8 janv. 2013

"Grandpuits et petites victoires" : pas de retraite !


 ARTICLE PUBLIE DANS RACAILLES n°65 (déc 12 -janv 13)

Vous faisiez quoi en octobre 2010 ? Sûrement comme nous, en plein dans la lutte contre la casse des retraites ! A cette époque le feu des projecteurs médiatiques s’est tourné vers la raffinerie de Grandpuits (Seine et Marne), qui avait la (mal)chance de se trouver près des rédactions parisiennes. Le réalisateur Olivier Azam s’est rendu sur place pour rencontrer les grévistes et observer de l’intérieur une situation aussi exemplaire en termes de lutte sociale que de riposte du pouvoir.


Documentaire engagé et militant qui s’assume comme tel (de toute manière, Total a refusé de rencontrer le réalisateur), Grandpuits et petites victoires propose une immersion captivante et bouleversante au cœur d’un conflit social. On y voit le quotidien d'une boîte en grève et ses ouvriers qui luttent face pressions du pouvoir (leur outil de travail – privé – a été réquisitionné), des flics, des patrons et des médias de masse allergiques aux mouvements sociaux ; mais aussi les conflits internes liés à cette réappropriation de sa vie et du temps. Le film est ainsi l’occasion de resituer cette lute dans un contexte historique global.

Mais surtout, le film donne la parole aux acteurs de la mobilisation, prenant le temps de comprendre leurs motivations et leurs aspirations. Il s’attache à l’ambiance qui règne sur le piquet de grève, dans les assemblées générales et les réactions à chaud de chacun. Et c'est peut-être là l'intérêt majeur du film : montrer les mécanismes humains et l'immense sentiment de solidarité et d’entraide. Entre les ouvriers d’abord qui se serrent les coudes malgré leurs dissensions inévitables, mais aussi avec la France entière qui envoie messages de soutien, dons alimentaires et même financiers pour soutenir le mouvement. En tout, la caisse de grève de Grandpuits a reçu plus de 200 000 euros !

Alors même si ce doc n'est pas parfait dans la forme (voix-off parfois agaçante, propos souvent trop pédagogique) ce qu’il raconte est si édifiant, l’instantané qu’il livre d'une classe ouvrière résistante si saisissant que l’on reste suspendu à ce foisonnement d’informations, de visages et de faits d’où, paradoxalement, ressort un immense espoir (d'où le titre). Mais peut-être faut-il le vivre pour le comprendre, alors que pour Le Monde le film « n'a d'autre raison d'être que de réconforter des militants découragés. Sans être sûr que le remède n'aggrave pas le mal ». Car ce qu'on a retenu de cette formidable aventure humaine, ce sont l’engagement et la solidarité, la foi en une action collective, et la persistance de l’espoir qu’il est possible de changer les choses.

Igmack Arburant


Plus d'infos sur le site des Mutins de Pangée : http://www.lesmutins.org/grandpuits/

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