26 sept. 2012

La (re)découverte du rationalisme

ARTICLE PUBLIE DANS RACAILLES N°63

Nous sommes en France au 18ème siècle, la société est divisée en ordres, ceux qui travaillent, ceux qui prient, les rentiers ou aristocrates dominent le tout. L'obscurantisme règne encore, si l'on considère que la parole de Dieu ayant force de loi et guidant par ses principes la vie de tous les jours et de tout un chacun est une négation de la raison humaine indépendante. La naissance définit ce que l'on sera dans la vie. L'injustice règne et semble acceptée. Les caisses de l'état se vident par un train de vie monarchique et curial dispendieux, mais surtout à cause d'une injustice flagrante dans l'impôt, ou le tiers état est acculé, et la noblesse et le clergé complètement épargnés ! Ce sont pourtant ces deux derniers ordres qui engloutissent la plupart de l'impôt. Enfin, une crise économique et alimentaire sans précédent rend le pays exsangue. Les créditeurs de la France prennent peur de la banqueroute et ne veulent plus prêter, ou alors à des taux exorbitants, favorisant davantage la crise qui sévit, comme toujours, avec un cercle vicieux économique. Rien ne semble être ni raisonnable, ni rationnel dans ce monde là !

Pourtant, au cours de ce même siècle, des Lumières s'allument, et ce constat devient une évidence pour certains. La réforme doit être profonde et radicale, pour rendre ce monde plus juste et surtout plus rationnel.


Plus rationnel, que cela veut-il dire ?
Que ce monde doit être mieux organisé. Qu'il soit favorable à l'intérêt commun avant tout, au lieu d'être favorable à une infime poignée d'hommes, et d'aller à l'encontre de la grande masse des citoyens. Que les richesses soient mieux réparties, que le mérite soit reconnue et non plus la naissance, que chaque citoyen soit égal, que tout le monde puisse participer aux décisions importantes et à l'avenir du pays, en débattant afin de trouver la ou les meilleures solutions, mais non plus qu'un seul homme ou une poignée décident pour l'ensemble. Que l'homme soit au centre de
l'attention et non plus Dieu. Que les lois soient décidées par l'homme et surtout pour l'homme, et qu'elles n'émanent plus de dieu ou de ses interprètes évangéliques ! Que la lumière soit faite partout et qu'on éclaire les hommes sur leur propre condition d'humain, sur leur propre sort de travailleurs, et qu'ils ne soient plus seulement abrutis par l'obscurantisme religieux désignant des voies toutes tracées dans d'obscurs écrits occultes vieux de plus de mille ans, qu'ils ne comprennent même pas ! Que ces hommes puissent désormais avoir la liberté de penser et de croyance sans être jamais inquiétés pour leurs opinions. Que l'impôt soit prélevé sur chacun, et investi dans l'intérêt collectif. Que le pouvoir soit électif et discuté, qu'il ne soit plus arbitraire et d'inspiration divine....

Voilà, entre autres, ce qui a été apporté par la révolution française et par l'esprit des lumières. On pourrait bien sûr discuter de tout cela, expliquer, soit, que c'est incomplet, soit que chacun des points peut être remis en question, mais le but n'est pas de juger les acquis ou échecs de la révolution française de 1789, mais de montrer que par le passé, la rationalité a pu prendre le dessus sur l'amoralité, le conservatisme stupide, et surtout l'absurdité que peuvent parfois atteindre les sociétés humaines dans leur histoire.

