5 oct. 2014

Caen remplace les éducateurs par des flics et des caméras

Ça y est, on commence à découvrir les premières actions de la nouvelle municipalité de Joël Bruneau. Parkings et tout-voiture par-ci, poujadisme par-là, la droite plurielle est fidèle à elle-même en agissant dans l’électoralisme et l'affichage. Parmi ses projets, il y a ceux de notre chouchou, l'écervelé parmi les décérébrés, l'adjoint à la sécurité et la police municipale... Philippe Lailler. Avec lui, la municipalité vise la mise en place d'une vaste politique d'injustice sociale et de serrage de vis sécuritaire en pulvérisant tous les dispositifs éducatifs et en les remplaçant par un réseau de... caméras de surveillance. C'est bien connu, on met souvent les armes dans les mains des plus mentalement déficients. Et bien à Caen la règle s'applique vu qu'on a donné la police municipale et la sécurité comme os à ronger au roquet Lailler.


Gros travail de SAP dans les quartiers

Tout travailleur social vous le dira : leur boulot répond la plupart du temps à des obligations de moyens mais pas de résultats. Et on peut le comprendre. Mais pour un politicard inquiet de répondre à son électorat, qu'y a-t-il de plus agaçant qu'une politique non quantifiable en terme de rentabilité ?!

Premier dispositif visé par la municipalité Caennaise : le Service d'Action Préventive (SAP) assuré par l'ACSEA (Association Calvadosienne pour la Sauvegarde de l'Enfant à l'Adulte) pour le compte des pouvoirs publics, à savoir le Conseil Général et la Ville de Caen. Il vise à mettre en place des actions éducatives dans les quartiers dits populaires à destination des jeunes de 13 à 25 ans en situation d'exclusion ou de marginalisation (travail de rue par des éducateurs, chantiers éducatifs, séjours, etc). Un travail de fond en somme dans lequel s'inscrivent actuellement une centaine de jeunes du quartier de la Grâce de Dieu. Mais un travail incompréhensible pour des élus qui ne perçoivent pas qu'il relève des affaires éducatives, le plaçant hier dans le cadre de la politique de la ville, et désormais dans... la sécurité publique ! Cela en dit long...


M. Lailler reproche aux éducateurs de ne pas faire un travail de flic, et surtout de ne pas faire le ménage des petits trafics se déroulant sur la place du Commerce (où se trouve - comble de malchance - la pharmacie qu'il dirige). Il a donc fait voter lors du Conseil municipal du 15 septembre une délibération transférant la subvention allouée à l’équipe du SAP (40 000 €) à la création d’une équipe de médiateurs sociaux. Selon la CGT « revoilà la politique des grands frères, politique qui a démontré son incapacité à effectuer un travail éducatif - ce n’est pas ce qu’on leur demande - mais qui par contre, achète la paix sociale à moindre coût avec une déontologie au rabais ». Pis encore, Sergent Lailler veut que soit levé l'anonymat des jeunes suivis par le SAP et que ce dernier collabore avec la police ! Côté éducateurs on nous confie qu'il en est évidemment hors de question, cette requête allant contre la déontologie de leur action et briserant la confiance des jeunes accompagnés.
C'est en tout cas évident qu'avec ces moyens en moins, le SAP aura d'autant plus de mal à accomplir sa mission et sera donc dénoncé comme inefficace par ceux-là même qui l'auront sacrifié. Mais c'est pour mieux mettre en place leur politique soit-disant sociale, à coups de grand-frères et de caméras de surveillance.

Souriez, vous êtes sécurisés

Le fruit des fantasmes de Joël Bruneau a son arbre : le sentiment d'insécurité. Afin d'accompagner la casse de l'intervention sociale éducative, le Maire a annoncé dans un article de Ouest France (17/09/2014) l'installation d'un réseau de 50 à 80 caméras de surveillance en 2015. Déjà dénoncée dans nos colonnes pour Lisieux en 2012 et Hérouville en 2013 (voir nos articles ICI et ), il s'agit une fois de plus d'une mesure illégitime, inefficace et liberticide.

Illégitime car elle ne s'appuie que sur ce foutu « sentiment d'insécurité ». Quoi de plus flou que ce concept, la plupart du temps découplé de la réalité, ne reposant sur rien de cohérent, concret et quantifiable ?! N'importe. A part quelques commerçants réacs n'envisageant la ville autrement qu'en grand espace commercial et des riverains septuagénaires (d'âge ou d'esprit) allergiques à toute idée de jeunesse et de liberté nous sommes sûrs que personne ne sera capable d'affirmer que Caen est une ville dangereuse. C'est une ville étudiante, jeune, festive où certains ont certes tendance à beugler comme des beaufs après quelques pintes ou à tambouriner une pauvre poubelle, c'est une ville où dans certains quartiers parfois une bagnole crame ou des petits trafiquants se réunissent à proximité de la pharmacie d'un notable local apeuré pour sa Porsche, c'est une ville où – comme partout – il y a une, deux fois par an un crime macabre au petit matin (à proximité du port par exemple ces derniers mois), mais au-delà de cela il y a peu de problèmes. Certains devraient lire la situation actuelle dans une perspective historique : ils réaliseraient que notre société est on ne peut moins violente que durant les siècles passés... Même le troufion Lailler le confessait sur France 3 (18/09/2014) : « la ville de Caen est une ville sûre, vous le savez très bien ». Bah alors PhiPhi, qu'est-ce qui a bugé dans le logiciel ?!

