29 janv. 2015

Attentat à la vigilance populaire : qu'est-ce que la stratégie du choc ?


Article publié dans Racailles n°68

Cela fait maintenant trois semaines que les attentats barbares perpétrés en région parisienne ont anéanti la rédaction de Charlie Hebdo, ainsi que d'autres vies qui n'avaient rien demandé à personne. Aujourd'hui, le deuil se prolonge durement, et les Français pleurent toujours la mort de leurs 17 compatriotes broyés par le fanatisme et le nihilisme contemporain. Les commémorations, longues et douloureuses, semblent avoir suspendu le temps, et l'esprit critique de la majorité est en berne, offrant un boulevard à d'autres prédateurs fardés de bonnes intentions. Tapis dans l'ombre, les partisans d'un primat de l'économie sur l'humain avancent, sans attendre personne sur leur chemin, trompant les âmes perdues de ces temps troublés. Leur technique ? Profiter cyniquement d'une situation de traumatisme au nom de leurs intérêts. Leur dernier fait d'arme en date ? Faciliter l'autorisation des cultures OGM en Europe, à l'insu de tous... ou presque.


« Pour la première fois en Europe, quel que soit le domaine concerné, des États devront demander une autorisation à des entreprises pour pouvoir interdire un de leur produit sur leur territoire. C’est inacceptable ! ». Ces mots, rapportés le 14 janvier dernier par le webzine Reporterre [voir l'article ICI] sont ceux du député européen Verts-ALE José Bové. La semaine dernière, il fallait être soit militant écolo, soit avoir tous les sens en alerte pour tomber sur cette information, publiée discrètement dans la plupart des grands médias, au milieu de centaines d'articles plus ou moins (in)dispensables à propos des attentats de Paris. Un hasard ? Sans doute pas, quoique les représentants des grands organes de presse pourraient vous rétorquer qu'il y avait, ces derniers jours, d'autres fronts à investir. Un acte manqué ? Pour parler poliment, c'est sans doute le cas, tant cette nouvelle tombée comme un cheveu dans la soupe aurait pu faire se soulever la critique si elle avait été plus exposée aux projecteurs. Car ce n'est pas la moindre des qualités du camp libéral que de savoir agir au moment opportun lorsqu'il a une pilule à nous faire avaler.


Naomi Klein
En 2007, la journaliste et militante altermondialiste Naomi Klein publiait La stratégie du choc, un essai particulièrement éclairant (donnant également lieu à un film) à propos des désastres naturels ou humains – attentats, tsunamis, changement brutal de régime politique, tremblements de terre, etc - et des chocs psychologiques que ceux-ci engendrent sur la population. N'hésitant pas à lire l'ennemi pour mieux le comprendre, elle construit notamment son étude sur l'ultra-libéral Milton Friedman qui, dès les années 1970, conseillait déjà aux hommes politiques de profiter des crises graves pour faire passer les réformes économiques les plus impopulaires et douloureuses pour les populations. En théorie, le peuple est, dans ces situations exceptionnelles, incapable de réagir aux attaques libérales, car il est pétrifié, désarmé par des événements plus importants sur lesquels il n'a aucune influence. 


"Milton Friedman, père fier de la misère globale"
« Un traumatisme collectif, un coup d'état, une catastrophe naturelle, une attaque terroriste, plongent tout un chacun dans un état de choc. C'est ainsi qu'après le choc, tel un prisonnier lors d'un interrogatoire, nous redevenons des enfants désormais plus enclins à suivre les leaders qui prétendent nous protéger » écrit Naomi Klein dans cet ouvrage d'une lucidité effrayante, tant l'axiome a su maintes et maintes fois mettre l'Histoire à l'épreuve. Ce que l'auteure appelle la stratégie du choc, procédé éminemment machiavélien, fait bien souvent partie d'un ensemble de « dégâts collatéraux » que l'on ne soupçonne pas toujours sur le vif. Cette théorie se trouve confirmée par toutes les récentes réformes que la France a connu. Ces dernières années, le prétexte de la crise économique a été utilisé quasi-systématiquement par nos représentants, de droite comme de gauche, pour justifier tout et n'importe quoi : la casse de nos services publics, la stagnation des salaires d'une grande majorité de travailleurs, la politique d'austérité, etc. Combatif dans un premier temps, le peuple français a fini par tomber dans la résignation, sans percevoir qu'une société de plus en plus inhumaine, imposée par la force des choses, se construisait lentement sous ses yeux.

Ainsi, les attentats de Paris, d'autant plus traumatisants qu'ils ont eu lieu dans un contexte européen et français déjà fort morose, sont vite devenus un écran de fumée couvrant d'autres périls plus sournoisement entrepris, mais non moins dangereux sur le long terme. 
Fauchage d'un champ de maïs OGM
Nos représentants européens viennent d'ores et déjà de trancher sur la question des OGM, pourtant fort débattue en France et dans d'autres pays depuis longtemps. Notre agriculture, désormais ouverte à Monsanto et autres rapaces de la même espèce, risque de se trouver transformée par ce qui est seulement le début d'une ratification du TAFTA - Traité transatlantique de libre-échange - [auquel nous avons consacré une émission radio à réécouter ICI] sans l'accord des peuples concernés. Les conséquences pour les sociétés européennes, nos systèmes politiques, nos sols, notre santé, seront incalculables. Nous ne pourrons malheureusement pas compter sur nos élus pour stopper le processus du TAFTA, qui va pourtant transférer certains de leurs pouvoirs aux mains des grandes entreprises. Nous ne pourrons visiblement pas compter non-plus sur nos grands médias pour nous informer, car ils ont visiblement décidé que ce sujet était secondaire depuis le début des négociations. Nous ne pourrons compter que sur nous-même. Français, Européens, il est temps de se réveiller comme nos voisins méditerranéens !

Noweh 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Commentez comme vous le souhaitez, mais sans donner raison au point Godwin...