3 févr. 2014

Municipales à Caen #2 – La “gauche” plurielle tient à ses places d’élu-e-s


Après avoir étudié dans un premier article le désastre de la droite caennaise, voyons si c'est mieux dans notre propre camp.

Il n'y a pas qu'à Paris que le Front de Gauche (FdG) a du plomb dans l'aile. A Caen il se heurte à la réticence du Parti Communiste Français (PCF) de lâcher le Parti Socialiste (PS) de Duron et de proposer l'alternative tant vantée en d'autres lieux. Un peu de gros Scotch suffira-t-il pour maintenir le FdG debout localement après les élections ? Pas sûr... De son côté Europe Écologie Les Verts (EELV) font mine de partir seuls. Décortiquons un peu tout ça.


A Caen, la majorité municipale sortante est à l'image de ce que l'on appelait du temps de Jospin la “gauche plurielle”. Elle est composée du bloc PS, du Parti Radical de Gauche (PRG)-Citoyens à Caen, Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), d'EELV et du PCF, ainsi que des personnes non-encartées et des associatifs. Et on ne peut pas dire que la mésentente soit de mise, à l'exception de quelques-uns non formés au jeu politique et ses couleuvres à avaler. Mais, vous allez le voir, chacun semble avoir des motivations différentes, répondant à la fois aux ambitions personnelles et à des stratégies plus politiciennes que politiques.

Comme l'analysait le Monde Diplomatique (Faire de la politique ou vivre de la politique ? - 10/2009) : « les partis de l’ex-gauche plurielle se sont repliés (…) sur leurs réseaux d’élus, s’accommodant d’une situation qui leur assure de nombreux postes à répartir. Le PS, le PCF et les Verts sont ainsi devenus des machines électorales (…) dans lesquelles les intérêts de milliers de professionnels de la politique semblent désormais prédominer. Il semble loin le temps où la gauche combattait la notabilisation de ses élus. La lutte des places tend à se substituer à celle des classes, coupant les partis de gauche des revendications et du vécu quotidien des groupes sociaux qui les soutenaient traditionnellement (ouvriers, employés, enseignants) ». Pour mettre en lumière cela, prenons deux cas.

Tout d'abord EELV et Rudy l'Orphelin. Il est 7ème maire adjoint en charge de l’environnement, du développement durable et des déplacements. Une bonne place pour cet ancien syndicaliste étudiant qui a très tôt su allier carriérisme et opportunisme politique pour se faire une bonne place. Certains disent qu'il pensait déjà à la Mairie de Caen avant même qu'il ait l'âge de se raser ! Même s'il est ravi de son mandat avec son équipe de 7 conseillers municipaux EELV, il part à la tête d'une liste en cavalier seul au premier tour avant de rejoindre Philippe Duron (PS) au second tour. 
Rudy L'Orphelin
Rien de très étonnant et assez normal en politique, en accord avec la collusion nationale et gouvernementale entre les deux partis. Aux vues de l'audience catastrophique d'EELV au plan national (2,31 % à la dernière présidentielle) et l'incompréhension d'une partie des sympathisants au sujet de son maintien coûte que coûte au gouvernement, cette existence locale est pour EELV une obligation à la fois d'image et de stratégie. L'Orphelin explique ainsi dans la presse locale qu'il s'agit de « défendre des projets » et que cela n'aura pas d'incidence sur les bonnes relations entre écolos et socialos. Duron de son côté enfonce le clou en confirmant qu'il ne s'agit aucunement d'un « adversaire » mais d'un « partenaire », même si en off cela le fait un peu chier quand même !

Penchons-nous désormais sur le PCF, dont les scores aux élections ne cessaient de chuter avant la création du Front de Gauche. Il parvient à maintenir une présence parlementaire grâce à ses maires et survit grâce à ses réseaux d’élus. Une stratégie hautement défensive – pourrions-nous dire une assistance respiratoire – grâce à laquelle le PCF tente d'assurer sa survie. Il faut dire qu'avoir des élus rapporte du pognon (plus de la moitié des recettes du parti viennent de mandats électifs). Depuis les années 80, les petits arrangements PCF/PS sont donc la règle et il ne semble pas facile d'y changer quoi que ce soit. Ce n'est en tout cas pas avec Marie-Jeanne Gobert (PCF) actuellement 4ème maire adjointe chargée de la jeunesse, de la vie associative, des sports et des activités extra-scolaires, membre du bureau de Caen la mer, ainsi que 4ème vice-présidente du Conseil Régional (un chouette cumul, non ?! Marie-Jeanne semble la supportrice n°1 du camarade Duron, ne manquant pas une occasion de le défendre et de le féliciter pour son bilan, leur bilan (il paraîtrait que "Caen c'est mieux maintenant" ?!) grâce à ses talents de conseillère hors pair. Et oui, pour avoir entre autres subi plusieurs rencontres (et confrontations), nous pouvons en témoigner : Marie-Jeanne a un melon sans égal, une pratique politicienne hors norme et néfaste, et un discours des plus autoritaires qui rend hommage à la grande époque stalinienne de son parti. Mais, malheureusement pour son camp, elle a su se rendre indispensable et elle le sait, telle une tique ne voulant pas lâcher prise bien qu'elle transmette la maladie de lyme.
Philippe Duron et Marie-Jeanne Gobert
La stratégie fut donc tranchée par les 80 communistes caennais qui ont décidé de partir avec le PS plutôt qu’avec le Front de Gauche, un choix « absurde et suicidaire » selon le Parti de Gauche (PG). Ambiance... L’inverse semblait de toute façon irréalisable car Marie-Jeanne misait sur le gagnant-gagnant : garder sa place et s'assurer encore 5 années mèmère, ou être tête de liste FdG et... retrouver sa place par accord au deuxième tour. Le choix fut rapide. Cette stratégie n'est pas sans exaspérer le reste des composantes du Front de Gauche (Ensemble et le PG) qui partiront avec le NPA sous l'étiquette "L'Alternative à Gauche" et ne souhaitent pas de négociations de chiffonniers au deuxième tour lors de la fusion des listes, ni de postes à responsabilités (adjoints) mais un simple respect des règles de proportionnelle pour former une éventuelle opposition à gauche au Conseil Municipal, probablement nécessaire si on s'en tient aux déclarations de P. Duron se disant "[depuis] toujours plutôt social-démocrate que socialiste". Une absence d'opportunisme de "la gauche de la gauche" comme on dit qui ferait presque tâche !



