12 nov. 2013

Bien-pensance

à retrouver en version lue / podcast en pied d'article

Je m'appelle Alexis, et je suis un apôtre de la bien-pensance. Vous savez, de ces gens qui trouvent des excuses à tout le monde lorsqu'ils commettent des méfaits, de ces gens qui pensent que rien n'est figé, qu'on peut toujours changer, s'amender, s'améliorer, se repentir, évoluer, mieux se définir !

La bien-pensance ? Ce processus civilisationnel qui fait la particularité de l'être humain, animal social qui peut muter pour davantage intégrer la vie en société. La bien-pensance, c'est bien penser, pour la multitude pour la communauté, pour l'humanité. S'agit pas de bien baiser, bien niquer les autres pour sa propre survie et sa seule intégrité !
Ouais je suis de ces gens qui pensent que la compassion ce s'ra jamais ringard, que le cynisme c'est l'arme des loups et des sauvages, des capitalistes et du ravage ! La bien-pensance, c'est devenu la poupée vaudou des fascistes en tout genre, un totem à violer et brûler pour casser tout ce qu'on a bâti de civilisé.
Mais c'est tellement facile de conchier l'humanité, de critiquer la sincérité, et de revendiquer le repli sur soi.

Mais je suis aussi ce qu'on appelle un patriote : je suis fier de mon pays, de son terroir, de son patrimoine, de ses paysages, de ses mœurs, ses coutumes, ses traditions, qu'il faut à tout prix préserver. Je suis fier de ma région, de son blason, de ses spécialités, son folklore, son calva et son claquos [camembert, NDLR]. Pas question de laisser ça aux nationalistes ! Tout ça a trop de valeur pour l'abandonner entre les mains des consanguins !
Tout ça, ce sont mes racines, là d’où je viens, là ou j'ai été éduqué, là ou j'ai grandi, ce qui m'a forgé, ce qui crée entre autres choses mon identité ! Ce que j'aime exporter, lorsque je pars voyager, c'est ma valise culturelle, mon bagage identitaire, c'est comme une carte postale Heula, ma tapisserie perso, mon mémorial local, un musée portatif où j'aime faire l'exposition de mon pays de cocagne, ma terre natale, chanter les paysages verdoyants, les vaches tachetées, les plages déchiquetées qui constituent ma territorialité.



A l'inverse, j'aime accueillir les étrangers, les exilés, les dépossédés, les oubliés de la mondialisation, et je suis fier de leur présenter ma Normandie, j'ai envie de leur dire : “Bienvenus dans mon pays, un pays de convivialité et d'hospitalité, sois ici comme chez toi, tu vas voir c'est magnifique, tu vas très bien t'intégrer, ici les gens sont pleins d'humanité, nous c'est comme ça qu'on accueille les étrangers”.
D'ailleurs qu'est ce qu'on a le droit de dire d'autre à un exilé ? Un damné qui a été obligé d'abandonner sa contrée, toujours à contrecœur.. Savez-vous ce que c'est que l'exil ? La douleur que cela représente ? Le mal du pays ? C'est pas compliqué, il suffit de penser à tout ce que vous perdriez si on vous arrachait à votre identité, voyez tout ce que j'ai décrit plus tôt, concernant ma patrie et ma territorialité, si j'étais obligé de tout lâcher par manque de liquidité, parce que je ne peux plus bouffer ni travailler ou parce qu'on n'accepte plus mon identité dans mon propre pays. 
Voilà ce que ressent un exilé, mais voilà ce qu'il n'entendra jamais !
Ça veut dire que si les xénophobes étaient véritablement nationalistes et fiers de leurs racines, ils ne pourraient pas être xénophobes, car ils comprendraient la tragédie de l'exilé !
Mais ils sont trop cons.
Si je leur raconte ça, ils vont me taxer de bien-pensance ! OK les gars, je suis fier d'être bien-pensant, c'est plutôt une qualité, y a quand même bien et pensant !
Mais bon, il y a des limites à ma bien-pensance, il y a des moments ou j'ai des accès de frénésie dévastatrice assez malsains, je fais des rêves violents ou j'arrache les viscères des xénophobes avec les dents, je leur défonce la mâchoire avec mon marteau de charpentier en leur criant “tu veux que jt'apprenne l'humanité sale fils de pute ?!”. Et encore, le métier de pute est bien trop honorable pour enfanter des immondices pareilles.

Mais là, j'dérive grave ! Cette attitude est trop simpliste, trop terre à terre, trop stupide et débile, sauvage, décivilisée, pas à la hauteur de l'humanité dont j'aimerais me parer. On va me répondre "c'est ça qui est humain justement, cette faculté à céder à ses impulsions primitives, à faire prédominer son cerveau reptilien, ses instincts de survie égoïstes".
Mais non, j'crois pas, pour moi, ce qui est humain, c'est l'humanité, le néocortex, ce deuxième cerveau qui nous distingue des autres espèces, cette capacité de raisonner, ces neurones miroirs qui nous rendent capables d'aimer, de comprendre la douleur d'autrui. C'est là-dessus qu'il faut s'appuyer pour sortir de la barbarie qui nous entoure, qui nous englobe, qui tente en permanence de reprendre le-dessus, dans un combat épique et sans fin. C'est ce que nous devons développer chez ceux qui en sont peu ou n'en sont pas du tout pourvus.

Alors forcément, cette critique de la bien-pensance, ce discours répugnant est largement répandu par ces rapaces auprès de populations précaires sur le plan pécuniaire et cognitif, prêtes à ingurgiter n'importe quel bourrage de fausses vertus crasses pour se distinguer d'une élite éduquée qui ne les comprendra jamais, en hurlant “laissez-nous dans notre connerie” et “prenez soin de nous sinon nous laisserons éclater notre barbarie”. "Nous appliquerons notre justice nous-même en tirant sur les braqueurs, en égorgeant des Roms, en ratonnant du bicot, en forçant à travailler les jeunes désœuvrés" etc.
Mais les désœuvrés, les paresseux, ce sont eux, comme disait Jacques Brel :
“La bêtise, c'est de la paresse.
La bêtise, c'est un type qui vit et qui se dit
« je vis, je vais bien, ça me suffit ».
Il ne se botte pas le cul tous les matins en se disant
« c'est pas assez, tu ne sais pas assez de choses,
tu ne vois pas assez de choses,
tu ne fais pas assez de choses ! »
C'est de la paresse, je crois, la bêtise.
Une espèce de graisse autour du cœur,
une graisse autour du cerveau... “

Graisse autour du cœur, ouais, car comment peut-on rester insensible et voter Front National après avoir vu cette petite fille pleurer la mort de sa mère et de son frère jumeau noyés au large de Lampedusa, comme les 364 autres personnes ayant subi le même sort ?
Alors, lorsque l'on nous reproche d'être bien-pensant, telle une insulte suprême balancée de telle sorte à clore tout débat, revendiquons et assumons le fait d'avoir une morale humaniste, défendons-là ardemment comme une vertu lumineuse de raison face à l'obscurantisme de la barbarie simpliste qu'on nous oppose. Nous ne sommes pas des naïfs, des bobos, ou des faibles à penser cela, nous sommes juste logiques et humains à la fois !

XX


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