29 oct. 2012

Cette année, on n'hiberne pas !

ARTICLE PUBLIE DANS RACAILLES n°64 (oct-nov 2012)

Militant(e) (du latin miles, militis : « soldat ») : personne qui se bat pour défendre (ou imposer) ses idées et convictions propres ou celles de leur école de pensée. Le militantisme peut désigner un « zèle ardent » dont font preuve certain-e-s en vue de rallier des personnes à une cause.

Pas toujours simple de garder le cap dans la morosité ambiante. Quand on voit ce que parvient à faire le pouvoir socialiste, à savoir une belle continuité dès le début due son mandat, on peut se dire que l'on risque d'avoir autant de boulot que sous la droite. Pourtant, je me souviens que l'histoire avait presque bien commencé alors qu'un certain soir de mai dernier beaucoup avaient le cœur en joie de dégager Sarkozy. Certes, le bol d'air pouvait paraître plaisant après 10 ans de calvaire. Mais le changement est-il un bien pour un mal ? Si finalement seule l'équipe avait changé mais pas la stratégie ? Et si celle que certains appellent encore la gauche nous refoutait un coup de pied au cul et l'austérité, le tout libéral et la xénophobie dans la gueule ?


L'époque des renoncements
1981, Mitterrand est élu et le coup de poker est magistral. Les premières grandes mesures avaient permis de préparer dans la joie et la confiance le grand tournant de la rigueur et de la « modernisation » ! Si bien qu'aujourd'hui les plus belles années du renoncement et de la traîtrise sociale servent encore d'exemple aux socialistes et leurs amis. Et du côté militant me direz-vous ? L'enterrement des années 70 – et avec elles des dernières consciences de classes - fut magistralement réussi. C'est le règne incontestable de TINA (There Is No Alternative – il n'y a pas d'alternative) et des politiques reagano-tchatcheriennes. Pour canaliser le tout, le pouvoir crée quelques gadgets tels que SOS Racisme (contre un FN dont il a lui-même permis la montée) ou met le focus sur les grandes causes humanitaires (lors de catastrophes dont il n'est pas non plus étranger !!!). Résultat, hormis quelques grands soubresauts comme la
lutte étudiante contre le loi Devaquet ou les grèves de 1995, il a fallu attendre le début des années 2000 et un certain renouveau accompagnant d'un côté l'altermondialisme et de l'autre le retour des mouvements libertaires pour retrouver un vrai souffle militant, revendicatif, collectif et – on l'espérait – durable. C'est l'essor des forums sociaux, des grands rassemblements internationaux, d'un travail de luttes communes Nord-Sud et le grand retour du mot « solidarité ».


Rage orpheline
Le problème c'est qu'en face tout s'est aussi accéléré et le rouleau compresseur libéral s'est transformé en char d'assaut ultra blindé. Les années Jospin copièrent le modèle de Tonton à coup de privatisations, de traités européens visant à une casse généralisée des services publics, et surtout de dérégulation financière ; et donc une action politique allant à l'encontre des attentes et revendications du mouvement social. Rien de tel pour permettre le retour magistral pour dix ans de la droite (encore fallait-il qu'elle soit véritablement partie) particulièrement vorace et « décomplexée », imposant fermement les mesures les plus antisociales et impopulaires, cassant les élans collectifs de solidarité et surtout agitant de nombreux chiffons rouges – les étrangers en tête – afin de détourner les regards, histoire que les victimes de ses politiques se dressent les unes contre les autres. Là est tout le talent de la doctrine capitaliste.
A force de revers, de défaites, et aussi de divisions, ce mouvement social perd depuis quelques années en intensité. A-t-il loupé le coche de la crise ?


Fatigue et résignation ? Au boulot !
Ce qui est certain c'est qu'un phénomène majeur présent depuis assez longtemps est aujourd'hui insupportable : le manque de renouvellement dans les effectifs militants. Je ne vous proposerai ici pas d'explication ferme, mais est-ce qu'à la fois l'autisme des gouvernants, l'accumulation des politiques de casse, la pensée unique médiatique, la « crise »... mais peut-être aussi un non-renouvellement de certaines méthodes militantes, une tendance à nous être parfois reposés sur nos lauriers, l'attente d'un résultat immédiat, l'incapacité de certains « anciens » à laisser de la place aux « nouveaux » notamment les jeunes, et mille et une autre raison... est-ce que tout ceci cumulé n'aurait-il donc pas entraîné cette fatigue et la perte de vitesse constatées plus haut ? Il ne s'agit pas là de jeter la pierre à tel ou tel groupe, nous sommes probablement tous un peu responsables. Mais prenons l'exemple du secteur associatif caennais : où sont les jeunes ? Où est l'énergie et l'inventivité qu'on attend de lui ? Comment sortir de la routine des réunions publiques et ciné-débats où l'on est content quand 5 à 10 personnes inconnues sont présentes ? Encore pire : allez demander à un membre des rares organisations étudiantes qui tentent encore de militer sur la fac (face à des vendeurs de cartes syndicales comme l'Unef, la montée de communautarismes, et autres petits fachos aux tags nazillards) ce qu'est aujourd'hui militer sur un campus alors que la dernière décennie avait pourtant connu de nombreux mouvements de « grèves étudiantes » de grande ampleur...


Alors que nos sociétés du Nord s'enfoncent dans un bouillonnement commençant à rappeler les années 30, que l'ensemble du monde est dilapidé, saigné, torturé et progressivement détruit pour le profit de quelques uns, alors que les frontières se ferment pour les Hommes à la même vitesse qu'elles s'ouvrent pour les marchandises et les capitaux, alors que cette fois toutes les preuves qu'il est urgent d'en finir avec cette finance et le capitalisme sont partout devant nos yeux, allons-nous baisser les bras ? nous dire que nous n'y arriverons pas ? abandonner ce qui au cœur de nos engagements voire nos vies, à savoir ne pas laisser faire, penser une société différente, nous mettre en action tout en diffusant ces idées ? N'abandonnons pas les rues, les murs, chaque lieu et chaque discours. Nous avons toutes les occasions de redonner un coup de boost à nos combats et répondre à la fureur qui monte. NO PASARAN !




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