22 mars 2014

La Commune plutôt que les élections municipales !


Avec Racailles, on vous propose d'appréhender les élections municipales d'une autre manière que celle qui nous a été proposée (imposée ?) ces dernières semaines, avec une touche de fantaisie, beaucoup d'utopie - parce que c'est l'utopie qui fait avancer le monde - et enfin avec de l'imagination. L'imagination contre l'ordre établi.

Lorsqu'on parle élections municipales, on parle vie locale, choses concrètes, on voit le changement quasi immédiat dans notre quotidien lorsque des mesures sont adoptées. 


On connaît les élus, on les côtoie plus facilement, on peut leur serrer la pogne, avec douceur si l'on est satisfait ou leur écraser les phalanges si l'on est amer.

Les élus locaux sont nos voisins, on peut facilement avoir à faire à eux. On peut aisément leur demander des comptes, remettre publiquement en question leur politique, les déstabiliser... Ces politiques là ne sont pas planqués dans des cénacles éloignés au sein de leur caste politicienne et à la merci des lobbies de tout poil (comme ceux qui ont leurs locaux au sein même du Parlement Européen de Bruxelles par exemple, et qui infléchissent les décisions européennes au détriment de la démocratie).
Bref, les municipales sont des élections ou l'on sent que notre voix pèse, que notre bulletin de vote peut avoir son importance.

C'est bien sûr une question d'échelle, mais la démocratie authentique ne dépend-elle pas justement d'une petite échelle ?

Les inventeurs de la démocratie que sont les Grecs anciens ne l'ont d'ailleurs pas imaginée sur la base d'un vaste territoire, tel que l'empire Perse par exemple, géré par un souverain autocrate, mais bien à l'échelle de petites cités autonomes où les assemblées peuvent rassembler l'ensemble des citoyens.
Car l'authentique démocratie sous-entend la participation de tout le monde à la prise de décision, le minimum de délégation du pouvoir à qui que ce soit, et lorsque cela se fait, sous mandat impératif, et révocable s'il n'est pas respecté. Tout cela afin d'éviter la professionnalisation des politiciens et l'apparition d'une caste politique défendant ses propres intérêts avant ceux de ses administrés. L'authentique démocratie doit être maximaliste, c'est à dire que le dèmos (le peuple) doit être en mesure de choisir et prendre lui-même les décisions pour tout ce qui le concerne, et non pas être minimaliste, c'est à dire qu'elle ne délègue pas la prise de décision à des élus politiciens en leur donnant mandat libre pendant une période donnée (comme par exemple élire un Président de la République sur un programme pour la durée d'un quinquennat et réaliser au bout d'un an qu'il ne respecte pas ses engagements et son programme, qu'il va souvent à l'opposé de la volonté du peuple...).
Il est quasiment impossible d'imaginer une authentique démocratie à l'échelle d'un trop vaste territoire. Plus les décisions sont prises loin de nous et moins nous avons d'impact sur celles-ci. Nous nous sentons désemparés face aux prises de décisions de la Commission Européenne par exemple, obscure chambre antidémocratique choisissant quels types de pêche nous devons adopter, quelles subventions agricoles, dans quels types d'habitat nous devons vivre, souvent au mépris de traditions locales, et souvent même, au mépris du bon sens.


Au niveau local, la prise de décision semble bien plus raisonnable et surtout plus efficace. On sait de quoi on parle, de quel terroir, de quel territoire, de quels habitants, on sait par exemple ce que produisent les agriculteurs, on est au plus près des désastres écologiques, on constate que telle décharge est une catastrophe, que telle rivière est polluée à cause des intrants agricoles, on sait ce que la région est capable de produire et ce qu'elle doit importer... A l'échelle d'une commune, on constate où sont les problèmes de mixité sociale, et on peut se demander à quoi ils sont dus. Ou encore ourquoi y a-t-il des pics de pollution et comment y remédier ?
Bref, on prend des décisions pour ce qui nous concerne directement, on se sent d'avantage impliqué, dans la vie de la cité qu'à l'échelle d'un État ou d'un continent. Nous ne donnons pas notre avis sur des sujets pour lesquels nous n'avons aucune légitimité à choisir tels que l'insécurité urbaine ou l'immigration pour des provinces rurales parfois non concernées.


