22 sept. 2015

Le Front National avance masqué

Article publié dans Racailles n°68

Il pratique l'intimidation, la menace, la calomnie. Le Front National prétend avoir changé, s'être normalisé. Il prétend être rentré dans le jeu républicain. Mais tout cela n'est que stratégie !

Une stratégie fourbe et dangereuse car diablement efficace.

En effet, entre d'un côté le parti médiatique, c'est à dire le parti officiel, celui qui présente bien devant les médias, celui qui affirme avoir accompli sa mutation, et de l'autre le parti réel, le parti officieux, où strictement rien n'a changé, il n'y a que la peau d'agneau avec laquelle le loup s'est maquillé !
Le parti réel comprend toujours ses militants haineux, recherchant le conflit permanent, contre les étrangers, contre les gens du voyage, contre un ennemi souvent extérieur, parfois intérieur…
Ils mettent en place une guerre civile larvée, ils avancent leurs pions, progressivement. Ils ont dans un premier temps gagné la bataille du champ sémantique. Ils ont imposé leurs mots aux médias et à l'opinion publique : clandestins, islamo-terrorisme, préférence nationale…
Des mots qui soufflent sur les braises du communautarisme et de l'adversité. Leurs idées ont transpiré sur les partis de gouvernement qui ont abandonné d'anciennes digues désormais submergées et ont depuis plus de 10 ans repris un certain nombre de thématiques du FN à leur compte, sur la défensive, à la poursuite d'un électorat tombant dans le panneau plutôt qu'à lui opposer un discours humaniste et offensif.

Pour paraphraser le titre d'un journal collabo, "ils sont partout" !

Ils occupent l'espace médiatique, internet. Ils publient des faux commentaires sur de nombreux sites d'information en changeant de pseudos, donnant le sentiment du nombre et de l'opinion dominante. Dans ces commentaires, toujours, ils prêchent la haine. De nombreux sites conspirationnistes qu'ils relaient sur les réseaux sociaux truquent l'histoire et l'actualité : ils transforment la réalité des faits pour la faire aller dans leur sens. Ils véhiculent des rumeurs, des fausses informations, détournent des faits divers pour aligner l'opinion publique sur la leur. Ils sont très actifs et très efficaces, car cela fonctionne parfaitement. Pire encore, ils vont jusqu'à provoquer eux-mêmes des faits divers (comme brûler des voitures) pour accuser l'étranger, l'immigré, le musulman ou le gauchiste et ainsi perpétuer cette idée d'insécurité permanente. Ils ouvrent des locaux et permanences dans toutes les villes de France et ont désormais pignon sur rue et font un pas de plus dans l'épandage de leurs idées belliqueuses.

10 sept. 2015

De Joël Bruneau à Laurent Beauvais, tous « #réfugiés » dans la démagogie ?


Depuis la publication de la désormais célèbre (et tragique) photo du jeune Aylan le 3 septembre dernier, un surprenant et important élan d'indignation et d'émotion collective traverse nos pays européens. Médias, politiques et citoyens s'émeuvent - à la mode Charlie - de la tragédie migratoire à laquelle nous assistons pourtant depuis de nombreuses années, et chacun semble oublier sa part de responsabilité. Indignation à la mode ou réelle prise de conscience ? Localement la donne est exactement la même et les élus, qui hier encore mettaient les migrants et leurs enfants à la rue, tentent une sorte d'humanism washing (blanchiment humaniste), quitte à parfois jouer la carte du miroir aux alouettes.


Nous, à la rédaction de Racailles, on était partagé sur cette soudaine prise de conscience. Comment différencier le vrai du faux ? Distinguer un glissement de ligne politique d'un coup de com' ? Il nous a fallu nous pencher sur les actes pour remettre en contexte l'action politique et ne pas nous confondre en donneurs de leçon.

Ils accueillent pour une photo et expulsent au quotidien

Pour être un bon politicien, moderne et ambitieux, il faut savoir faire preuve de souplesse et d'agilité afin de tordre ses électeurs, ses mandats et surtout ses idées dans le sens du vent. L'engouement autour des questions migratoires survenu depuis plusieurs jours ne déroge pas à la règle. A longueur d'articles de presse, tous nos élus locaux se disent prêts à l'accueil de réfugiés, chacun espérant presque que la misère et la guerre lui apportera son petit lot de migrants à lui, choisis sur catalogue !

