d'un événement spontané de « citoyens », il s’avère que la République en Marche était aux commandes du début à la fin sans jamais s’afficher ouvertement. Décryptage d’une manipulation que les médias locaux n’ont pas eu la franchise de mettre en lumière.


« Nous sommes une poignée de citoyens, engagés ou non, qui avons pris cette initiative apolitique et transpartisane de vous rassembler ». Le ton est donné ce dimanche 20 janvier en début d’après-midi. Le collectif "Liberté, Égalité : Vive La République", à l’initiative du rassemblement, expliquait qu'il s'agissait d'un rassemblement « apolitique » de citoyens qui défendent « les valeurs de la République une, indivisible et laïque », prétendant également affirmer leur « soutien aux institutions ».

21 janv. 2019

"Le président trouve toutes les baisses faisables"

Salut à tous, que vous soyez lecteurs, gilets jaunes, racailles, stylos rouges, agriculteurs, syndicalistes ou encore  gueux de chroniqueurs (bon on sait, celle-ci est éculée). Vous l’aurez compris, cet article comprend encore son lot de contrepèteries, soit un peu de jolis sons… Que nous a donc réservé l’actualité ces derniers temps ? Eh bien, c’est sans effort que nous sommes parties à la pêche aux infos tant la période est propice à de bien curieuses fouilles politiques et journalistiques.


Pour commencer, quelle ne fût pas notre surprise de nous voir personnellement et collectivement adresser quelques pages usinées. L’artiste de cette lettre - qui se nomme Emmanuel - semble avoir dans son cœur comme un rameau nu. Un rameau de la paix nous dit-il. Avec ce courrier tout un chacun dans notre si jolie France, goûtons les joies de la verve présidentielle. Il y montre sa piste à la nation. Méfions-nous pourtant car le diable est dans les détails, à peine voilé. Il nous annonce vouloir à tout prix éteindre l’incendie d’une société mise à feu et à sang par une masse de perturbateurs, alors que l’huile y est jetée par sa politique et ses amis fortunés. Ah ça, ils savent bien faire converger les sommes où ils le souhaitent…

17 janv. 2019

Victoire de la démocratie : le gouvernement publie les résultats du Grand Débat National 10 minutes avant qu'il ne commence

Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, l'aurait annoncé mardi 15 janvier : l'exécutif était heureux d'avoir permis « une grande victoire pour la démocratie » en dévoilant - pour des raison de transparences - les résultats du Grand Débat national plus de 10 minutes avant que celui-ci n’ait commencé.


Mardi 15 janvier 2019 - 10 h - perron de Matignon

La nouvelle qui allait bouleverser nos institutions et faire trembler les plus frileux et radicaux opposants et autres sceptiques de la politique gouvernementale fut annoncée d'un bloc. C'est sur le perron de l'Hôtel Matignon, que Benjamin Griveaux a décliné la nouvelle, ainsi qu'en simultané sur son compte Twitter et celui du gouvernement (les deux comptes ne sont pas gérés par le même Community Manager que celui du président de la République dans un souci éthique, de transparence et de pluralisme politique chers à nos concitoyens et gages de démocratie - NDLR). Les résultats du grand débat national seraient publiés dans l'instant, soit 10 minutes environ avant qu'il n’ait commencé : « c'est une grande victoire pour la démocratie » a indiqué le porte-parole du gouvernement. 

Un algorithme pour un projeeeet

C'est grâce à un algorithme précis et sophistiqué ayant déjà servi pour Parcoursup' - garant de l'avenir post-bac des lycéens - que les résultats ont été obtenus. En combinant les revendications des cahiers de doléances remontés vers l'Elysée dans quelques jours avec les commentaires des pages Facebook des Gilets Jaunes, le gouvernement a ainsi pu établir avec précision les arguments du peuple et donner une orientation au débat. 
C'est ce qui explique aussi le profil de la lettre d'Emmanuel Macron rédigée en synthétisant ces même arguments dans le but de répondre à tous. « C'est ainsi que le président ordonne de transformer les colères en solutions » a précisé Griveaux. 

Plusieurs mesures ont déjà été dévoilées. Le président avait annoncé qu’aucune question ne serait tabous et a donc préféré présélectionner 33 questions pour aider les français à choisir les bonnes réponses. Point principal déjà communiqué : les français ont choisi de ne pas revenir sur l’abandon de l’impôt sur la fortune (ISF) comme le président  l’avait commandé. Entre « ceux qui font bien et ceux qui déconnent », les efforts ne manquent pas pour ceux qui en ont le goût.
Reste maintenant aux Français de préparer leurs arguments en se rendant sur le site du Médef pour faire avancer ledit « débat » et sortir grandis de cette crise de jaunisse, la démocratie est à ce prix.

