15 févr. 2013

La guerre au Mali pour les nuls


   ARTICLE A PARAÎTRE DANS RACAILLES n°66 (avril-mai 2013)
A lire également : "Au Mali si tu savais" http://www.racailles.info/2012/10/au-mali-si-tu-savais.html

La guerre au Mali, c'est de ça dont j'avais l'intention de parler, avant de voir un flot d'informations déversées dans les assiettes de l'opinion publique à ce sujet... En fait, beaucoup de choses ont déjà été dites sur ce sujet, on peut même dire que presque tout à été dit. Les plus vives critiques ont été émises, mais elle se sont noyées dans la masse d'informations quotidiennes ; et surtout elles sont écrasées par la majorité médiatique.


Comment ça la majorité médiatique ?

Oui, il y a bien une majorité médiatique ! Ce sont ces médias qui font beaucoup dans le factuel, qui racontent les événements tels qu'ils se déroulent, en reprenant des dépêches de l'AFP quasiment telles-quelles, (souvent reprises sur des voies officielles) en racontant les versions du conflit rapportées par l'Etat Major de l'armée française ou directement par les ministères concernés (Défense ou Affaires Etrangères). Bref, en tenant le discours de la majorité !


Mais quid des analyses, du traitement critique de l'information, équitable et sans prise de parti ?

Ces médias dominants semblent instituer une véritable propagande d’État sans forcément s'en rendre compte d'ailleurs. Car leur vision du conflit est complètement unilatérale : ce dernier est présenté uniquement du côté français, “l'axe du bien” partant en guerre contre le terrorisme. Une fable bien rodée pour émoustiller le bellicisme de nos concitoyens et faire accepter l'horreur de la guerre.

Oui, l'horreur de la guerre, voilà encore un pléonasme ! Fi au 21ème siècle des guerres propres et autres conneries de ce genre. Une guerre est par définition horrible, barbare, primitive et ne trouve aucune justification raisonnable. Une guerre est un échec de civilisation, une incapacité de communication, et une résolution ultime d'un conflit marquant la puissance inégalable de la stupidité de l'agresseur. En effet, il n'est capable de résoudre ce conflit d'aucune autre manière que par la violence, le meurtre, l'assassinat de masse, la destruction, la capture, l'incendie, le pillage, l'humiliation et toutes autres horreurs forcément inhérentes à l'état de guerre.

« Mais alors ?! » me rétorque le lecteur, « mais qui est l'agresseur dans cette histoire ? »
Et le contradicteur : « ne faut-il pas faire la guerre à l'agresseur pour qu'il arrête ses agressions ? »
Quel que soit l'agresseur, on le sait maintenant, l'ingérence d'une puissance étrangère dans les affaires d'un autre état n'est d'une part rarement dénuée d'intérêts économiques, et n'a d'autre part aucune légitimité politique. En effet, de quel droit la France peut-elle choisir la destinée des Touaregs du Mali ? Comment peut-on se défendre d'une politique colonisatrice d'un côté et faire obstruction à la volonté d'autodétermination d'un peuple, situé sur un autre continent, avec lequel la France n'a aucune frontière en commun, si ce n'est la frontière économique entretenue avec une ancienne colonie française ?


En effet, le néocolonialisme Français transpire à grosses gouttes dans cette histoire.

Tout comme la France a mis en place un gouvernement à sa solde en Côte d'Ivoire il y a peu, elle souhaite entretenir un gouvernement fantoche en partie sous sa coupe au Mali. La rapidité avec laquelle le gouvernement malien a été contesté et déposé au début de la sécession de l'Azawad (partie du Sahel Malien revendiquée par les Touaregs) prouve bien son illégitimité et le manque de reconnaissance de celui-ci. Seules la France et d'autres puissances occidentales ont dénoncé ce coup d'état, et les mêmes ont dénoncé la volonté de sécession de l'Azawad au Nord (état qui s'est proclamé autonome il y a un an), soutenus par d'autres gouvernements d'Afrique de l'ouest également sous la coupe d'anciennes puissances coloniales (la CEDEAO1 justement dirigée par le président de Côte d'Ivoire A. Ouattarra évoqué ci-dessus et mis en place par la France).