Le Maire de Caen Joël Bruneau a ainsi annoncé que « Caen participera à l'effort collectif pour accueillir les personnes persécutées » (Ouest France, 04 septembre 2015). Formidable ! Ses partisans et vagues conseillers municipaux appliquent la méthode Coué, comme Rudy Niewiadomski (jamais hésitant face au ridicule) :
L'indignation obligatoire ne semble pas être facile pour ce cher Monsieur Bruneau alors qu'à peine deux mois auparavant on pouvait lire un article bien plus conforme aux politiques prônées par son parti (Les Républicains) : « Squats à Caen. La Ville demande l'expulsion d'un immeuble à la Guérinière ».
captures d'écran des articles cités

Car à Caen - comme dans bon nombre de grandes villes - la situation des migrants, et notamment celle des demandeurs d'asile, est plus que précaire. Depuis des années, l’État ne remplit pas son obligation d'accueil de ces demandeurs d'asile durant l'instruction de leur dossier. Cette prise en charge passe normalement entre autre par un hébergement et une faible allocation. Il n'est ainsi pas rare de voir des familles entières dormir à la rue alors qu'elles devraient pouvoir accéder à un hébergement en Centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) ou en hôtel (Veille sociale 115). Localement les associations et collectifs citoyens et politiques interpellent sans cesse les autorités sans qu'aucune réponse ne soit apportée [voir notre article de l'époque ICI]. Laisser cette situation perdurer est pratique : elle permet de ne pas laisser ces gens s'installer (dans l'optique du rejet de leur demande), de ne pas avoir à mettre en place des moyens supplémentaires dans un contexte d'austérité et de dilapidation budgétaire, et de ne pas favoriser un fantasmé appel d'air. Des squats sont régulièrement ouverts par l'Assemblée Générale de Lutte Contre Toutes les Expulsions et ne désemplissent pas. Actuellement, près d'une cinquantaine de personnes occupe celui de la Guérinière (rue du Père Joseph Wresinski) que Monsieur Bruneau espérait voir fermer au début de l'été

2 juil. 2015

Racailles Radio - Le "Bistouf" de la saison 14-15 !

Quelle saison incroyable les ami-e-s sur les ondes de Radio Bazarnaom !
Après 18 émissions entre novembre 2014 et juin 2015, on dresse un bilan de cette nouvelle saison de Racailles Radio. Et autant vous dire que pour nous, c'est de haute volée !!! L'ensemble de ces émissions sont à retrouver sur la page Racailles Radio - Saison 4 sur Radio Bazarnaom


On a reçu tout plein de monde dans le studio Octave Poulet et tout plein de groupes aussi. On vous a fait part de nos coups de gueule, nos coups de cœur et nos conneries aussi. Bref, si ça vous a branché, rejoignez-nous (et aussi soutenez Radio Bazarnaom en cliquant ICI pour qu'une nouvelle saison soit possible).

27 juin 2015

Revenu de base garanti pour tous !

Chronique diffusée dans Racailles Radio le 19 juin 2015
et article publié dans Racailles n°68



Le revenu de base, qu'est-ce que c'est ?
Il s'agit d'un salaire À VIE que chaque citoyen touche dès sa majorité, et ce, sans aucun critère d'attribution, sans aucune condition à remplir pour l'obtenir ! Oui, vous avez bien lu, un salaire pour tous dès l'âge de 18 ans, voire même avant, qu'on travaille ou qu'on ne travaille pas !

Vous feriez quoi si votre revenu était garanti ?
Vous pourriez avoir le choix, vous pourriez choisir votre activité, le métier que vous voulez apprendre, et l'endroit ou vous voulez vivre. Vous pourriez choisir d'avoir une activité productive ou non.
L'idée d'un revenu de base enlève toutes les contraintes majeures qui barrent la route à la réalisation de nos projets : avant toute chose, nous nécessitons d'un logement, d'alimentation, de soins, de vêtements, éventuellement d'un véhicule... des contraintes majeures qui constituent souvent le préalable à la recherche d'un emploi. Le revenu de base nous affranchit de toutes ces contraintes car il nous offre déjà - sans aller mendier, sans aller pleurer, sans se taper des heures de paperasses et de files d'attente dans des administrations - un salaire qui ne fait plus de nous des esclaves de l'ordre établi. Ouais, j'y vais fort ! Mais quitte à parler d'affranchissement, autant aller jusqu'au bout.

