21 févr. 2012

La saint valentin, fête des amianteux

Article publié dans Racailles n°61 (février - mars 2012)


Le 13 février dernier un procès historique se concluait à Turin en Italie. Un procès qui aura duré plus de deux ans et qui permet enfin de rendre l'espoir à toutes les victimes de l'amiante de part le monde. Deux des responsables de la société Eternit étaient poursuivis devant la justice pénale depuis 2009 par plus de 6000 parties civiles... Une première dans les batailles des salariés de l'amiante qui veulent obtenir reconnaissance et justice. On évalue à travers le monde à plus de 90 000 décès liés à l'amiante, chaque année. La France totaliserait quant à elle plus de 100 000 morts d'ici à 2025. Un minéral dont on connaissait les effets cancérigènes depuis ...1905 ! Une étude scientifique de 1960 conforta à l'époque ces premières conclusions du début du XXème siècle. Ce qui n'a guère empêché les géants de l'exploitation de ce minerai-tueur de poursuivre l'exploitation et l'emploi de cette fibre-tueuse jusqu'en 1997 en France (date de son interdiction) et encore aujourd'hui au Brésil en Inde ou encore au Canada, où l'on trouve les plus importantes mines d'exploitation de l'amiante. Un « massacre » (pour reprendre les termes d'une des parties civiles) organisé qui se
poursuit encore...


Cette première poursuite pénale des responsables de l'amiante s'est traduite par de lourdes condamnations par la justice italienne : les deux hommes poursuivis ont écopé de peines de 16ans de prison. Une décision qui devrait relancer le combat des victimes de l'amiante, combat loin d'être étranger pour la Normandie qui paie un lourd tribut dans cette contamination organisée. En têtes du palmarès de la contamination normande, la vallée de Condé sur Noireau baptisée « Vallée de la mort » regroupant à l'époque des usines de fabrication de pièces automobiles à base d'amiante, ou encore Cherbourg et son arsenal (le site de construction des sous-marins nucléaires français). Pas moins de 2000 salariés des arsenaux de Cherbourg sont touchés, sans compter leurs familles et leurs proches... Un crime organisé en proie à une indifférence généralisée. L'opinion publique ne s'émeut guère de ce dossier pourtant bien présent dans le quotidien d'une large frange de la population, et si symptomatique d'une exploitation que les livres d'histoire voulaient révolue et qui reste bien présente aujourd'hui... Jamais l'expression « se tuer à la tâche » aura pris autant sens que dans ce combat du pot de « fiers » face au pot de fer...


Car du courage il en faut pour se battre contre l'amiante, une affaire qui a mouillé petites, moyennes et grandes entreprises, qu'elles soient privées ou publiques. Une affaire qui responsabilise directement les autorités publiques mais aussi les autorités sanitaires qui auront mis plus de 90 ans à interdire la production et l'usage de l'amiante, tout du moins pour la France... Mais comment concevoir que cette exploitation meurtrière a pu se faire en totale impunité avec la complicité et parfois la responsabilité directe des autorités comme dans le cas de Cherbourg, des différents gouvernements successifs toutes couleurs politiques confondues ? La complicité -meurtrière également d'une partie du corps médical, au premier rang desquels les médecins du travail qui, loin de respecter leur serment d’Hippocrate, ont adopté dans leur majorité le serment d'hypocrites, se faisant les complices-coupables des meurtriers...
Comment croire devant un tel constat qu'ils ne sont pas légions à s'émouvoir du sort de ces exploités-victimes du système qui auront laissé leurs peaux pour leur travail, ou plutôt dont le travail leur aura pris leurs vies ? A chaque rassemblement ils sont moins nombreux, ces victimes ou plutôt martyrs de l'exploitation capitaliste chercheuse de profits au détriment des vies. Une baisse des effectifs qui n'est pas due à une perte de motivations mais plutôt à un empressement du temps à remplir les dernières concessions que la fibre tueuse leur laisse : celles des cimetières...
Pourquoi laisser plonger dans l'oubli et l'indifférence ce combat au bilan si meurtrier ? Ne laissons pas l'oubli et l'indifférence leur prendre dignité et reconnaissance car c'est bien de ça dont il s'agit pour ces combattants que l'on sait déjà condamner... Ne pas laisser leur sacrifice vain, ne pas les laisser plonger dans les méandres de l'oubli.... Dignité, reconnaissance et respect les seules valeurs qui leur reste et qui les pousse à rester mobilisés, pour lesquels ils sont prêts à se battre jusqu'au dernierEs... même après plus de seize ans de combat. C'est bien de ça dont il s'agit pour toutes ces victimes : se voir reconnaître leur maladie par leurs employeurs mais aussi la responsabilité de ces derniers dans leurs souffrances, dans leur lente agonie... 

Choisir d'agoniser en silence dans l'indifférence ou se battre jusqu'au dernier dans une lutte désespérée contre l'indifférence et l'injustice d'un système qui les aura exploités, broyés, assassinés... Pour ne pas oublier, pour poursuivre le combat, faire payer les assassins, 


T.L.

Plus d'infos : site de l'ADEVA

Écoutez le reportage de notre rédaction sur le même sujet : 

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