14 nov. 2012

Une "Centrifugeuse" pour accelèrer la politique culturelle à Caen

ARTICLE PUBLIE DANS RACAILLES n°65 (déc 12 -janv 13)
dernière mise à jour 17/01/2013

A force de manque d'ambition politique et d'action de la municipalité de Caen pour animer et accompagner une création culturelle innovante, il était temps qu'une piqûre de rappelle soit faite pour exposer au grand jour le paradoxe des beaux discours et des (non-)actes. Depuis le 11 novembre dernier, la réappropriation d'une ancienne école au nord de la Ville constitue une nouvelle avancée. Et le coup de pied au cul passe mal dans les hautes sphères municipales...

SUITES : L'expulsion des locaux a été effectuée le 17 janvier 2013 par la police sur décision de justice. Les entrées ont été condamnées par des planches.
http://www.racailles.info/2013/01/la-centrifugeuz-expulsee.html


"La CULTURE en capitales" sur le papier.

Pour bien comprendre, petit retour en arrière. En 2008, Philippe Duron est élu comme Maire de Caen. Son adjoint à la culture est alors Michel Dubois, directeur durant près de 25 ans de la Comédie de Caen. Ce dernier tente de transformer en profondeur une politique culturelle jusqu'ici peu ambitieuse mais démissionne huit mois plus tard pour cause d'importants désaccords. Dès lors c'est l'homme providentiel des Arts et de la Culture, le pourfendeur de l'élitisme, le Moi Plutôt Que Tout Autre, Duron qui décide d'ajouter une étiquette de plus à ses dizaines d'attributions cumulardes et devient son propre adjoint à la culture. On nous a dit qu'il s'était d'ailleurs un temps posé la question de se passer de l'ensemble de l'équipe municipale, mais cela n'a pas encore été acté. Son rêve attendra !
Il lance alors le programme "Caen, la CULTURE en capitales - Vivre et s'émerveiller ensemble" (on se demande combien l'agence de com' a été payée pour pondre un truc aussi racoleur) avec le souhait de voir émerger des « démarches artistiques alternatives libres » procédant d’une
« appropriation spontanée par des artistes de lieux en désuétude ». A ses côtés une adjointe est chargée de l'innovation culturelle avec notamment la mission de créer une Fabrique culturelle en « réunissant dans un équipement vacant de la Ville plusieurs compagnies artistiques innovantes ». Certains se réjouissent, d'autres attendent les actes. La Fermeture Éclair est alors ouverte sur la Presqu'île de Caen (friche en début de reconversion). Lieu temporaire prévu à l'origine pour fermer le 12/12/2012 (date finalement repoussée d'un an), elle permet aux quelques structures qui la composent (principalement la compagnie Amavada et les producttions Les Films du Cartel) de travailler plus sereinement, avec davantage de moyens et de tenter quelques projets "innovants". Non loin on trouve aussi les Ateliers Intermédiaires, ainsi que des infrastructures appartenant à la Ville comme la salle de spectacle SMAC le Cargö et l’École Supérieure des Arts et Médias. Ces lieux forment un package qui tous contribuent pleinement aux événements culturels et/ou festifs de la Ville sur la Presqu'île. Mais rien d'autre ne suit - en dehors de ces vitrines du futur nouveau quartier de Caen - et beaucoup se demandent combien d'années encore faudra-t-il attendre pour voir des lieux soutenus mais autonomes ouvrir... car pour le moment seul le Bazarnaom vit sa vie pénard (chez un bailleur privé semble-t-il sympa) ! Et pourquoi attendre d'ailleurs ? Pourquoi ne pas les prendre aux mots et enfin s'approprier les lieux ? Le collectif SQUART [contraction de squat et art] prend forme.


Fabrique autonome

Qui sont ces dangereux cultureux qui veulent donner un bon coup de sabot dans la termitière ?! A la base de cette action, on trouve une vingtaine d'artistes et d'organisations œuvrant dans le secteur des arts, de la culture et de l’économie sociale et solidaire. Leur but ? Combler leur besoin commun d'un lieu pour travailler. Ne disposant pas des moyens financiers nécessaires, ceux-ci ont donc décidé de se fédérer pour partager un seul et même lieu et ainsi mutualiser leurs ressources. L'action doit aboutir sur la réquisition d'un lieu vacant de la Ville pour ensuite engager rapidement des négociation en vue d'une convention d'occupation à titre gracieux. 