18 mai 2015

La préférence nationale appliquée par le département du Calvados

Branle-bas de combat dans les foyers éducatifs de plusieurs associations du secteur social de l'agglomération caennaise. Dans un contexte économique et politique trouble, le Conseil Départemental du Calvados (CD14) a posé un ultimatum : au 1er juin, tous les mineurs isolés étrangers (MIE) devront sortir des foyers dans lesquels ils sont jusqu'à maintenant pris en charge afin d'intégrer un mécanisme spécifique. Et tant pis si la mesure renie la protection de l'enfance, la solidarité, le vivre ensemble, et même la loi ! 

Casser un dispositif efficace

Pour bien comprendre, commençons par un petit rappel. Le Conseil Départemental est chef de file en matière de protection de l'enfance (qui s'applique pour tout mineur présent sur le territoire). Son président en est le garant afin de faire appliquer la loi (article 375 du Code Civil et loi du 5 mars 2007réformant la protection de l'enfance).

Depuis plusieurs années, le Conseil Départemental du Calvados s'appuie sur des foyers éducatifs gérés par des associations du secteur social pour prendre en charge les mineurs isolés étrangers, au même titre que n'importe quel mineur. Ainsi, l'ACSEA (Association Calvadosienne pour la Sauvegarde de l'Enfant à l'Adulte), l'AAJB (Association des Amis de Jean Bosco), le DAFHE, le Foyer Martin Luther King et le Foyer Père Robert prennent en charge des jeunes dans leurs structures. Avec eux est mis en place un vaste programme éducatif pour palier à leur isolement et leur abandon. L'accompagnement est quotidien : scolarité, orientation, aide aux devoirs pour des jeunes en plein apprentissage du français, prévention, soins et éducation à la santé, tâches de la vie quotidienne, activités, etc. Le tout permis par un encadrement très important (avec souvent près de six éducateurs pour sept jeunes).

Clé de voûte de ce travail, la vie en foyer se fait dans une mixité sociale et culturelle profonde, les mineurs étrangers côtoyant au quotidien des mineurs Français hébergés eux-aussi, au titre de la protection de l'enfance ou de la prévention de la délinquance. Chacun a quelque chose à apporter à l'autre et la présence des mineurs étrangers crée une dynamique intéressante au sein des groupes où l'interculturalité développée transforme les regards dans un esprit d'ouverture et de bienveillance, instrument implacable de l'antiracisme et la tolérance. L'apprentissage du français en est également meilleur (alors qu'un hébergement entre jeunes étrangers uniquement empêcherait cette effervescence linguistique et culturelle intégratrice).

16 mai 2015

Pierre Carles : « Donner la parole aux mécréants et aux hérétiques »

Le documentariste Pierre Carles regrippe la machine médiatique de désinformation avec un nouveau projet sous forme de trilogie, Opération Correa, dont le premier épisode intitulé Les ânes ont soif raconte l'omerta et le silence des grands médias français sur l'expérience du gouvernement équatorien de Rafael Correa, au pouvoir depuis 2007. Rencontre.

Racailles : Ce premier épisode est dans la lignée de plusieurs de vos films, de Pas vu, Pas pris à DSK, Hollande, etc, il s'agit de décortiquer la quasi absence de traitement médiatique de la visite de Rafael Correa en France en novembre 2013. Pour cela vous allez voir des journalistes des médias généralistes afin de comprendre pourquoi.

Pierre Carles : Je ne suis pas sûr qu'il faille traiter des visites présidentielles. Mais en temps normal, on pourrait s'attendre à ce que des gens qui combinent les qualités que combine Rafael Correa, c'est-à-dire parler français, présider un pays qui connaît une réussite économique et sociale insolente – très supérieure à celle de l'Allemagne – et être un économiste non-orthodoxe, puissent être invités dans les grands médias, et notamment sur les radios et télévisions publiques. En général les médias aiment les gagnants. Et quand quelqu'un arrive avec un taux de croissance de 5 %, un taux de chômage de 4,2 % et une dette inférieure à 30 % du PIB - même si ce sont des critères qu'on peut contester - ils devraient l'inviter pour lui demander quels sont les tenants et aboutissants de sa politique et comment atteindre de telles performances.
Mais lorsque Rafael Correa est venu en France durant une visite d’État de quatre jours, seuls le Monde Diplomatique, L'Humanité et Le Figaro en ont parlé et ont fait écho du discours que Correa a prononcé à l'Université de la Sorbonne, dans lequel il expliqua que les politiques d'austérité menées par les pays européens lui semblaient être mauvaises et menant droit dans le mur. On aurait pu s'attendre à ce qu'il soit invité sur un plateau pour discuter de cette position et des alternatives concrètes proposées en Equateur, y compris dans un débat contradictoire. Mais cela n'a pas été fait alors que c'est le travail qu'on pourrait attendre de ces médias. Le travail du journaliste n'est pas de parler de Correa, de Hollande, de Obama ou leur servir de simple porte-micro, mais d'enquêter sur les politiques qu'ils produisent, en indépendance avec le pouvoir de l'argent et le pouvoir politique. Le champ d'expression des personnalités politiques, lui, devrait être clairement délimité en espaces de propagande. Il y a deux poids deux mesures, ce que dénonce le film.

