19 déc. 2013

Le Père Noël est une ordure (sexiste) !


ARTICLE PUBLIÉ DANS RACAILLES n°68 (hiver 2013-14)

Décembre. Ce mois angoissant où la France entière se retrouve acculée : il faut trouver un cadeau digne de ce nom pour sa fille, son neveu, sa petite-cousine, son filleul (rayez les mentions inutiles). Et c’est le cœur lourd et plein de responsabilité que chacune, chacun, nous passons les portes d’un magasin de jouets. 
campagne du collectif Debout!

Et là, drame. Un daltonisme aigu semble s’emparer de nous, le monde semble subitement réduit à deux couleurs : le bleu et le rose. Un monde bleu pour les garçons composé de déguisements de super-héros, d’établis de bricoleurs, de jeux scientifiques et de paniers de basket. Et un monde rose où s’entremêlent robes de princesse, tables à repasser, poupées Barbie et Lego spécial filles (oui car les Lego normaux, c’est pour les gars on vous dit). Bref, les magasins de jouets fabriquent une réalité dans laquelle vous ne risquez surtout pas d’offrir un ballon à votre nièce ou un poupon à votre petit-cousin. Ouf !
Réduire les possibilités des enfants de 50% : voici la promesse chaque année renouvelée du Père Noël, cette ordure (sexiste) !

16 déc. 2013

Qu'est-ce qui fait monter le FN?


ARTICLE PUBLIÉ DANS RACAILLES n°68 (hiver 2013-14)

Le 25 novembre 2013, le quotidien Libération publie un sondage censé être éloquent: « 42% des français n'excluraient pas de voter Front National aux élections européennes ». Si ce témoignage d'une supposée montée du parti de la famille Le Pen ne signifie rien en tant que tel, les sondages étant souvent contestables, il a le mérite de montrer une chose : le FN est bel et bien revenu au centre des attentions, à la faveur de la crise, comme toujours, mais aussi parce qu'il entreprend depuis 2010 de corriger son image de pire faussaire de notre démocratie. S'il fut aidé dans cette entreprise par cinq années de sarkozysme brutal qui ont contribué à propager et légitimer son discours fâcheux, on aurait tort de mettre toute la responsabilité de son ascension sur le dos de la droite. En effet, il n'est pas sûr que le gouvernement PS actuel, massivement supporté par les médias officiels qui véhiculent son discours, soit exempt de critiques sur cette question.

Dédiaboliser le FN ?

Depuis son congrès de Tours en 2010, le Front National a indéniablement changé : cela ne signifie en aucun cas qu'il est devenu meilleur, mais il a changé de visage pour esquiver les critiques traditionnelles qu'on lui administre, à gauche comme à droite. Il est ainsi passé, sans que grand monde ne s'en rende compte, d'un programme reaganien très conservateur et liberticide à une sorte d'extrême-droite mondaine, qui semble avoir le vent en poupe aujourd'hui. D'ailleurs, en présentant le FN comme un parti « à la gauche d'Obama », Marine Le Pen illustre elle-même cette tendance qui entre dans sa stratégie de dédiabolisation : rendre son parti respectable en lui collant de nouvelles étiquettes qui décomplexent le chaland. De la même manière, un travail sémantique a été entrepris pour rendre le programme et ses représentants politiquement corrects, et il est donc parfois bien difficile lorsqu'on ne lit pas entre les lignes de déceler un défaut de communication révélateur. Chassez le naturel, et il revient au galop : de nombreux militants et quelques cadres ne suivent pas ces consignes et sont toujours là pour attester du caractère profondément délétère du FN par leurs propos ou attitudes. Inutile ici d'en faire une liste, car les exemples sont trop nombreux [lire notre article sur Philippe Chapron, responsable du FN14]. Mais alors, pourquoi certains décident de faire confiance au Front National malgré cela?

12 déc. 2013

Prostitué-e ?



à retrouver en version lue / podcast ci-dessous


Je travaille la nuit, dans le froid et le bruit, dans des grands espaces, au sein des zones industrielles, loin des centre-villes éclairés, relégué dans les banlieues. A côté de moi, je vois défiler des autos, des autos, et encore des autos ; ça n'en finit pas. Nos clients ? C'est Monsieur Tout le Monde, qui vient chercher un peu de confort, de changement, de nouvelles courbes, de nouvelles sensations, et qui comble ses carences affectives grâce à cette transaction. Nous lui offrons de nouvelles options, un sentiment de puissance et la jouissance de gérer la conduite à tenir, c'est lui qui tempère sa vitesse et sa façon de se comporter, le client est roi ! Il peut alors maltraiter ou détruire la marchandise, il a payé, il s'estime donc propriétaire !