Fermée depuis quelques mois, l'école Robert Desnos à la Folie-Couvrechef (quartier du nord de Caen) est choisie pour la qualité de ses locaux, son accessibilité et sa sous-utilisation comme simple entrepôt pour quelques matériels scolaires. Il s'agit donc de "faire revivre l’école Desnos au nom de la vitalité artistique et culturelle de la Ville de Caen et sa région, ainsi qu’au bénéfice des habitants du quartier".
C'est ainsi que le 11 novembre à 11h du matin, l'appropriation s'effectue après une longue et secrète préparation. LA CENTRIFUGEUSE est démarrée ! L'installation se fait dans une ambiance bon-enfant et l'inauguration est ironiquement officialisée par Michel Lambert, faux politicard se présentant comme Maire de Caen. Concerts, pot de bienvenue, fiesta... C'est parti ! Même l'ancienne banderole d'occupation de l'école par les parents d'élèves contre sa fermeture quelques mois auparavant est recyclée !
Mais dès cette première matinée l'occupation [illégale] est constatée officiellement et des élus - dont le super-filc Touzé - viennent sur place exiger le départ des occupants. Un rendez-vous de travail avec Samia Chehab - l'adjointe à l'innovation culturelle - est conclu rapidement.

"L'appropriation spontanée" oubliée

Le Collectif entend administrer La Centrifugeuse de manière autonome, démocratique et non-lucrative. Et il souhaite faire de La Centrifugeuse à la fois un lieu de création artistique, d’expérimentation et d’innovation culturelle, un lieu de travail mutualisé, et un lieu de vie ouvert sur l’extérieur. D'ailleurs, outre des ateliers d’artistes, des bureaux, des salles de réunion, de répétition, de stockage, d’expo, de débats, des idées comme une épicerie solidaire, une AMAP (Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne) ou même une crèche parentale ont été évoquées. On voit bien que le principe même de la mutualisation est porteur de multiples potentialités aussi enthousiasmantes qu’insoupçonnées !
Que cela ne tienne ! Dès le lendemain, au Conseil Municipal, Duron fait part de son intransigeance et sa fermeté. Pour lui, "il n'y a pas de problème de la culture à Caen" et dit que les événements réalisés le prouvent... Quoi de mieux que de se satisfaire de soi-même ?! Et quid des autres, des artistes qui ne participent pas aux événements à étiquette culturelle de la Ville, de ceux qui attendent juste de pouvoir bosser sereinement ? Duron annonce refuser catégoriquement l'occupation et invite le collectif de la Centrifugeuse a agir dans les règles. Pour lui, l'école Desnos ne peut servir de lieu et doit de toute façon être réhabilitée comme crèche "verte" (un peu étonnant compte tenu de la grandeur des lieux). Quoi qu'il en soit une expulsion rapide est à craindre.


Espérons que cette piqûre de rappel à la Municipalité fonctionne et permette d'accélérer la création de la Fabrique dont on entend tant parler depuis plus de 3 ans et dont on n'a pas vu le début du bout du nez ! Un rendez-vous de travail (prévu de longue date) avec Samia Chehab aura lieu le 11 décembre. D'ici là longue vie à La Centrifugeuse !

Une pétition de soutien est disponible : http://lemilieu.free.fr/blog/index.php?post/2012/11/13/la-Centrifugeuse

Igmack Zuckerberg

SUITES : L'expulsion des locaux a été effectuée le 17 janvier 2013 par la police sur décision de justice. Les entrées ont été condamnées par des planches.
http://www.racailles.info/2013/01/la-centrifugeuz-expulsee.html

2 commentaires:

  1. "seul le Bazarnaom vit sa vie pénard" > Euh, ils payent un loyer au magasin Bonnaventure pour ça !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour la précision. La tournure prêtait en effet à confusion.

      Supprimer

Commentez comme vous le souhaitez, mais sans donner raison au point Godwin...