Quelles sont ces alternatives concrètes mises en place en Équateur ?

13 avr. 2015

1er avril, quotas de blague sur le lait ! (+AUDIO)

Chronique diffusée dans Racailles Radio le 10 avril 2015



1er avril 2015, sans blague, une page de l’histoire de l’agriculture européenne s’est tournée… Ce 1er avril a vu la fin des quotas laitiers. Durant 31 ans ils ont régulé, avec certes quelques imperfections, le marché du lait. Ils ont figé les inégalités entre gros et petits, mais ils ont permis de limiter la production et de maintenir les prix à des niveaux acceptables.

Ils sont nés un 1er avril 1984, suite à une grave crise de surproduction. Des montagnes de beurre et de poudre de lait coûtaient des sommes colossales au budget européen. Avec les quotas, chaque coopérative, chaque laiterie privée était obligée de récolter le lait de chaque ferme, même des petites, le niveau de leur production était fixé. La variation des prix était alors faible. Les paysans - bien qu’ayant difficilement accepté leur instauration - ont pu profiter de la stabilité occasionnée.

6 avr. 2015

Une journée de merde, ou comment devenir flic sans l'avoir jamais voulu

Saviez vous que le Ministère de l’Éducation Nationale était désormais – depuis quand ? - une annexe du Ministère de l'Intérieur ? Je l'ai appris à mes dépens en allant passer le concours du CAPES interne de documentation. Les propos bêtes et méchants tenus courant janvier par notre chère ministre de l'Education Nationale, Najat Vallaud Belkacem, qui se faisait fort de traquer et punir les jeunes hérétiques du devoir de liberté d'expression, ceux qui ne se sentaient pas Charlie et se sentaient donc forcément terroristes [voir notre article ICI], étaient pourtant révélateurs. Ils annonçaient la couleur de la réaction gouvernementale : serrage de vis, tout sécuritaire, dialogue et libre expression sous forme de catéchisme républicain, union sacrée et communion dans l'oubli des violences infligées aux plus fragiles et plus pauvres d'entre nous. 


C'est inscrit sur nos pièces de monnaie, en France nous sommes libres, nous avons même le devoir de l'être, c'est une des marques de fabrique de l'entreprise France (avec la gastronomie et le patrimoine historique notamment). Nous sommes libres, libres surtout de pavoiser dans des débats choisis et encadrés par d'autres, en l’occurrence l’État et les groupes industriels et financiers propriétaires d'infrastructures de propagande... Pardon, de fabrique d'un débat public ouvert et serein. Nous sommes aussi égaux, notamment grâce à notre ancien bienfaiteur de la République, Nicolas Sarkozy, qui s'est battu pour « l'égalité des chances ». Comme disait un copain ces derniers jours, la ligne d'arrivée est la même pour tout le monde, même si certains font la course à cloche pied. Enfin, la France est un pays où règne la fraternité. Affirmer cela ne mange pas de pain, j'ai pour ma part des relations très cordiales avec mon frère de sang, que je côtoie à peu près quatre ou cinq fois par an à l'occasion de repas de familles, que je passe à boire, du vin, rouge ou blanc mais jamais bleu, ce qui me rend très convivial, donc profondément fraternel.