A l'échelle d'une commune...

A l'échelle d'une commune, on peut réfléchir collectivement, analyser point par point chaque problème rencontré, interroger séparément les victimes de ces problèmes, identifier leurs origines et trouver des consensus ou des compromis allant dans le sens de l'intérêt commun. Par exemple, on peut trouver des solutions pour recycler nos déchets, pour éviter d'en produire, pour consommer local, et même produire local en fonction des besoins de la cité.
A l'échelle d'une commune, on peut aisément analyser les besoins en logement par rapport aux logements disponibles et prendre des mesures pour définitivement abolir le mal-logement ou le non-logement sans attendre que des lois soient créées au niveau national. On peut organiser le logement afin de rapprocher les citoyens de leur lieu de travail et limiter les déplacements inutiles. On peut optimiser le rendement des chauffages au sein des habitats collectifs, améliorer l'isolation de l'habitat.
A l'échelle d'une ville on peut choisir de supprimer la voiture en son centre en organisant des méthodes alternatives de déplacement tels que les transport en commun, les vélos, les pousse-pousses, les camions mutualisés pour les marchandises... et tout ce qu'il est possible d'imaginer. On peut rendre gratuits les transports en commun et les développer : c'est permettre aux citoyens de conserver leur liberté de déplacement tout en évitant le coûteux achat d'une voiture et toutes les dépenses liées.
A l'échelle d'une commune, on peut organiser la mutuellisation, la mise en commun d'un certain nombre de choses, de dépenses devenues indispensables, au-delà de la voiture. On peut imaginer des buanderies collectives, des potagers communs où ce que l'on produit est ce que l'on n'achète pas, des composteurs de déchets verts qui nous donneront l'engrais pour les potagers cités auparavant.
On peut tendre vers une ville capable de produire ses propres énergies, en limiter la consommation, optimiser la production.
On peut favoriser la ré-émergence de l'artisanat, et de la production des biens de première nécessité.
Bref, on peut décider de devenir une ville, ou un village en transition ! Une ville ou un village résilient, sobre, peut-être même auto-suffisant, et surtout HEUREUX.
Car toutes ces mutuellisations, ces espaces partagés et collectifs recréent du lien social, des rencontres et des échanges entre générations et entre classes sociales.

Le lien social est un besoin vital à l'être humain - qui se sent entouré et donc plus fort, moins isolé - contre l'atomisation libéral et l'individualisme ambiant.

Mais pour réaliser cela, il ne faut pas tenir le discours classique des politiciens de tous bords qui consiste à “inclure le citoyen dans la participation”. Il faut que le citoyen prenne le pouvoir intégralement. La démocratie doit être directe, et non pas représentative ou participative ! Le citoyen réuni en assemblée est le plus à même de trouver les meilleures solutions concernant les problèmes qui le concernent. Le nombre et le débat favorisent l'optimisation des solutions trouvées. La recherche du compromis limite les frustrations. L'échange permet de réaliser que nous ne sommes pas seuls à défendre nos propres intérêts, que l'autre citoyen peut avoir des intérêts contradictoires avec les nôtres, et que la seule solution pour satisfaire tout le monde est la recherche de l'intérêt commun !
Cela ne peut se réaliser que dans la recherche permanente du maximum démocratique, dans une remise en question constante du pouvoir, avec le but que ce dernier reste toujours partagé entre tous.
Au delà de la commune, on retrouve d'autres communes, comme autant de cellules d'un corps vivant sans hiérarchie entre communes, ni de conflits, mais seulement de la coopération. Des échelons supérieurs sont bien sûr nécessaires pour organiser le tout, mais en ne détenant qu'une infime portion de pouvoir sur un domaine bien délimité, en considérant que la Commune est l'échelon essentiel, la base de l'organisation. Au détriment d'un État pyramidal générant inévitablement une société pyramidale, une horizontalité serait mise en place sous la forme d'une confédération de municipalités libres.