Non, on devrait d'ailleurs plutôt dire d'actuelles puissances coloniales !

Car le but inavoué de la France dans cette opération est bien de garder (ou reprendre) le contrôle sur un Sahel riche en différents minerais ou combustibles fossiles. En effet, c'est au Niger voisin qu'est extraite la majeure partie de l'uranium utilisé comme combustible dans les centrales nucléaires d'Areva. Vous savez, la fameuse “énergie du future” ! Cette énergie soi-disant illimitée (nécessitant un combustible très limité sur la planète et situé dans des contrées fort éloignées de la notre). Cette énergie permettant “l'indépendance énergétique de la France” (bien qu'elle soit complètement dépendante des importations d'uranium du Niger). Cette énergie propre ne produisant pas de CO2 (alors qu'elle en produit énormément lors de son extraction et lors de son acheminement vers la France, ce qui n'est jamais inclu dans les calculs officiels) et non nocive (alors qu'elle tue à petit feu des centaines de mineurs africains extrayant notre combustible, à nous Français, pour faire tourner nos putains de centrales de merde !).

Vous allez penser en me lisant : “oui mais le Niger c'est pas le Mali, alors pourquoi parler de l'uranium du Niger ?”. Parce que dans ces énormes étendues que sont le Sahel et le Sahara, les frontières sont extrêmement perméables. Elle existent sur les cartes géographiques, mais dans la réalité, rien ne les matérialise réellement ! D'autant plus que le peuple Touareg est en grande partie nomade et le territoire qu'il revendique ne tient pas compte des frontières héritées de la colonisation.
D'ailleurs, lorsqu'on s'intéresse au conflit malien, la première chose qu'on fait c'est de prendre une carte. Pour savoir où ça se situe exactement, pour analyser un peu la situation géopolitique... Et là ce qui frappe, c'est la forme des pays, et le dessin des frontières. Complètement inique ! D'abord, on voit que beaucoup de frontières sont rectilignes, tracées à la règle par les anciens colons, sans respecter les ethnies, les peuples, voire même les frontières naturelles. C'est le cas du Mali, dessiné, comme son voisin le Niger, en forme de sablier , avec leurs capitales dans la partie Sud, respectivement Bamako et Niamey, un rétrécissement au centre, ou passe le fleuve Niger - qui correspond grosso modo à la frontière entre le Sahel et l'Afrique Noire - et les parties hautes du sablier, vastes contrées n'ayant géographiquement, culturellement, socialement RIEN à voir avec le Sud. Et là, même si on n'y connaît pas grand chose sur l'Afrique, on se dit qu'il y a un truc qui cloche : pourquoi les colons, avant la décolonisation, ont-ils tracé des pays sans respecter les peuples, ethnies et frontières naturelles qui les composent ? Tout simplement pour garder le contrôle dessus pardi !
Pour nous donner l'illusion à nous occidentaux, et surtout aux peuples concernés, de la réalité de leur indépendance et de leur autodétermination. Mais quelle est la réalité de l'autodétermination des Touaregs qui ont contesté ces frontières dès l'accession à l'indépendance du Mali en 1960 en entrant en rébellion pour réclamer – déjà à cette époque - l'indépendance de l'Azawad ? Et n'ont cessé de le faire au cours des 50 dernières années ?
 

Le colonialisme est toujours là, plus important que jamais, bien plus féroce et perfide qu'auparavant car il est masqué. Les véritables détenteurs des richesses minières et économiques de ces régions ne sont pas ses habitants, ce sont des grosses multinationales aussi puissantes que des états, tels que les groupes français Bolloré ou Areva, faisant et défaisant des régimes dans la poursuite de leurs intérêts, soutenus par les États où ils sont implantés. Ici, on peut clairement dire que la présence de troupes françaises dans le Sahel va permettre de sécuriser l'extraction d'uranium faite par Areva et protéger les routes commerciales détenues par Bolloré. Mais aussi favoriser l'implantation de nouvelles infrastructures française de pillage organisé, car l'uranium et la bauxite vont bientôt jouer les premiers rôles dans l'exploitation minière au Mali, aux cotés de l'or (selon un document publié par la Direction nationale des Mines et de la Géologie du Mali). Document paru très récemment !
Sans compter les ressources en pétrole de la Mauritanie voisine ou en Algérie méridionale où la société Total est particulièrement bien implantée.