Moi, je vends mon corps, toutes les nuits. Je suis lié par un contrat avec mon employeur, ou j'échange certaines parties de mon corps et ma force de travail contre un modeste salaire. Le client allonge beaucoup, mais entre deux, les maquereaux se sucrent énormément, et moi, il me reste les miettes. Pourtant, c'est moi qui fait tout le boulot, qui transpire, qui trime, qui donne ma sueur. L'impression d'être spolié de mon travail... Je vends mon corps pour quelques kopeks qui me permettent à peine de survivre. Ma chair est meurtrie, endolorie, fragilisée. Je me réveille souvent avec des courbatures importantes. Oui, j'offre ma santé, contre quelques billets, j'offre des années de vie ! Le patron, lui il s'engraisse, en ponctionnant la plus-value, alors qu'honnêtement, je suis sûr qu'on pourrait se passer de lui pour faire not' boulot. 

Est-ce que c'est vraiment un boulot, d'ailleurs ? On a l'impression d'être des machines, de subir, on travaille à la chaîne. Pour sûr, y a pas de plaisir, y a pas d'amour, y a pas de passion, not' travail est tellement aliénant, vidé de sens. Y a plus d'imagination ou de savoir-faire, on ne fait que subir une cadence, répéter les mêmes gestes à chaque passe. Ce qui différencie mon travail de l'esclavagisme, c'est la rémunération. Mais la contrainte, elle, elle est ici. On doit bosser, même si on n'en a pas l'envie, et dans ce métier, j'vous jure, des fois, j'n'en ai plus l'envie, plus la force !

9 déc. 2013

CAEN - Un candidat FN / Bleu Marine très, très brun.


On pouvait s'y attendre. Dans le contexte puant actuel et la tentative du Front National (FN) de pénétrer les grandes villes en maquillant son socle facho derrière des apparences de "fréquentabilité", un candidat Rassemblement Bleu Marine sera présent à Caen. Le FN n'avait pas présenté de candidat-e en 2008, contrairement à 1995 (5,7%) et 2001 (3,68 %). Fréquentable ? Ni droite, ni gauche et surtout pas d'extrême droite le FN ?! A d'autres ! Surtout quand on voit le passif du candidat caennais !

Philippe Chapron, candidat FN à Caen

Chapron le GUDard

C'est un certain Philippe Chapron qui sera localement le représentant de la haine, du racisme et du populisme. A Racailles on a un peu regardé qui était le gus en question et on n'a pas été déçu. Directeur du Musée de la Bataille de Normandie à Bayeux (intégré comme ouvrier en 1981), son cœur a toujours penché vers l'extrême droite puisqu'il entre en politique à l'âge de 16 ans en militant à Ordre Nouveau (ON) dès 1972. Mais oui, vous savez, ce mouvement nationaliste proche du néo-fascisme créé en 1969 par d'anciens membres d'Occident et des militants du Groupe Union Défense (GUD). Croix celtiques, idées nauséabondes et religion "anti-gauchiste", ON a donné naissance en 1972-73 au Front National avant d'être dissout par le gouvernement en juin 1973.
Herr Philippe n'avait pas l'air d'aimer Le Pen dans les premières années du FN. Il fait donc ses armes quelques années au sein du GUD à Caen (époque où, selon un de ses voisins d'alors, il aime se déguiser en nazi lors de soirées). GUDard, il aurait été mis en cause dans des histoires de croix gammées dont nous vous reparlerons d'ici les municipales !

Service d'ordre du FN 

Entraînement paramilitaire des DPS
Il retourna sa veste en 1982 et entra au FN. Faut-il y voir déjà une forme d'arrivisme qui caractérisera tout son parcours ? Il devient membre du Département Protection Sécurité (DPS) – service d'ordre du FN – et c'est d'ailleurs dans ce cadre qu'il est cité dans un rapport parlementaire pour un fait sympatoch' : lors d'un contrôle sur l'A13 le 3 juin 1993, les flics découvrirent dans le véhicule de M. Philippe Chapron et de trois militants du DPS du Calvados revenant d'un point presse de J-M Le Pen à Châtillon « un fléau japonais, un poing américain, un pistolet lance-fusées calibre 12 et des balles en caoutchouc, un sabre d'exercice japonais en bois ainsi que 26 manches de pioche ». Et ce n'est qu'un exemple ! Le DPS du Calvados est cité à plusieurs reprises dans ce rapport comme l'un des « îlots activistes et pro-nazis [du DPS] (...) autour de MM. Gérard Le Vert, Christian Launay, Philippe Chapron, Jean-Luc Ménard, Pascal Havard, Patrice Halope et Samuel Bellenger ».