Ce pays formidable peuplé d'individus gentils et bons, gouverné par de saintes personnes, compétentes et habitées du sens du bien commun, a été lâchement attaqué par les barbares le 7 janvier 2015. Car en s'attaquant à des journalistes Français, à des Français juifs et à d'autres encore, tout aussi Français, c'est à la France elle-même que ceux-ci s'en sont pris. Sauf que ces envahisseurs ne venaient pas de l'Orient, pas même du Sud, malgré ce que leur teint et la morphologie de leur visage pouvaient laisser croire. S'ils avaient des ancêtres venus d'ailleurs – comme à peu près tout le monde en France, il serait bon de le rappeler – les frères Kouachi et Amhedi Koulibaly ontgrandi en France. Ils étaient des produits de la République Française, parmi de nombreux autres. Ils personnifient désormais une nouvelle classe dangereuse, ceux que d'aucuns désignent comme « l'ennemi intérieur ».

Le corps sacré de la France serait rongé de l'intérieur par des ferments de division, de dissolution et même de destruction. On savait, sans toujours comprendre, que de jeunes Françaises et Français partaient se battre en Syrie ou en Irak contre ceux que des gourous islamistes leur avaient désigné comme les ennemis de l'Islam. On se rend compte aujourd'hui que les combats peuvent aussi avoir lieu près de chez nous. Quand certains - placés à l'extrême droite sans toujours se l'avouer à eux-même et encore moins aux autres - appellent à se défendre contre les barbares islamistes, d'autres ont tenté de développer des explication moins simplistes. L’État, c'est-à-dire le gouvernement, a choisi pour sa part de respecter ses engagements... vis à vis de ses créanciers, les banques. Et pour montrer qu'il agit contre les méchants, il va nous pondre une énième loi« antiterroriste » qui ne saura empêcher le premier malade et/ou désespéré venu de se défouler sur n'importe qui, mais permettra à ceux qui y croient encore de retrouver un relatif « sentiment de sécurité »... Jusqu'au prochain massacre.

10 févr. 2015

La République à la peine (de mort)


Chronique diffusée dans Racailles Radio le 30 janvier 2015


La peine de mort en France a été officiellement abolie le 18 septembre 1981 !

@Frilouz / Racailles

Qu'est ce que ça veut dire ?
Que désormais, en France, on ne peut plus répondre à un crime par un autre crime.
En effet, avant cette abolition, l'absurdité du système judiciaire prévalait en France. Par exemple, un homme coupable d'avoir tué un autre homme pouvait être condamné par le droit de l’État Français à la peine de mort. C'est comme ça que le même État Français devenait lui-même coupable d'un crime en donnant la mort.
La peine de mort venait alors trancher net toute forme de questionnement sur les motivations du criminel. La mort instantanée par tétanos (la veuve noire et sa faucheuse) prétendait alors éradiquer un problème social en éliminant un sujet de désordre de manière spectaculaire.

Et ce n'est pas vrai ?

©Franquin

On ne résout pas ce désordre en supprimant sa seule conséquence - le criminel -. Ce criminel, la plupart du temps, n’apparaît pas subitement et n'opère pas sans motivations. Il est le résultat d'une situation qui l'a mené à accomplir ce crime. Oui, notre monde est fondamentalement mathématique, et ce genre de résultat - le crime - est engendré par une équation généralement trop complexe pour qu'on se décide à se casser la tête dessus. En tout cas jusqu'à l'abolition.

Ça change avec l'abolition ?
L'abolition vient justement marquer le progrès intellectuel et moral de la civilisation en reconnaissant l'idée que la peine de mort ne résout rien, et au contraire qu'elle perpétue une violence meurtrière et légale. En bref, la peine de mort donnait l'illusion de la résolution des troubles sociaux d'une société mais occultait totalement la situation qui avait généré ces troubles.

5 févr. 2015

Quels enjeux après la victoire de Syriza en Grèce ?


Chronique diffusée dans Racailles Radio le 30 janvier 2015


La Grèce est sur le devant de l’actualité. En moins d’une semaine le gouvernement de Syriza et de son Premier ministre Alexis Tsipras ont multiplié les déclarations et les annonces. Les autres pays de l’UE ont mis en œuvre des contre-feux pour paralyser l’« effet Syriza ». Contre vérités, menaces à peine voilée, demandes contradictoires tout y est passé. Ce dimanche 1er février, les bombes ont fait pschitt… pour le moment.