Jean-Michel Apathique
et la rédaction de Racailles

19 déc. 2018

Le jour où Ikea Fleury s'est auto-bloqué à la vue de trois gilets jaunes égarés

A la rédac, on s'est bien marré quand un membre de l'équipe nous a raconté son samedi 15 décembre avec ses nouveaux copains des gilets jaunes. Déjà le 24 novembre, on avait clairement halluciné devant l'efficacité des premiers blocages de centres commerciaux [on vous racontait ça ICI]. Mais là on a franchi le cap : bloquer Ikea à trois sans ne rien avoir eu à faire... "Embedded" comme ils disent dans l'Paris Match.

 
Pour la faire courte, après avoir encore été les premiers sur un lieu de blocage - cette fois Ikea - nous sommes rentrés tranquiillou à trois dans le magasin bleu et jaune cher à nos cœurs d'homo consommatus. Afin de voir ce qui allait se passer et attendre des renforts (oui, à trois pour 19 500m², on se disait que c'était un peu léger), on s'est posé a la cafet' où, par on ne sait quel bug, on a eu le droit à un café gratos. Ils ont le sens de l'accueil les Suédois. Tant qu'ils n'offrent pas de la tarte choco-caca ! C'était une place de choix pour attendre les renforts, guettables par les grandes baies vitrées surplombant la route d'accès, les parkings et les champs bordant le magasin (ceux que la multinationale tente coûte que coûte de bétonner depuis des années pour un énième centre commercial inutile). 

25 nov. 2018

Black friday et yellow saturday à Mondeville !

Ce samedi 24 novembre, les Gilets Jaunes poursuivaient le mouvement pour le huitième jour consécutif. Objectifs du jour : le blocage d'une partie de l'économie à travers les grands centre commerciaux péri-urbains. A Caen, les manifestants se sont dirigés vers Mondeville 2 et Mondevillage, avec un succès époustouflant ! Témoignage de l'action par un membre de l'équipe de Racailles. 


Avec 80 "gilets jaunes", on a réussi à faire fermer Carrefour Mondeville 2 en criant "Le rideau ! le rideau !" devant l'entrée, puis la galerie marchande, Conforama, McDo, KFC, Norauto, Buffalo Grill, et pas mal d'autres resto de la zone. Ils fermaient tous rien qu'à nous voir arriver, c'était hallucinant !

14 nov. 2018

« Salauds de pauvres ! » - Que penser du 17 novembre ?

article diffusé dans Racailles Radio du 9 novembre 2018

C'est par ces mots que nous pourrions résumer la mobilisation annoncée ce 17 novembre : 
Les émissions de gaz à effet de serre dérèglent le climat, les espèces animales et végétales disparaissent, les émissions de particules fines sont responsables de milliers de morts par an et... de gros beaufs sont prêts à bloquer la France pour défendre leur droit à polluer. Où étaient-elles toutes ces casaques jaunes fluo lorsque le code du travail était attaqué ? Lorsque nos conquêtes sociales étaient bradées ? Lorsque les cheminots défendaient le chemin de fer français ? Elles faisaient le plein de leur machine à polluer.  
Voici ce qu'on pourrait dire sur le 17 novembre. Ce serait un peu court...


D'abord, l'automobiliste est-il responsable du réchauffement climatique ? D'une manière infime, oui. Les 15 plus gros méga-conteneurs de la planète polluent autant que l'ensemble du parc automobile de la planète. Je ne dis pas autant que l'ensemble des bagnoles du périph' caennais le jour de la mise en service des feux tricolores au carrefour de la Côte de Nacre. Je ne dis pas autant que celui de Normandie, de France, d'Europe. Je dis autant que le parc automobile de la planète.

4 oct. 2018

Sauvons l’Aquarius et le sauvetage en mer !

Nous nous joignons à SOS MEDITERRANEE qui appelle à une mobilisation à l’échelle européenne, afin de demander à tous les États d'Europe : 
  • de prendre toutes les mesures nécessaires pour permettre à l’Aquarius de reprendre sa mission de sauvetage le plus rapidement possible ;
  • de faire respecter le devoir d'assistance aux personnes en détresse en mer ; 
  • d’assumer leurs responsabilités étatiques en établissant un véritable modèle de sauvetage en Méditerranée. 

Nous appelons tous les soutiens à descendre dans la rue 

samedi 6 octobre 2018 
à 13 heures
place Pierre Bouchard à CAEN

afin de soutenir les valeurs d’humanité portées par SOS MEDITERRANEE. 

Liste des signataires : Caen l'Insoumise – CGT Acséa - CGT EPSM Caen - La Cimade - Citoyens d'abord Côte de Nacre - Collectif d'Aide aux Migrants de Ouistreham (CAMO) – Collectif Alternative Libertaire du Pays d'Auge (CALPA) – Collectif Saint-Lois d'Aide aux Migrants – École Nomade – Ensemble 14-61 – PCF 14 – PG 14 – Racailles, média des luttes et des alternatives – Rassemblement Humain pour les Migrants et les Réfugiés – Solidaires 14 – Sud éducation 14.