On le voit, les intérêts économiques sont pléthoriques pour la France

Prête à investir énormément en période de crise, car le coût de ce déploiement est faramineux : plusieurs centaines de millions d'euros. Au moment où l'on nous sermonne sans arrêt sur la réduction des dépenses publiques, où l'on nous promet “du sang et des larmes”, où l'on nous parle de réduction de salaires, du nombre de fonctionnaires, d'augmentation d'impôts, de travailler plus longtemps, plus vieux... notre pays part en guerre !
Une guerre au service d'un CAC 40 voulant assurer ses rentes. Une guerre au service de groupes économiques ne payant quasiment aucunes taxes en France, exonérés d'impôts, gagnant d'année en année plus d'argent que jamais. Bref, une guerre, injustifiable, avec tout ce qu'elle traîne comme ramassis de traînées économiques, de corruption, de pots de vin, de cynisme et de machiavélisme. Justifiée par des motifs “humanitaires”, par la lutte contre le terrorisme, parce qu'il faut bien trouver un mensonge à donner en pâture à l'opinion publique en guise de propagande.

Oui, mais vous voyez les otages français au Sahel....

Ouais mais qu'est ce qu'ils foutent là-bas ces otages ?! Si on cherche un peu, on voit tout de suite que c'est pas des touristes :

  • Philippe Verdon, barbouze ayant écumé l'Afrique : Madagascar, les Comores, et le sud Soudan, déjà enlevé et libéré par la DGSE, n'a rien d'un simple touriste en claquettes.
  • Serge Lazarevic est un ex-militaire reconverti dans la sécurité. En 1999, en Serbie, son nom est apparu dans une procédure judiciaire ouverte après une tentative d'assassinat contre Slobodan Milosevic. Serge Lazarevic se serait rendu au Mali pour étudier la faisabilité d'un projet de construction de cimenterie à Hombori, la ville où il a été enlevé avec Philippe Verdon.
  • Le 16 septembre 2010, sept personnes avaient été enlevées par AQMI dans le nord du Niger à Arlit, un site d'extraction d'uranium. Il s'agit d'un cadre du groupe nucléaire français Areva et de son épouse, tous deux Français, et de cinq employés de Satom, une filiale BTP du groupe Vinci (trois Français, un Togolais et un Malgache). Après le rapt, leurs ravisseurs les avaient emmenés dans le désert malien. Le 24 février 2011, la Française, le Togolais et le Malgache ont été relâchés. Mais les quatre autres Français sont toujours otages.
Bref, un ramassis de colons sans scrupules qui ne s’assiéront certainement pas à la droite du Christ. Personnellement, je n'enverrai pas le moindre petit pétard claque-doigt pour la libération de ces gens-là !
Alors les terroristes qui les ont enlevé, il faudrait, avant de tous vouloir les exterminer comme l'a dit notre président (on peut se moquer de Poutine après ça...) savoir pourquoi ils terrorisent, quels sont leurs motifs, et pourquoi ils s'en prennent à la France. Méthode logique pour moi et la plupart des gens civilisés, mais pas pour les énarques technocrates qui nous gouvernent apparemment ! Car depuis 12 ans qu'on nous bassine avec le terrorisme islamiste, il y a bien une chose que beaucoup ont compris [il faudrait qu'on arrête de nous prendre pour des cons, sérieux !] c'est que la “lutte contre le terrorisme” génère du terrorisme ! 