@Frilouz / Racailles

La mobilisation de « Podemos » en Espagne y est, peut-être, pour quelque chose. L’Eire, le Portugal, l’Espagne espèrent que le nouveau gouvernement grec pourrait obtenir des avancées qui pourraient permettre la renégociation de cette dette qui étouffe toute possibilité de croissance. Pour ces pays pré cités, il serait vital – comme le montre le documentaire canadien Le prix à payer - de revoir leur système fiscal. Les grandes entreprises, les plus riches échappent trop facilement à l’impôt. La réforme fiscale devrait permettre, en partie, de combattre ce système inégalitaire qui exerce des effets catastrophiques sur l’ensemble des sociétés. Lorsque 89 personnes possèdent 49% de la richesse produite, aucune société démocratique ne peut continuer à exister dans ces conditions. Même l’OCDE – Organisation de coopération et de développement économique qui réunit les pays les plus riches du monde – a reconnu qu’il fallait combattre les inégalités.

Contre vérités et chantage

Dés l’annonce de la formation du nouveau gouvernement, le matraquage a commencé. L’annulation de la dette grecque coûterait 700 euros à chaque Français. Par quel tour de passe-passe ? On ne le saura pas. Sinon que l’Etat français possède des parts (des obligations) de la dette souveraine grecque. A quelle hauteur ? On ne sait trop.
Pour répondre signalons d’abord un oubli. Le gouvernement grec a payé les intérêts de sa dette. Tout le temps. Les propriétaires de ces obligations, qu’ils soient publics ou privés, ont reçu des sommes importantes d’autant que les taux d’intérêt étaient très élevés. Le budget français, comme celui des 16 autres pays de la zone euro, ont bénéficié de cette manne. N’était-ce pas immoral ? Ne faudrait-il pas considérer que la Grèce a déjà remboursé une grande partie de sa dette si elle avait été à taux zéro comme les avances aux entreprises ?

29 janv. 2015

Attentat à la vigilance populaire : qu'est-ce que la stratégie du choc ?


Article publié dans Racailles n°68

Cela fait maintenant trois semaines que les attentats barbares perpétrés en région parisienne ont anéanti la rédaction de Charlie Hebdo, ainsi que d'autres vies qui n'avaient rien demandé à personne. Aujourd'hui, le deuil se prolonge durement, et les Français pleurent toujours la mort de leurs 17 compatriotes broyés par le fanatisme et le nihilisme contemporain. Les commémorations, longues et douloureuses, semblent avoir suspendu le temps, et l'esprit critique de la majorité est en berne, offrant un boulevard à d'autres prédateurs fardés de bonnes intentions. Tapis dans l'ombre, les partisans d'un primat de l'économie sur l'humain avancent, sans attendre personne sur leur chemin, trompant les âmes perdues de ces temps troublés. Leur technique ? Profiter cyniquement d'une situation de traumatisme au nom de leurs intérêts. Leur dernier fait d'arme en date ? Faciliter l'autorisation des cultures OGM en Europe, à l'insu de tous... ou presque.


« Pour la première fois en Europe, quel que soit le domaine concerné, des États devront demander une autorisation à des entreprises pour pouvoir interdire un de leur produit sur leur territoire. C’est inacceptable ! ». Ces mots, rapportés le 14 janvier dernier par le webzine Reporterre [voir l'article ICI] sont ceux du député européen Verts-ALE José Bové. La semaine dernière, il fallait être soit militant écolo, soit avoir tous les sens en alerte pour tomber sur cette information, publiée discrètement dans la plupart des grands médias, au milieu de centaines d'articles plus ou moins (in)dispensables à propos des attentats de Paris. Un hasard ? Sans doute pas, quoique les représentants des grands organes de presse pourraient vous rétorquer qu'il y avait, ces derniers jours, d'autres fronts à investir. Un acte manqué ? Pour parler poliment, c'est sans doute le cas, tant cette nouvelle tombée comme un cheveu dans la soupe aurait pu faire se soulever la critique si elle avait été plus exposée aux projecteurs. Car ce n'est pas la moindre des qualités du camp libéral que de savoir agir au moment opportun lorsqu'il a une pilule à nous faire avaler.

12 janv. 2015

"Provocation, ignorance et fanatisme", les collégiens ne sont pas "tous Charlie"


Nous publions ici le témoignage d'une lectrice, prof en région parisienne, suite au drame de Charlie Hebdo. Il fût écrit le vendredi 9 janvier dernier.


