9 févr. 2020

Moi, infirmière de nuit en hôpital malade

Témoignage diffusé dans 
Racailles Radio du 17 janvier 202

Infirmière de nuit en service de chirurgie orthopédique, je vais vous expliquer mon quotidien.


Je prends mon poste à 21h. Et autant vous dire que dès que j’arrive dans mon service, j’ai l’impression d’être au milieu d’une guerre mondiale. 

Très régulièrement la prise de poste commence par mes collègues de jour soulagés de nous voir arriver : « Ah ben on est bien contents de vous les laisser ! On est 7 et on en a bavé tout l’après-midi ! ». Et oui, il n’y a pas que les agents de nuit qui sont en souffrance, c’est tout le monde. Les transmissions sont rapides et souvent les suivantes : « on n’a pas eu le temps de préparer les chariots de pharmacie, de faire les pleins logistiques, de nettoyer les chambres des patients sortis, et pas non plus de faire remonter en chambre des patients du DATU [les urgences] qui sont prêts. Ah j’oubliais, ta collègue est malade et il n’y a personne pour la remplacer ! Donc tu es toute seule avec ta collègue aide-soignante ! »
« Euuhh je peux rentrer chez moi ?! » ? Ben oui, on a signé pour l’amour du métier, l’empathie envers le patient, mais pas pour en chier autant !
Commence alors notre nuit et comme souvent c’est Bagdad : des polytraumatisés, des opérés du jour, des patients à préparer pour le lendemain matin…

2 févr. 2020

Quand le vieux monde sonne la retraite ! - Bilan et perspectives des luttes en cours

Article diffusé dans Racailles Radio
du 31 janvier 2020 sur Radio Bazarnaom
 

On commence bien sûr par ce qu’on appelle (un peu à tort) le mouvement dit « des retraites ». Ce mouvement social qu’on peut désormais qualifier d’historique, d’une part par sa longévité, mais aussi par ses modes d’action en est aujourd’hui (lorsque j’écris ces lignes) à son 58ème jour !

En vérité, ce mouvement qui secoue la France, on pourrait dire qu’il a commencé il y a 15 mois, avec le soulèvement des gilets jaunes. On pourrait même faire remonter cette séquence de luttes offensives contre le néolibéralisme au printemps 2016, avec les mobilisations « contre la loi travail et son monde », et les fameuses Nuit Debout. On pourrait également y inclure la longue lutte des cheminots contre la casse de leur statut et du service public du rail par la même occasion au printemps 2018.
Ce qui se passe aujourd’hui, c’est qu’on assiste en quelque sorte à la convergence de toutes ces luttes et à d’autres qui viennent s’y agglomérer. Il suffit de faire un tour dans les manifs pour s’en rendre compte :

31 janv. 2020

Racailles Radio du 31 janvier 2020 - La justice de la barre à la rue

Réécoutez l'émission sur le site de Radio Bazarnaom
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Au sommaire :
  • Entretien concernant la Justice en France (casse des retraites des avocat.e.s, réformes successives du judiciaire, démocratie policière et répressive, etc) avec deux avocates du Barreau de Caen : Séverine LELONG et Kian BARAKAT.
  • L’article 222-14-2 du Code pénal, la mise à mal de nos libertés publiques (par Cédric).
  • Quand le vieux monde sonne la retraite ! (Par Alexis).
  • L’ajourdal (avec resistances-caen.org).

19 janv. 2020

Le poids des maux ou comment la politique libérale a détruit l'hôpital public

Chronique diffusée dans 



Si l’on dit communément que deux verres de vin éloignent le docteur, on peut dores et déjà dire qu’avec 2020 on ne devrait plus en voir beaucoup… Certains d’entre eux, n’en pouvant plus de voir l’hôpital souffrir de mille maux, démissionnent de leurs missions administratives. Car les médecins le savent ; à force la luxation peut mener à la fêlure… 
On peut même dire que de fêlure on est passé à la fracture. Alors que faire docteur ? Hé bien d’un côté on a un mal dominant, qui défend la réduction, voire l’amputation pour reboucher le tout, et de l’autre ceux qui tentent de mettre un pansement sur une jambe de bois… Ces derniers s’épuisent, hein, ces soignants qui, malgré tout le mal qu’ils se donnent, voient que tout va de mal en pis. Les services de pédiatrie n’ont plus les moyens pour accueillir tous les maux d’enfants, les urgences admettent tous les maux de la société et sont en PLS, en psychiatrie les maux se mélangent et ne démêlent pas… Bref pour résumer, tous les services des hôpitaux publics connaissent de mieux en mieux le mot de Cambronne.