 
En effet, les racines du terrorisme ne sont pas à chercher dans tel ou tel précepte religieux ou dans un soi-disant conflit de civilisation créé de toutes pièces et qui arrange bien les puissances occidentales pour faire leurs affaires ; mais plutôt dans l'impérialisme et le pillage économique générant frustrations, pauvreté, sentiment justifié d'être dépossédé et exploité par des étrangers. Paradoxalement, cette soi-disant guerre au terrorisme exposera certainement plus la France aux attaques terroristes (on peut rappeler les attentats à Londres et Madrid pendant que leurs armées respectives faisaient la guerre au terrorisme en Afghanistan). Mais ça, notre gouvernement le sait très bien, et ce machiavélisme servira parfaitement son discours antiterroriste. Les résistants français à l'occupant nazi étaient qualifiés de terroristes aussi bien par l'administration vichyste que par l'occupant allemand, pourtant leur lutte nous semble aujourd'hui légitime. Comme quoi la justification permanente du terrorisme est un excellent prétexte pour que la France puisse intervenir et défendre ses intérêts.

Il est donc indispensable de connaître les véritables motifs de cette guerre et ne pas avaler candidement les raisons invoquées et présentées dans ce qu'il y a lieu d'appeler une véritable propagande d’État. Il n'y a pas la prétention dans ce texte de détenir toute la vérité, mais d'éclairer sur les cheminements possibles, et plus que probables, qui ont mené au déclenchement de cette guerre afin d'informer l'opinion que la vérité peut être autre que celle qu'on nous assène


Comme disait Jean Jaurès peu avant son assassinat en 1914“on ne fait pas la guerre pour arrêter la guerre”. Et diable qu'il eut raison...

XX

1Communauté Economique Des Etats d'Afrique de l'Ouest

A lire également : "Au Mali si tu savais"

3 commentaires:

  1. il y avais aussi des intérêts économique quand les alliés sont venu virer les nazis ...
    effectivement la France est allée au mali en partie pour la thune comme vous le décrivez, mais il ne faut pas oublier la souffrance qu'inflige les intégristes à ce pays, il faudrait donc laisser le mali se débrouiller ? et laisser la population à la merci des salafistes ? pour ma pars je suis bien content que les alliés nous ai délivré des Nazis

    RépondreSupprimer
  2. Bonjour à tous,

    je vous invite à lire cet article :

    http://www.jean-marie-muller.fr/ARTICLES/2013/2013-01-MALI.pdf

    Cordialement,

    Julien

    RépondreSupprimer
  3. Vincent S. (par e-mail)16 février 2013 à 20:57

    Bonjour!

    Vous posez la question suivante: "Quid des analyses, du traitement
    critique de l'information, équitable et sans prise de parti?" Au sujet des informations qui nous sont données sur ce qui se passe au Mali.
    Souhaitez-vous ne pas prendre parti?
    Il est une façon de ne pas prendre parti, c'est être indifférent à ce qui se passe au Mali, comme partout où il y a conflit. Et c'est
    façon-là montre que celle ou celui qui ne prend pas parti prend pour
    parti le sien.
    Une autre façon de ne pas prendre parti est de se dire: je ne
    comprends pas. Par exemple: je ne comprends pas pourquoi des hommes de l'armée malienne commettent des exactions, meurtres et viols, qui ne diffèrent en rien de celles que les extrémistes (qui disent agir au nom de l'Islam) ont commis? Pourquoi la violence appelle-t-elle la violence? Dans quel camp puis-je me situer, qui n'est celui d'aucun extrémisme, d'aucun despotisme?
    Des hommes répondent: je voudrais être du camp du savoir, je voudrais comprendre la haine.
    Votre question, on peut la poser autrement, sous de multiples formes:
    -Quelles conditions nous amènent à prendre parti?
    -Est-il possible de ne pas prendre parti?
    -A partir de quel moment pouvons-nous prendre parti?
    Prendre parti, n'est-ce pas juger?! Chacun n'a-t-il pas son jugement!?
    Vous dites: "Les médias dominants semblent instituer une propagande
    d'Etat" N'est-ce pas là un début de jugement, une envie de jugement,
    qui vous tracasse? Etes-vous contraint d'accorder votre confiance aux médias dominants? Empêcherez-vous des gens d'écouter les infos à la télé? L'écran de télévision exerce une sorte de fascination, qui interdit la lecture de ce qui est dit. Seules les images choquent. Il n'y a pas de recul pour bien juger.
    La propagande, toute propagande, c'est l'orgueil qui l'assure.

    Bien à vous,
    Vincent

    RépondreSupprimer

Commentez comme vous le souhaitez, mais sans donner raison au point Godwin...