21 mai 2013

*Gratiféria* - A peine un an et LEA marche déjà bien !


ARTICLE PUBLIÉ DANS RACAILLES n°66 (printemps 2013)
Et si l'on pouvait avoir sans acheter et donner sans échange. Pas simple de penser ainsi à contre-courant des formes traditionnelles de l'échange, d'autant plus quand le consumérisme tente de gangrener chaque jour un peu plus les espaces de nos vies. Pub, achat, envie, besoin, changer, jeter, acheter, développer, marché, mode, conso, obsolescence, nouveauté... Que ce soit dans nos rues ou par notre « temps de cerveau disponible » nous n'avons parfois plus en tête que l'échange peut aussi être raisonné, libre et non marchand.

C'est l'initiative à Lisieux du collectif LéA– Liens, Échanges,Actions– qui souhaite développer ces formes alternatives autour du don, du troc et du prêt perçus comme favorisant le lien social. Au-delà des modèles traditionnels du don et du contre-don développés dans l'ethnologie moderne (notamment par Marcel Mauss puis Claude Lévi-Strauss) on retrouve l'ambition de zones de gratuité qui évacuent la nécessité d'une réciprocité. Nous avons déjà pu observer de telles initiatives à Caen, par exemple à l'ancien squat politique du Pavillon Noir, lors d'actions du Collectif de Réappropriation de l'Espace Public(CREP) ou les nombreuses initiatives solidaires autour du vélo (ex : Vélisol) ; force est de constater que les schémas classiques sont chamboulés au point de créer une incompréhension chez les non-initiés : pourquoi donner sans attendre en retour ?! Il y a parfois de la méfiance comme si la qualité tenait de la valeur marchande donnée à l'objet ou au service, comme si l'acte désintéressé dissimulait une arnaque. Mais non ! On peut donner ou prendre sans être montré du doigt ou taxé de profiteur ! 
LÉA est ainsi à mi-chemin entre un système d’échanges locaux et une zone de gratuité, il a pour objectifs :
  • le recyclage et le réemploi gratuit d’objets ;
  • l'organisation d’actions autour du thème du non marchand ;
  • l'échange de savoirs, savoir-faire et de services entre personnes ;
  • le partage entre tous des temps festifs et de convivialité ;
  • opposer le modèle de société productiviste, de consommation et ses gaspillages au modèle local alternatif d’organisation des échanges entre les personnes, à construire ensemble.

Le collectif a d'ailleurs organisé le 24 mars dernier sa première gratiféria à Lisieux. Tout au long de la journée, environ 250 personnes sont venues donner, prendre ou simplement visiter les allées de cette première édition. Tous types d'objets ont pu ainsi retrouver une seconde vie, du bibelot à de la vaisselle, du livre au DVD, des vêtements, du matériel informatique ou du petit électroménager.
Passés l'effet de surprise et les interrogations (faut-il ramener des objets pour en prendre ? Combien d'objets par personne ? etc) les participants se sont pris au jeu revenant même parfois une seconde fois. A la fin de la journée, assez peu d'objets sont restés sans preneur. Les vêtements sont donnés au Secours Populaire ; les livres sont triés, listés et constitueront le premier bataillon de passeurs culturels pour une médiathèque sans domicile fixe. Quant aux autres objets, ils seront remis sur les étals lors de la seconde édition (prévue à la fin du printemps). Bien sûr, les objets pris gratuitement au cours de la gratiféria n'ont pas vocation à être revendus ! Le collectif développe ainsi des outils d'échange sur son site internet (petites annonces, fiches de prêt, etc).

Igmack Hack

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