Lorsque le monde périclite par l'absurdité de son fonctionnement, de son organisation imbécile, l'homme doit redécouvrir un fonctionnement rationnel. Il ne s'agit pas de désenchanter le monde, mais de lui retrouver un sens cartésien, dans le sens moral et humain du terme.
Retrouver la raison en repensant notre mode de fonctionnement. Retrouver la raison en interrogeant notre société contemporaine : ses délires, ses dérives ! Rechercher les lumières contemporaines, qui sont là, parmi plusieurs penseurs et observateurs, indiquant qu'il faut de toute urgence modifier notre système économique et politique.
Car aujourd'hui, le monde marche sur la tête. Notre fonctionnement systémique a perdu les pédales, il est devenu complètement irrationnel :
L'économie capitaliste revendique une croissance infinie et soutenue, gagner des points de croissance chaque année, alors que le monde est fini, que les ressources sont limitées par la finitude de notre planète. Les ressources s'épuisent, les matières premières utilisées dans l'essentiel de nos objets de consommation quotidiens comme certains métaux ou éléments (cuivre, cobalt, tungstène, aluminium...) sont en voie de disparition dans les décennies à venir. Comment peut-on alors prétendre produire davantage, avec moins ? Les sols sont également épuisés par la surproduction agricole et l'utilisation plus qu'abusive d'engrais chimiques. La surpêche et l'extinction des ressources halieutiques sont certainement l'exemple le plus flagrant de l'irrationalité de notre monde : pour produire davantage maintenant, on hypothèque la pêche de demain qui ne pourra même plus exister faute de poissons. Le patrimoine éco-systémique de notre planète est mis à sac sans respect aucun pour les autres espèces nous entourant, mais aussi en omettant les ressources potentielles qu'il constitue (médecine, énergie...) L'énergie est gaspillée, le pétrole brûlé, par une organisation dévastatrice où il n'est pas rare qu'un objet manufacturé fasse plusieurs fois le tour de la planète ! Le rejet massif de gaz à effet de serre favorise un réchauffement global bouleversant les équilibres écologiques et géologiques de notre planète, réduit les surfaces agricoles utiles...
L'aberration et l'irrationnel sont partout autour de nous, parce que nous ne prenons pas le temps de réfléchir sur notre monde, sur le bon sens, parce que nous ne prenons pas de recul. Mais surtout parce que nous sommes dominés par une caste ayant un comportement irrationnel. En effet, les entités gouvernant réellement, ayant le pouvoir, ne sont mues la plupart du temps que par la défense de leurs intérêts personnels et financiers immédiats, avant toute autre considération d'ordre altruiste ou environnemental. Ceux-ci décidant pour grande partie des destinées de l'économie et du monde, nous comprenons mieux l'état d'urgence dans lequel nous pataugeons !
Le chômage est irrationnel, par le simple fait de son existence, alors que le travail pourrait être partagé. Le travail des enfants est irrationnel par définition. L'existence des frontières est irrationnelle, créant des dumpings entre les pays ! des fossés économiques et sociaux entre ces pays ! une concurrence inique et acharnée entre ces pays ! des pays ateliers où travaillent les enfants, face aux pays consommateurs où l'on épuise de manière éhontée les travailleurs des pays ateliers et les ressources des pays à matières premières ! L'existence des frontières, c'est la caution d'une société d'ordres (souvenez-vous de l'introduction) à l'échelle internationale, la légitimation du racisme (une forme paroxystique de l'irrationalité), la favorisation des guerres de civilisation...

L'irrationalité est partout dans un monde globalisé qui n'a pas vraiment de prises sur lui-même, on pourrait encore trouver de nombreux exemples en pagaille comme la surproduction de viande, l'utilisation d'énergies mortifères dont on connaît pas ou trop peu les conséquences, la fabrication d'objets conçus pour devenir obsolètes très rapidement....
Les fous et les illuminés ne sont pas toujours ceux que l'on croit être. Les utopistes, ce sont les dégénérés faisant marcher le monde sur la tête, ayant une foi aveugle et fondamentaliste dans la religion de la science. Religion pourtant à l'origine de nombreux maux contemporains. La science apporte parfois plus de maux que de solutions, et rajoute à la progression du désordre (cf. Fukushima). La science devrait être accomplie comme accompagnatrice du progrès social et humain, non pas comme ultime solution de recours pour pallier à des catastrophes et dégâts effectifs ou à venir. Jouer au poker avec l'avenir en pariant sur la science est un comportement irrationnel. On ne peut envisager réellement de quoi sera faite la science demain, et encore moins les conséquences et l'impact de l'application de cette science, pouvant surenchérir le chaos ambiant.

Rationaliser le monde, c'est donc le rendre plus juste et cohérent pour le plus grand nombre. C'est faire le constat des zones d'ombres et de la bêtise humaine, et les transformer radicalement. C'est le sortir de la barbarie dans laquelle il s'engloutit. Accepter des perspectives différentes maintenant en reconnaissant les pertes matérielles et structurelles immédiates qui sont inhérentes à ce genre de changement, plutôt que ne rien faire et voir grandir le chaos, le désordre, qui deviendra de plus en plus inextricable. En gros, soit on choisit de changer notre fonctionnement maintenant, en supportant les conséquences immédiates induites, sur notre mode de vie par exemple, soit nous subirons de plein fouet l'irrationalité dans laquelle nous nous sommes engouffrés, et des conséquences autrement plus désastreuses pour l'humanité. Pour exemple, la crise économique de 1929 et le krach boursier ont généré une première crise de la surproduction dans le monde, débouchant sur un chômage massif, détruisant des économies déjà fragilisées (comme l'Allemagne par le traité de Versailles). Cette crise, au lieu d'être vertueuse (si l'on peut dire d'une crise qu'elle est vertueuse) et d'interroger un fonctionnement aberrant, le remettre en question, cette crise a été extrêmement vicieuse, débouchant sur le chaos et la monstruosité humaine, accouchant de créatures on ne peut plus irrationnelles contre l'humanité, avec les guerres et génocides que l'on connaît.
Ces deux exemples, celui de la révolution française , et celui des conséquences de la crise de 29 (même s'ils ne sont pas forcément bien choisis) sont ici volontairement mis en opposition, afin de démontrer que l'humanité doit volontairement s'extraire de la roue quotidienne, d'un mode de vie dans lequel on pense être figé.
Aujourd'hui, le seul moyen d'espérer ne pas avoir de lendemains qui déchantent, c'est de s'extraire massivement de la société telle qu'elle fonctionne, de prendre le risque d'arrêter tout et de réfléchir collectivement, afin de réformer radicalement son fonctionnement, dans le sens de l'intérêt et du salut commun, dans le sens de la rationalité humaine.

XX

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