Ces conceptions de la société, du vivre-ensemble et de la démocratie existent depuis les Grecs anciens (et même avant) mais n'ont cessé de réapparaître au cours de notre histoire aux quatre coins du monde. On peut évoquer la Suisse au Moyen-Age lorsque les communes se débarrassèrent de la tutelle de la société féodale. Certaines implantations coloniales en Amérique du nord aux XVIème et XVIIème siècle. Et on ne peut bien sûr éviter l'épisode de la Commune de Paris, où les citoyens parisiens s'insurgèrent et décrétèrent la Commune de Paris comme forme politique originale et autonome, en mettant en place des mesures égalitaires de logement et de pain pour tous, en autogérant les ateliers, en se réunissant en conseil de quartiers dans les églises occupées et en appelant les autres commune françaises à se fédérer avec eux. La révolution espagnole de 1936 où de nombreuses communes - notamment en Catalogne et en Aragon - se mirent à fonctionner en assemblées démocratiques ouvertes à tous, où les paysans se partagèrent les terres des grands latifundiaires et autogérèrent leurs productions. Les exemples sont extrêmement nombreux et diffus et cette forme d'organisation revient en force depuis les années 70 avec les mouvements d'écologie sociale - notamment avec les écrits du penseur libertaire Murray Bookchin - et inspirent de nombreuses villes ou villages dans le monde, comme le mouvement des “villes en transition” (présent à Caen) ou les nombreuses tentatives de mise en place du municipalisme libertaire.


Pour conclure, dimanche, votez ou ne votez pas, mais sachez qu'on pourrait faire en sorte de ne pas laisser les clés de la ville à des gens qui vont décider à notre place !

XX

3 commentaires:

  1. Voilà un article intéressant qui nous rappelle que la démocratie c'est notre pouvoir à tous et donc notre responsabilité.

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  2. Globalement d'accord sur le fait que la démocratie directe ne peut réellement s'exercer qu'à une échelle spatiale restreinte. Mais ne mythifions pas trop les "expériences" des anciens ( grecs, suisses... ) : Les citoyens d'Athènes ne représentaient qu'environ 10% de la population ( excluant les femmes, les enfants, les esclaves et... les étrangers ). Quant aux dirigeants, ils étaient généralement issus de la classe des Aristoï ( = les meilleurs ) : notamment Clisthène, le fondateur, et le fameux Péricles, qui instaura une indemnité (misthos) qui permettait aux citoyens les plus pauvres et résidant le plus loin de la ville de chômer un jour pour assurer leurs fonctions civiques et politiques.
    Les communes du Moyen Age, même les soit disant "républiques" italiennes de Gênes et Venise, même les premiers cantons de la Confédération Helvétique ( Guillaume Tell est un mythe rassembleur ! ) étaient généralement aussi dirigées par des élites qui ont le plus souvent utilisé les "masses populaires" au mieux de leurs propres intérêts.
    La Commune de Paris et le Frente Popular ont d'ailleurs montré clairement que ces gens là n'étaient pas prêts à abandonner le pouvoir.
    Les tentatives récentes ont elles plus de chances d'aboutir ?
    Je dois avouer qu'avec l'âge j'ai un peu perdu de mon optimisme juvénile, mais...
    APYBOOM

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  3. Il existe à Caen 5 sites de "jardins familiaux", en tout 450 petites parcelles potagères qui font le bonheur de 450 familles. Mais beaucoup sont menacés :(

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