Inefficace car, comme le rappelle très bien ce billet traitant du même sujet, la politique du Big Brother pose plusieurs questions, notamment celle de l'efficience (rapport coût/efficacité) mise en cause par la Cour des Comptes et le Sénat ces dernières années. Comme l'indique Jean-Luc Charlot « la principale conclusion des travaux les plus rigoureux à ce jour montre que la vidéo-surveillance est inefficace pour dissuader la délinquance en général ou pour réduire le sentiment d’insécurité. En revanche, il semble que les caméras soient efficaces dans les lieux bien délimités ou clos, avec des points d’accès et de sortie bien déterminés (cas des parking par exemple). Enfin, malgré son désillusionnement, la population reste majoritairement favorable à l’usage de la vidéo-surveillance ».

Liberticide enfin car non seulement l'enregistrement de l'image d'une personne sans son consentement est une atteinte à la vie privée, protégée par la Convention européenne des droits de l'Homme et par l'article 9 du Code civil (« chacun a droit au respect de sa vie privée »), mais le projet de suivre en permanence les allées et venues de chacun n'est pas compatible avec une société de libertés. Accepter de céder une part de liberté dans l'optique d'une part de sécurité (réelle) accrue est impensable compte tenu de la faiblesse de cet outil et de son intérêt moral et collectif. En effet, nos dirigeants ne souhaitent-ils pas plutôt mettre en place un canalisateur de l'action individuelle et/ou collective, rappelant à chaque instant et à chacun que la force de l'ordre serait insurmontable ?

Il est à espérer qu'une résistance contre ces projets se mettent en action localement, en lien avec l'ensemble des forces en présence dans les villes de la région ayant déjà fait le choix de la surveillance de masse (Lisieux, Hérouville, Bagnoles-de-l'Orne, Tinchebray) et que notre pouvoir de nuisance à ces dispositifs opère à grande échelle, tout en informant la population sur la portée idéologique de tels outils. En parallèle, il faut combattre toutes les idéologie sécuritaires et tenter de renforcer les solidarités et les mécanismes de justice sociale afin d'apporter une vraie réponse au mal-être des plus fragiles, au lieu de leur retirer le peu de dispositifs d'aides qu'ils ont et leur taper sur la gueule.

Bigmack Brother

 SUITE (12/11/2014) :
Alors que nous recevions des travailleurs du SAP dans notre émission radio du 07 novembre dernier (à écouter ci-dessous) une réunion se tenait au sein du Conseil Général du Calvados, principal financeur du dispositif. Il a, à cette occasion, été annoncé que le CG14 se désengageait de sa participation, soit 160 000€. Les 4 postes d'éducateurs seront donc supprimés dès l'année suivante. Une mobilisation est prévue à l'heure où nous écrivons ces lignes.

5 commentaires:

  1. "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux."

    Un type pas très connu (Benjamin Franklin)

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  2. Non pourra retrouver l'article mentionné là : www.lautre.blog.lemonde.fr/2014/09/28/de-la-videosurveillance-a-caen-pour-quoi-faire/

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  3. Il me semble que le projet lié aux caméras a pour vocation à être appliqué sur le port où récemment, successivement, deux jeunes furent battus à mort en l'espace de trois mois. Sans vouloir me positionner pour ou contre les caméras, vos arguments relevant l'inefficacité des caméras ne sont pas véritablement efficaces : illégitime vous dites? Si la restriction de la liberté d'aller et de venir est ainsi mis en avant, c'est avant tout pour favoriser le droit à l'ordre public, dans lequel la facilitation du droit de la preuve joue un grand rôle. Ainsi, pour reconnaitre, et prouver les faits engageant la responsabilité de leurs auteurs, les caméras sont un bon moyen, qu'on le veuille ou non.
    Aussi sur l'efficacité des caméras pour prévenir de tels infractions, je veux bien vous croire. Vous relevez après le caractère liberticide ? La critique est trop facile sur ce point. Et notamment, l'atteinte aux libertés publiques dans notre droit est admise dès lors que ces atteintes sont prises par le législateur. Justement le législateur a donné de tels habilitations. (Cf : art L.251-1 et s. du code de la sécurité intérieure). Quand à savoir si une telle loi est opportune, c'est autre chose, mais ne confondez pas qui est responsable de quoi. La mise en place de caméra est parfaitement dans les compétences du Maire.

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    1. Mettre des caméras, déplacer les problèmes, remettre des caméras, redéplacer les problèmes, diminuer les investissements dans des actions sociales pour payer les caméras, créer de nouveaux problèmes non solutionner par des politiques sociales non-démago, acheter de nouvelles caméras, créer un office de placement de caméras, faire un partenariat public-privé, faire appel à une grande société privée pour l'utilisation et la maintenance des caméras, ne pas pouvoir casser ce contrat comme ceux avec Véolia sur l'eau, etc... On pourrait continuer loin ! Certains trouveront mes propos caricaturaux mais la logique est ici implacable !

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    2. Les caméras ne sont pas prévues pour mettre en priorité dans le quartier du port mais bien place du Commerce... il s'agit réellement avant tout d'intérêts privés de l'élu mentionné dans le texte qui interdit aux travailleurs sociaux d'intervenir dans le quartier où se trouve sa pharmacie... car il est reproché aux éducateurs de ne pas en plus faire le travail de la BAC... intérêts privés contre intérêts des habitants du quartier, sans compter les licenciements des équipes du SAP de Caen et Lisieux.

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