Ici, au collège, c'est très difficile. Les élèves naviguent entre provocation, ignorance et fanatisme. Hier et aujourd'hui ont été des journées noires aussi pour l'Éducation Nationale. C'est dans ce moment précis qu'on ne peut que remarquer le manque d'unité nationale. Les médias et les politiciens mentent. Ils oublient toute une partie de la population.
On se sent tous (les collègues) isolés et esseulés. On n'a aucune arme pour lutter contre des dizaines d'élèves et de familles refusant encore plus que la liberté de conscience et le respect des opinions individuelles, celui d'une vie humaine.

La minute de silence a tourné au vinaigre dans pratiquement toutes les classes et ce n'était pas faute d'anticipation. En tout cas pas de notre part. On ne peut pas en dire autant du ministère. Salope de Najat !
Je me sens totalement impuissante. L'école de la République est une douce mélodie qui malheureusement ne raisonne pas dans tous les établissements. Et on continue de nous enlever des moyens, et on continue d'abaisser les niveaux de savoir, et on change les programmes pour finalement arriver à ce que les élèves ne s'interrogent plus, n'utilisent plus leur cerveau et surtout pas leur esprit critique. Bon petit soldat deviendra grand.

11 janv. 2015

Résolution 2015 : fuyez les soldes !

Comme tous les ans au mois de janvier, à peine l'année précédente refermée, les choses sérieuses recommencent : les soldes d'hiver débarquent, prêtes à pourfendre les porte-monnaies affaiblis par la fièvre consumériste qui court durant décembre. Maigrement revigorés par de récentes étrennes, la seconde salve risque bien, une fois de plus, d'être fatale pour l'épargne et la santé mentale – voire physique - de millions de Français.

Les soldes, c'est ce rite moderne qui étend Noël par-delà le Jour de l'An ; c'est ce culte de la Très Sainte Consommation, célébré même par ceux qui n'en ont pas les moyens ; c'est ce monstre du XXI° siècle qui n'a qu'une seule et unique antienne à la bouche : « pour bien commencer l'année, achetez, dépensez, c'est moins cher qu'hier ! ». Car après avoir terminé l'année les poches vides, le brave citoyen ne saurait en commencer une nouvelle d'une autre manière. Quelle bonne résolution pourrait être pire que celle de décider sciemment de ne pas y aller ? Aucune, vous répondrait Emmanuel Macron et sa clique de solfériniens déchaînés.

Endormi par ses excès de champagne, foie gras et autres pères Noël en chocolat, le gai consommateur ne s'aperçoit même pas que, depuis des années déjà, on lui vend pendant les soldes des articles à peine soldés. En vérité, il acquiert durant cette période des produits à un prix à peine décent, puisque le reste de l'année, le moindre caleçon lui coûte une somme loin d'être modique dans la plupart des échoppes. Les commerçants n'hésitent plus à hausser leurs prix en période normale, afin de proposer durant les jours de rabais des vêtements certes moins chers, mais chers tout de même vu les coûts de départ des marchandises. Marre de vos vieilles guenilles si 2014, de vos fripes même plus à la mode, de vos souquenilles d'un autre temps ? On liquide messieurs-dames, on liquide ! Et la moindre des civilités est de mettre la main au gousset, car la relance passera inévitablement par votre effort collectif et compulsif !

7 janv. 2015

Charlie...

 Texte lu lors de la manifestation spontanée caennaise

Nous nous souviendrons longtemps de ce mercredi 7 janvier 2015. 

En tant que journal satirique, la rédaction de Racailles se sent profondément affectée par la tuerie de Charlie Hebdo. Charlie est pour nous un grand frère. Quand nous avons fondé notre journal, nous nous sommes inscrits dans l'héritage de Hara Kiri, Charlie, Siné, La Grosse Bertha, GrosDada, et bien d'autres...
Notre désaccord avec la ligne éditoriale de Charlie Hebdo lors de ces dernières années n'enlève rien à notre tristesse et notre colère ; lorsque la liberté d'expression est foulée par les bottes de la barbarie.
Ces journalistes et dessinateurs assassinés aujourd'hui ont fondé notre militantisme, ont forgé les prémices de notre esprit critique. Nous avons aimé les lire, les voir piétiner le sacré et critiquer l'ordre établi. 