Igmack Ronstadt

9 commentaires:

  1. attention, Igmack Ronstadt, tu va te faire des ennemis! ;-D

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  2. Non Guillaume, je ne pense même pas, il aurait fallut un peu plus de subtilité pour cela, sincèrement!
    Une vieille au méthode stalinienne, un plus ou moins jeune aux vieilles recettes anti-communistes... bof, rien de très subversif.
    Au cas ou vous vous intéressez également aux propositions et aux projets, je vous laisse prendre connaissance du 16 pages réalisé pendant 3 mois par les communistes de Caen.
    Vous y trouverez toutes les propositions que nous mettons en débat pour les 6 années (et non 5 comme indiqué dans l'article) à venir.
    En espérant que la campagne sera à la hauteur des attentes et que nos camarades d'Alternative à gauche auront un maximum d'élus pour peser et ancrer véritablement la ville à gauche.
    N'en déplaise à certain qui voudraient radicaliser ou marginaliser le Front de Gauche, les communistes sont profondément attaché a ce rassemblement.
    La richesse et la diversité de nos débats nous conduira très rapidement a reprendre le chemin des batailles communes, y compris électorales.
    Bonne soirée à tous!
    http://www.fichier-pdf.fr/2014/02/03/propositions-pcf-caen/

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  3. Jean-Jacques Maga4 février 2014 à 00:07

    Le refrain est usé jusqu'à la corde ! On aurait aimé que le souffle nouveau que prétend insuffler la racaille soit plus créatif ! Ben non ! La racaille ressasse les formules populistes les plus éculées ! Déception !

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  4. Où se trouve le populisme dans ce qui est dit par notre rédacteur Jean-Jacques Maga ? Où se trouve l'anti-communisme Lilian Bellet ? Est-ce que qu'adresser une critique se résume à de l'anticommunisme primaire ? Ce procès semble quant à lui quelque peu facile ! Oui ou non, localement, le choix des militants communistes de la section de Caen ne va-t-il pas à l'encontre de la dynamique du Front de Gauche ? Et comment l'expliquer autrement que par l'envie de conserver des postes à responsabilité dans une majorité sociale-démocrate (c'est ainsi que Duron se qualifie désormais) ? C'est ce genre de choix qui à terme décrédibilise le communisme et dessert ses idées.

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    1. Pour répondre à la dernière question, le choix de l'union a été fait sur un projet et des engagements pour le prochain mandat après un débat long et intense qui a abouti à un choix démocratique entre 2 stratégies. Maintenant, ce qui est important pour moi c'est que cette ville reste à gauche et que la future équipe porte des projets qui améliore le quotidien de ses habitants... Après, chacun est libre dans sa conception du rôle d'une collectivité locale mais avoir des responsabilités permet de faire évoluer les choses. C'est toujours mieux que de rester dans la critique stérile et d'attendre que la situation s'empire pour espérer le grand soir...

      Amicalement,

      Damien

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    2. Pour que la ville de Caen reste à gauche (c'est-à-dire qu'elle ne bascule pas à droite), il suffit de voter pour une des 2 listes à gauche de celle de P. Duron au premier tour.

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  5. Ah ah Guillaume ! Je ne cherche ni amis ni ennemis !
    Merci Lilian pour le document que je vais lire attentivement. Je ne crois pas qu'il y ait une question de vieille / jeune. Mais je n'ai eu que de mauvais contacts avec Marie-Jeanne (et pas le seul au sein de Racailles) et je ne cherche pas à créer la polémique ou à me justifier en-dehors de ces lignes, d'autant plus que notre "débat" n'aurait ni queue ni tête ni fin. Je vais lire le texte et espérer que votre accompagnement du PS puisse le tirer plus à gauche, sans pour autant habituellement croire à ces méthodes à la lecture de l'histoire et du vécu. Quant à Jean-Jacques, si le refrain est usé, c'est peut-être parce qu'on est forcé de le répéter encore et toujours face aux mêmes actes. Mais merci de préciser ce que tu vois de "populiste".

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  6. Tous les communistes n'ont pas vote cette position la et certains en sont même déçus. Je suis sans doute soit stupide soit ignorante en terme de politique mais moi non plus je ne comprends pas du tout cette position la. Comment est il possible d'aller manifester a paris ou ailleurs avec le front de gauche contre des reformes prises par le ps et en meme temps s'allier avec Duron? Moi qui adhérait a certaines valeurs des communistes, je ne me retrouve pas du tout dans ce choix la. Quand on se retrouve dans des partis d’extrême gauche on s'attend a une vraie gauche pas celle que l'on a deja. Désolée je ne fais pas de proces d'intention ou je ne sais quoi mais je ne comprends juste pas du tout.

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    1. en tout cas tu as le mérite d'exprimer tout haut ce que l'on pense tout bas mais que l'on ne dit pas pour préserver l’avenir du front de gauche dans notre belle ville de Caen!

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