1 oct. 2018

Livreurs à vélo : la précarité sous couvert de liberté

Avec une rapidité étonnante, les entreprises de livraison à vélo à domicile se sont multipliées dans les villes françaises. Nouveaux symboles de l'ubérisation galopante, elles recrutent à tour de bras des jeunes en quête d'un job d'apparence agréable et rémunérateur. D'apparence seulement... Depuis quelques mois, Caen n'échappe pas au phénomène. Tour d'horizon des enjeux de cette nouvelle façon d'appréhender le travail et la société.


Leurs revendications ont été quelque peu éclipsées par l'omniprésence médiatique de la Coupe du monde de football, mais l'information a peut-être tout de même réussi à se glisser jusqu'à vous : le Collectif des Livreurs Autonomes Parisiens (le Clap) appelait à la mobilisation des coursiers des principales plateformes de livraison pour la semaine des phases finales, mi-juillet. Fait symptomatique de l'atomisation de ces nouveaux travailleurs, les initiateurs du mouvement n'ont pas réussi à rassembler nombre de coursiers. Dans le même temps, les téléspectateurs faisaient bondir les commandes, délivrées à domicile par UberEats, Stuart et autre Deliveroo. Au chapitre des revendications figurait pourtant la lutte contre la précarisation, notamment par l'instauration d'une tarification horaire minimum garantie et de différents « bonus pénibilité », mais aussi une critique de l'attitude jugée trop conciliante du Gouvernement vis-à-vis des plateformes.

8 sept. 2018

« Quand tu cherches du travail, tu trouves »

Il paraît même que « quand tu cherches vraiment du travail, tu en trouves ».
Hier, quand j’ai ouvert ma boîte aux lettres, j’y ai seulement trouvé une lettre. Énième réponse négative.
J’en fais la collection.


Intéressant de voir comment les services Ressources Humaines (sic) excellent dans l’offre de lettres personnalisées qui vous font réaliser que vous n’êtes pas qu’un numéro de dossier.
Une fois l’enveloppe décachetée, la lettre dépliée, la première chose qui vous saute aux yeux, ce sont les beaux logos colorés apposés fièrement en tête de page, bien identifiables, dominant de toute leur hauteur le corps de la lettre.

3 sept. 2018

Ces 400 élèves handicapés délaissés par l’Éducation Nationale dans le Calvados

Elise a 30 ans. Depuis trois ans elle est AESH. Encore un sigle. Ça veut dire Accompagnante d’élève en situation de handicap. Elle fait partie de ces petites mains de l’Éducation Nationale dont on ne parle guère mais qui sont indispensables pour assurer le bon déroulement de la scolarité de bon nombre d’élèves handicapés. Et qui dit petites mains dit souvent précarité. Elle témoigne.


AESH, c’est un beau métier. Nous permettons chaque jour à des milliers d’élèves handicapés d’être accueillis à l’école comme les autres, de la maternelle aux études supérieures. Depuis la loi du 11 février 2005 sur l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées, de plus en plus d’enfants sont accompagnés par des AESH avec parfois des handicaps très lourds à gérer.

20 juin 2018

La dictature au top des tendances printemps-été

Édito diffusé dans Racailles Radio du 8 juin 2018

Une colossale plaisanterie a secoué le monde en ce début juin. L’auteur : Donald Trump comme il se doit. Devant la possibilité de se retrouver directement mis en cause par le Procureur spécial chargé d’enquêter sur ses liens avec la Russie pendant la campagne électorale, Trump, en un tweet forcément, a brandi l’idée qu’il pourrait s’auto-grâcier. Une sorte d’aveu de culpabilité penseraient les mauvais esprits.


Le rire est vite devenu jaune

Il est capable d’utiliser le droit de grâce présidentielle pour lui-même. Que se passerait-il dans ce cas ? Personne ne peut répondre à cette question. L’auto-grâce d’un président en exercice représente la pointe avancée d’un iceberg menaçant : la tendance générale à des formes de dictature. Les gouvernants semblent se situer au-dessus des lois en piétinant allègrement les libertés démocratiques. Trump n’est pas seul, il est plutôt bien entouré. Regardons autour de nous. Les gouvernements des pays d’Europe de l’Est en font la démonstration tous les jours. Mais c’est surtout l’Italie qui raconte notre avenir. On parle de « populisme » pour unir dans une même enveloppe le mouvement 5 étoiles et la Ligue (ex "du Nord") comme bien d’autres mouvements politiques. Ce qualificatif non défini cache une réalité plus prosaïque et plus tragique : les développements d’une forme de fascisme. Pas celle des années 1930 bien sur. Ce fascisme là s’habille des guenilles de la démocratie, démocratie qui subit une crise politique profonde qui se traduit par la montée inexorable de l’abstention.