17 janv. 2020

Racailles Radio du 17 janvier 2020 - L'hosto public à l'agonie

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Au sommaire :
– La chronique ACAB (Adages et Contrepèteries : Actualité par une Blonde) par Marion. Le poids des maux ou comment la politique libérale a détruit l'hôpital public ;
– Entretien sur les luttes au sein de l’hôpital public avec Maryline (infirmière au CHU de Caen, syndiquée Sud Santé), Yohan (agent technique au CHU de Caen, syndiqué Sud Santé) et Wilfried (infirmier à l’EPSM de Caen, syndiqué CGT) ;
– L’ajourdal, le journal des nouvelles pas encore passées, par Aurélien ;
– Information Libre ! par Cédric ;
– La revue de presque, par Arno.

20 déc. 2019

Racailles Rodio du 20 décembre 2019 - L'Amérique latine en ébullition

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Au sommaire :
  • Quilapayún, l’histoire musicale du Chili (Harold) ;
  • Entretien avec le Comité Amérique latine du Calvados et avec des militants en direct du Chili et de Colombie ,
  • Le peuple uni ne sera jamais vaincu, revisite chantée ;
  • La prophétie de l’Aigle et du Condor (Alexis) ;
  • L’ajourdal, les fausses pubs et la bonne zik.

9 déc. 2019

Racailles Radio du 06 déc. 2019 - Ce n'est qu'un début !

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Au sommaire :
  • Il y a 33 ans, Malik Oussekine était assassiné (Manu)
  • Table ronde sur les luttes en cours avec Guillaume (Sud Rail), Claire (Sud éducation), Martine (CGT Précaires chômeurs), Manu (KIC-Cip), et Simon et Adrien, auteurs de Pour la grève (ed° Grevis)
  • L’ajourdal, le journal des nouvelles pas encore passées
  • La revue de presque (Arno)
  • et nos conneries habituelles !


Perdre sa vie à la gagner. En voilà une expression courante.
Mais finalement, que gagne-t-on à travailler, à part ce que les plus marxistes parmi nous décriront comme un salaire échangé contre une force de travail ?
Dans ses origines étymologiques, le verbe gagner revoie à l’action de faire paître du bétail. De là à en conclure que les travailleurs sont des moutons, comme dans les Temps Modenes de Chaplin, suffisamment de commentateurs réacs sont là pour le dire.
Une fois sa vie gagnée – ou pas – et l’aboutissement d’une carrière professionnelle commence un nouvel âge, le troisième paraît-il : celui de la retraite, celui où l’on se retire de la vie active. Mais, franchement, qui connaît vraiment des retraités non-actifs ? La retraite devrait être un bel âge : un âge où l’on récupère sa pension, une forme de salaire socialisé tout en étant détaché de l’emploi. Un âge où l’on peut s’adonner à toute forme de loisirs, de plaisirs, peut-être même assouvir des désirs, allez savoir. Un âge qui déplaît en tout cas aux capitalistes car il est signe – selon eux – d’oisiveté et de capital qui s’évapore.
Voilà pourquoi les multiples réformes des retraites – Balladur, Juppé, Fillon, Woerth, Touraine, Delevoye – toutes ces réformes sont dogmatiques, idéologiques avant même d’être budgétaires, financières. Il faut arrêter ce système insupportable où la solidarité nationale empêche des centaines de milliards de passer par la poche de boursicoteurs qui dirigent ce triste monde.
Gagner leur vie à nous la faire perdre, voilà leur crédo à eux, leur combat permanent.
Retraites, pensions, allocations, revenus minimums, sécurité sociale en général, mais aussi éducation publique, transports, hôpitaux, énergies, routes, aéroports, associations, services, etc etc. Tout est bon pour faire du pognon, et si possible avec une dose d’ubérisation histoire de presser un peu plus le citron.
C’est donc une émission un peu spéciale que nous vous proposons ce soir. Non pas par sa thématique – vous ne serez pas déboussolé – mais par sa forme car on va tenter de croiser ces combats communs, trop souvent laissés cantonnés à des cases distinctes.