Aujourd'hui, nous les pleurons. Comme nous avons pleuré il y a un an, en janvier aussi, la disparition de Cavanna. Comme nous avons pleuré il y a 10 ans, toujours en janvier, le départ du professeur Choron. Putain de mois d'janvier !
Nous tenions à nous rassembler aujourd'hui pour saluer la mémoire de Cabu, Charb, Tignous, Wolinski, Oncle Bernard, Honoré, des 4 autres journalistes et des deux policiers. Tous tombés en ne faisant rien d'autre que leur métier. Et quel est ce métier ?
Celui de défendre partout, tout le temps la liberté. Nous sommes ici pour vous dire de tout notre cœur : Merci !

Amis, vous êtes tombés et voyez : nous sortons de l'ombre.
A vous criminels, regardez, regardez bien. Vous avez raté votre coup. Vous ne nous avez pas tous eu. Regardez-nous lâches. Voyez, nous sommes là aujourd'hui et nous nous dressons debout, face à vous. Tous vos efforts seront vains. Nous ne céderons jamais à la peur, jamais.

Entendez nous, chiens, vous pouvez aboyer votre rage. Messagers de l'obscurantisme et de la haine, nous ne serons jamais sensibles à votre mécréance. Nous n'entendons qu'une parole : celle de la Raison. Nous ne croyons qu'en une chose : l'Homme et sa capacité à être meilleur. Aussi ne répondrons-nous pas à la tentation que certains auront de nous diviser, désigner un bouc-émissaire, à chercher en l'étranger, l'immigré ou le musulman, le responsable de cette horreur.
Nous avons conscience que certains vont sauter sur cette occasion trop belle pour répandre leur nausée de haine.
Rentre chez toi FN. Toi et tes apôtres de la haine, allez retrouver votre ami l'extrémiste et laissez-nous célébrer la mémoire de nos frères, ces défenseurs de la liberté. 

Vive la liberté !

6 janv. 2015

Reprise de « Hexagone » de Renaud : rétrospective 2014 en France et dans le monde


Chronique diffusée dans Racailles Radio le 02 janvier 2015



Ils s'embrassent au mois de Janvier,
à l'annonce d'une année féconde,
mais depuis des éternités
l'a pas tell'ment changé le monde.
Passent les jours et les semaines,
y'a qu'le décor qui évolue,
la mentalité est la même :
tous des tocards, tous des peigne-culs.

Ils sont pas lourds, en s'début d'année,
à s'rappeler qu'Ariel charogne,
ce fumier qui vient de crever
voulait virer les autochtones
Israel est un pays d' fanatiques,
à tous les coins d'rue y'en a 100,
pour faire règner l'ord' tyrannique :
ils assassinent impunément !


Gaza en fit la triste expérience
pour 6 civils israéliens tués
2000 palestiniens décimés
dans la plus grande indifférence
Encore une nouvelle intifada
David s'fait écraser par Goliath
des pierres contre des chars d'assault
Israël éradique ses rivaux

1 janv. 2015

Les voeux de la rédaction : "bonne année qu'ils disaient..."


 Chronique diffusée dans Racailles Radio le 19 décembre 2014

Nous voulions profiter de ce début d'année pour dire au revoir à 2014, cette bonne vieille année de merde ! Alors non, nous vous arrêtons tout de suite, ne voyez pas dans notre propos quelque peu agressif, l'expression d'une quelconque aigreur de la part de certains membres de notre équipe qui viennent de rejoindre le joyeux club des trentenaires... Bordel !

Non, nous voudrions parler de 2014, l'année qui aura été celle du renoncement. Oui, oui, du renoncement... On se souviendra qu'en 2014, l'équipe de France de football a renoncé à gagner contre l'Allemagne. Nabilla aura renoncé à sa carrière. Philippe Duron à son écharpe de maire. 
2014 c'est l'année où Poutine a renoncé à l'idée d'envahir l'Ukraine, puis en fait non, puis en fait si, puis non, si, non, si, en fait on sait plus. 
2014, c'est l'année où l'Occident a refusé à l'idée d'intervenir en Syrie. 2014, l'année où Juan Carlos a renoncé à être rey de España. ¡ Olé ! 
2014 c'est aussi l'année où Robin Williams a définitivement renoncé à l'idée d'être drôle. 
2014, année aussi où les États-Unis et Cuba ont renoncé à être ennemis. 
2014 année où Sarkozy a renoncé à sa retraite. Mais en revanche les juges n'ont pas renoncé, eux, à bien faire leur boulot. Donc patience, cette année nous le verrons peut-être renoncer à l'idée de renoncer à sa retraite.