12 déc. 2013

Prostitué-e ?



à retrouver en version lue / podcast ci-dessous


Je travaille la nuit, dans le froid et le bruit, dans des grands espaces, au sein des zones industrielles, loin des centre-villes éclairés, relégué dans les banlieues. A côté de moi, je vois défiler des autos, des autos, et encore des autos ; ça n'en finit pas. Nos clients ? C'est Monsieur Tout le Monde, qui vient chercher un peu de confort, de changement, de nouvelles courbes, de nouvelles sensations, et qui comble ses carences affectives grâce à cette transaction. Nous lui offrons de nouvelles options, un sentiment de puissance et la jouissance de gérer la conduite à tenir, c'est lui qui tempère sa vitesse et sa façon de se comporter, le client est roi ! Il peut alors maltraiter ou détruire la marchandise, il a payé, il s'estime donc propriétaire !

Moi, je vends mon corps, toutes les nuits. Je suis lié par un contrat avec mon employeur, ou j'échange certaines parties de mon corps et ma force de travail contre un modeste salaire. Le client allonge beaucoup, mais entre deux, les maquereaux se sucrent énormément, et moi, il me reste les miettes. Pourtant, c'est moi qui fait tout le boulot, qui transpire, qui trime, qui donne ma sueur. L'impression d'être spolié de mon travail... Je vends mon corps pour quelques kopeks qui me permettent à peine de survivre. Ma chair est meurtrie, endolorie, fragilisée. Je me réveille souvent avec des courbatures importantes. Oui, j'offre ma santé, contre quelques billets, j'offre des années de vie ! Le patron, lui il s'engraisse, en ponctionnant la plus-value, alors qu'honnêtement, je suis sûr qu'on pourrait se passer de lui pour faire not' boulot. 

Est-ce que c'est vraiment un boulot, d'ailleurs ? On a l'impression d'être des machines, de subir, on travaille à la chaîne. Pour sûr, y a pas de plaisir, y a pas d'amour, y a pas de passion, not' travail est tellement aliénant, vidé de sens. Y a plus d'imagination ou de savoir-faire, on ne fait que subir une cadence, répéter les mêmes gestes à chaque passe. Ce qui différencie mon travail de l'esclavagisme, c'est la rémunération. Mais la contrainte, elle, elle est ici. On doit bosser, même si on n'en a pas l'envie, et dans ce métier, j'vous jure, des fois, j'n'en ai plus l'envie, plus la force !
Du coup, encore et toujours, on subit, on est passif, faut gagner sa croûte, payer son loyer, nourrir ses enfants, leur payer le noël. La dignité qu'on sacrifie au boulot, on essaie de la récupérer par ailleurs. On nous apprend que travailler et gagner sa vie durement à la sueur de notre front, c'est ça être digne, mais moi j'y crois plus !

Aujourd'hui, on nous jette comme des malpropres, comme des déchets, pas compétitifs qu'on nous dit. Le maquereau suprême, qui nous a bien baisé dans tous les sens, cet enfoiré, se barre avec not' pognon, une retraite chapeau de 21 millions d'euros, soit 21 000 smics mensuels pour nous autres, soit quasiment 30 salariés payés pendant toute une vie (retraite incluse).
Ouais, moi j'suis pas une prostituée, j'suis ouvrier à PSA Aulnay, ou plutôt j'étais ; maintenant je suis jeté, licencié, évacué. Après avoir vendu nos âmes et nos corps à cette putain d'usine, on se fait flouer, berner et voler ce qui nous restait de dignité. Les actionnaires, ces rapaces charognards, nous picorent tout notre blé.


Mais j'vous promet, ça va pas durer, on va retourner la chercher notre dignité, et ce sra pas toujours les mêmes qui vont déguster !

XX

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