3 avr. 2012

Le coq français passe au mixer

article publié dans Racailles n°61

Accomplir une démarche militante lorsque l'on fait partie des « très riches » et que l'on se dit « vrai citoyen - militant de l'intérêt général » ça peut laisser perplexe voire méfiant. C'est pourtant comme cela que se présente Xavier Denamur lorsqu'on le rencontre. Crâne rasé, lunettes et fringues branchées, nous rencontrons un restaurateur, c'est à dire un chef d'entreprise « pour l'économie de marché régulée et transparante ». Il possède cinq restos à Paris et a largement répondu aux critères de la réussite que certains admirent... Et ça ne lui fait pourtant pas fermer sa gueule car il semble avoir des principes et une vision précise du métier et son secteur « où l'on sait un peu ce qu'il y a dans l'assiette ». Ses idées, il en a fait un film : La République de la malbouffe. Et depuis quelques semaines il est partout : télés, radios, journaux, net... Ça aussi cela intrigue étant donné que l'ouverture des médias à la contestation est loin d'être naturelle ! Il faut dire qu'on a là un bon client : le monsieur parle bien, peut faire polémique et débat vivement sur un plateau.


affiche de La République de la Malbouffe
Dans ce film La République de la malbouffe il part d'un événement : la baisse de la TVA dans la restauration instaurée en 2009. De ce point de départ, Denamur tire le fil et découd peu à peu le marché : on comprend les lobbies et le « Club TVA » de Bruxelles, on perçoit le cadeau fiscal de grande ampleur (3Mds €) favorisant les grands groupes (32 des 48 milliards d'euros réalisés par la restauration chaque année en France). « J'ai voulu montrer qu'il y a eu avec cette mesure une grande propagande et de gros mensonge. Lorsqu'on baisse la TVA soit disant pour aider les petits restos et "celui qui se lève tôt le matin", il y a à la fois une forte démagogie électoraliste et un cadeau bien bien ficelé. Par exemple pour le seul Mc Donnald's ça représente 200 millions en plus par an ». Et puis tout y passe : la malbouffe industrialisée qui permet de maintenir les marges et précariser le travail, le poids des syndicats patronaux, la dangerosité en terme de santé publique, les lois et mesures d'hygiène fermant la porte aux paysans et
petits producteurs...


logo de La République de la Malbouffe
Précis, pédagogique et percutant, ce film va à contre-courant de nombreux [et très bons] films sur la malbouffe car il parle du champs politique et montre que le contenu de l'assiette est finalement le grand absent. Face à cette situation il prône notamment qualité et transparence. « C'est un film qui amène les gens à vouloir réfléchir sur les dysfonctionnement de la République pour dire "Stop, arrêtons de décider des choses qui nous mettent dans le mur". Ce sont les citoyens qui ont le vrai pouvoir, c'est pas les gouvernants ! (…) Il faut rompre avec cette pensée unique qui laisse entendre qu'il n'y a pas de choix. C'est faux : il y a d'autres choix à faire. Il faut que le pognon n'aille pas toujours aux mêmes, avec une meilleure répartition des richesses et de la fiscalité, vers un sens plus écologique, durable, plus social et qui doit permettre d'avoir des produits de qualité et des travailleurs formés et bien payés ». Et il poursuit : « Et il n'y a pas que chez Sarkozy que les choses sont mal faites. Quand j'entends la candidate Eva Joly dire
--> "ceux qui utilisent des bons produits ils le notifient", pourquoi ceux qui utilisent des produits industriels ne le feraient pas ? Parce qu'on verrait que dans des collectivités que gèrent les Verts on a des cantines avec de la malbouffe ! Ça gène, c'est ce qu'on appelle des conflits d'intérêt ! Et quand François Hollande dit maintenir une TVA à 7% pour ceux qui embauchent on ne voit même pas la différence avec la droite ! ».

C'est quand on aborde les propositions d'alternatives avancées par X. Denamur et ses pistes pour rompre avec le système qu'il dénonce que l'on doute fortement. Arme principale : de « vrais États Généraux de la restauration »... Il pense également que « l'industrie agroalimentaire peut changer pour des produits de qualité à haute valeur ajoutée » à côté des petits producteurs et des circuits courts. Mouais... Un film malgré tout à voir pour ses dénonciations !

Igmack Mort Ning

La République de la malbouffe – film de Jacques Goldstein / idée originale de Xavier Denamur.

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