http://www.radiobazarnaom.com/emission/emission-no103-4/

26 nov. 2019

Racailles Radio du 22 nov. 2019 : Violences faites aux femmes et aux minorités de genre

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 Au sommaire :

  • Entretien avec TADAM, la team antisexiste déterminée à anéantir le masculinisme / le monde ;
  • La chronique Adages et Contrepèteries, l’Actualité par une Blonde (ACAB) par Marion ;
  • La chanson live (Marion, Manu, Nadia) ;
  • L’Ajourdal, par Clément ;
  • La revue de presque, par Arno.

Faut-il le voir pour y croire ?
Pour Macron, il semble que oui. Le jour où il a visité les locaux du numéro d’appel consacré aux femmes victimes de violences, le 3919, il a entendu une femme se faire rembarrer au téléphone par un gendarme. Tollé médiatique.
Pourtant les associations le disent, le crient depuis des lustres : l’accueil et la considération lors d’un dépôt de plainte sont catastrophiques.

Faut-il le voir pour y croire ?
Quand j’accompagne Fabienne au comico d’une petite ville il y a quelques semaines, c’est parce que, enfin, enfin elle a accepté l’idée de porter plainte contre celui qui la violente depuis deux ans.
Celui qui l’a poussée à reboire.
Celui dont elle porte la trace des coups sur le corps, à ces endroits que personne ne peut voir.
Celui dont la présence H24 au domicile de Fabienne a provoqué la suspension des droits de visite avec ses enfants.
Elle a trouvé le courage de le quitter, alors il s’est barré avec ses clés.

Un vol de clés, c’est ce qu’elle évoque au policier de l’accueil. C’est moins compliqué, ça laisse de la pudeur. « Faut revoir ça avec lui, il est aussi chez lui, on prend pas une plainte pour ça ». Heureusement que Fabienne n’est pas seule ce jour là. On fait le forcing et devant le plaintier le cirque continue. « Je ne peux prendre qu’une main courante car vous n’avez aucune preuve médicale des coups. C’est votre parole contre la sienne. Pourquoi vous ne l’avez pas dit quand il y avait des témoins ? » Etc etc.

Faut-il le voir pour y croire ?
Je ne sais pas. En tout cas il suffit de savoir pour agir. Et on sait beaucoup de choses.
On sait par exemple que ce qu’a vécu Fabienne, des milliers de femmes le vivent chaque jour dans les commissariats et les gendarmeries de France.
On sait qu’au moins 137 femmes sont mortes victimes de violences depuis le début de l’année et que beaucoup d’entre elles ont été rembarrées par les flics, non prises au sérieux par la justice malgré 4, 5, 6 plaintes.
Prises au sérieux, elles le sont… une fois mortes. Combien de temps va-t-il encore falloir endurer ça ? C’est une des questions qu’on va se poser ce soir.
Bienvenue à toutes et à tous, c’est Racailles radio

15 nov. 2019

Quatre mois de lutte(s) dans le rétro !

Article radiodiffusé dans Racailles Radio
du vendr. 08 novembre 2019 


Ça faisait 4 mois qu'on avait quitté les ondes de Radio Bazarnaom, et c'est encore le bordel ! Ce qui n'est pas pour nous déplaire....
uitté les ondes de
Pour démarrer la saison, je vous propose de regarder l'actualité des luttes à travers un entonnoir... Non, il ne s'agit pas de regarder BFM à travers les orifices d'Anthony Kavanagh ! Quand j'évoque l'Antho-noir, c'est pour vous proposer de partir de l'international pour aller vers le local...

8 nov. 2019

Racailles Radio du 08 novembre 2019 avec le fanzine RUGIR

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 Au sommaire :
  • 4 mois de lutte(s) dans le rétro (Clément)
  • Entretien avec « RUGIR », nouveau fanzine militant (à retrouver sur rugir.fr)
  • Point avec l’AG de défense du Marais
  • La valse de expulsions continue (Aurélien)
  • L’ajourdal, le journal des nouvelles pas encore passées
  • L’espoir est là en Amérique latine ! (Alexis)
  • Fausses pubs (FDJ, Cirque Schiappata) et bande annonce de Blanker.

Prenez d’un côté les éditorialistes, les chroniqueurs X ou Y, les journalistes de révérence et autres laquais qui servent la soupe du matin au soir, du lundi au dimanche, de janvier à décembre. Une soupe insipide, uniforme et indigeste faite des doctrines obscurantistes du capitalisme et autres mysticismes quantiques des marchés, de la dette, de la concurrence, de la dérégulation, de l’oppression bienfaisante et autre fermeté humaniste.
Leur but : conforter l’ordre établi, empêcher tout pas de côté, mater l’espérance, dissoudre les possibles, éborgner les visionnaires, faire triompher le fric, le fric, le fric à travers un prisme médiatique riquiqui où règne l’entre-soi…

Prenez de l’autre côté ceux qui ne veulent pas se contenter de cet état de fait. Ceux qui refusent l’intolérance, l’arrogance, le simplisme, le mensonge. Ceux qui redonnent au mot politique une partie de sa richesse en l’assumant, et en refusant la dictature politicienne, l’automatisme des petites phrases, la résignation tout en revendiquant et en construisant des alternatives. Ils sont multiples : citoyens, humanistes, libertaires, engagés, révoltés, militants, etc etc… Ceux-là, ceux dont je parle, c’est nous et bien d’autres. Nous, Racailles, avec nos poings et nos micros levés, souhaitant sans chichis pouvoir être un mégaphone pour ceux qui triment, pour ceux qui pensent différemment, pour ceux qui luttent.
Et tout comme nous, ils sont nombreux ces médias locaux et indépendants qui tissent leur toile et résistent au modèle dominant pour contribuer à la transformation de notre société. Et parmi eux, Rugir, un nouveau canard qui paraît sur Caen et que nous recevons des membre ce soir avec un grand plaisir et un vif intérêt.

Alors c’est reparti pour une nouvelle saison sur cette radio qu’on aime tant.Longue vie à Radio Bazarnaom, à Racailles, à Rugir et à tous les autres. Et bienvenue à tous et à toutes, c’est Racailles Radio !

17 oct. 2019

Pourquoi Hervé Morin déteste-t-il autant le train ?

La publication des futurs horaires 2020 du réseau ferroviaire normand le 23 juillet dernier fut une douche froide pour les usagers et une confirmation pour les associations et certains syndicats de cheminots : le train va devenir un mode de transport toujours plus difficile à utiliser en Normandie. Trains supprimés, arrêts et gares rayés de la carte, horaires transformés et incompatibles avec les modes de vie des voyageurs (notamment les travailleurs navetteurs et les scolaires), fermeture de guichets, tout est fait pour dissuader de choisir le rail. A une époque où les modes de transports les moins polluants seraient à privilégier, les choix de la Région et de son Président Hervé Morin semblent aller une fois de plus à contre-courant. Essayons de comprendre ce mécanisme de casse généralisée.

La politique du pire

Baptisée « No_ma_d » - riche et sûrement chère trouvaille d’une boîte de communication - le nouveau réseau de transports en Normandie sera effectif dès la fin d’année sur l’ensemble de la région. Selon Hervé Morin, il s’agirait d’« une offre de transport globale au plus près des préoccupations des Normands mais aussi des visiteurs ». 
Cette révolution affichée - d'affichage - tient en fait d’une évolution des compétences régionales en matière de transports. Depuis 2002, les régions étaient responsables des réseaux TER (trains express régionaux) opérés pour elles par la SNCF. Dès 2020, la Normandie prendra également en charge les lignes Intercités (trains d’équilibre du territoire - TET) suite à un accord inédit signé avec le Gouvernement Valls en 2016. La Région avait alors annoncé avoir négocié avec l’Etat la prise en charge des cinq lignes Intercités (Paris-Caen-Cherbourg/Trouville-Deauville, Paris-Rouen-Le Havre, Paris-Granville, Paris-Evreux-Serquigny et Caen-Le Mans-Tours) en échange d'un soutien financier pour l’achat de matériels neufs et de travaux sur les lignes. 
La route est concernée elle aussi par les changements car la Région gère depuis 2017 – dans le cadre de la loi NOTRe - les transports interurbains en cars (Bus Verts pour le Calvados) et les transports scolaires jusqu’alors missions des Départements.