12 janv. 2015

"Provocation, ignorance et fanatisme", les collégiens ne sont pas "tous Charlie"


Nous publions ici le témoignage d'une lectrice, prof en région parisienne, suite au drame de Charlie Hebdo. Il fût écrit le vendredi 9 janvier dernier.


Ici, au collège, c'est très difficile. Les élèves naviguent entre provocation, ignorance et fanatisme. Hier et aujourd'hui ont été des journées noires aussi pour l'Éducation Nationale. C'est dans ce moment précis qu'on ne peut que remarquer le manque d'unité nationale. Les médias et les politiciens mentent. Ils oublient toute une partie de la population.
On se sent tous (les collègues) isolés et esseulés. On n'a aucune arme pour lutter contre des dizaines d'élèves et de familles refusant encore plus que la liberté de conscience et le respect des opinions individuelles, celui d'une vie humaine.

La minute de silence a tourné au vinaigre dans pratiquement toutes les classes et ce n'était pas faute d'anticipation. En tout cas pas de notre part. On ne peut pas en dire autant du ministère. Salope de Najat !
Je me sens totalement impuissante. L'école de la République est une douce mélodie qui malheureusement ne raisonne pas dans tous les établissements. Et on continue de nous enlever des moyens, et on continue d'abaisser les niveaux de savoir, et on change les programmes pour finalement arriver à ce que les élèves ne s'interrogent plus, n'utilisent plus leur cerveau et surtout pas leur esprit critique. Bon petit soldat deviendra grand.

Je crois que nous sommes tous responsables de ce qu'il s'est passé et il semble que rien ne va évoluer. On passe ici sous silence trop de choses et ce, depuis trop longtemps. Par exemple, aujourd'hui dans les couloirs, des élèves ont crié "putain de Français", certains ont réclamé qu'ils aillent brûler en enfer, d'autres se sont souhaités la bonne année pendant la minute de silence, pendant que d'autres (plus intelligents) réclamaient une minute de silence pour tous les Palestiniens morts. Tous ne veulent surtout pas être Charlie : c'est trop la honte. Dans tous les cas, toutes ces réactions ne sont pas aussi effrayantes que l'inertie d'une direction qui préfère passer sous silence de tels actes plutôt qu'affronter les familles et les médias. "On ne va quand même pas faire un conseil de discipline pour ces propos, ça va être médiatisé !" (dixit ma chef). La politique de l'autruche, le manque de discussion et d'échange me semble de loin être ce qu'il y a de plus dangereux car chacun campe sur ses croyances et convictions jusqu'à ce que la cocotte minute explose.
Bof.

D'ailleurs - autre chose très étonnante - dès le jeudi matin, la direction est venue en salle des profs pour nous expliquer qu'il valait mieux ne rien dire aux élèves, ne pas en parler, ne rien expliquer car les réactions des uns et des autres allaient être trop "à chaud". Je trouve ça dingue d'avoir peur des réactions des élèves. Elle a clairement envoyé les profs au casse-pipe parce qu'elle-même n'avait aucun cran. Et je ne vois pas comment les élèves peuvent comprendre une minute de silence sans aucune explication... mis à part ce qu'ils ont entendu chez eux, dans leurs familles. 

Voilà mes pensées du jour. J'irai marcher dimanche parce que moi aussi, finalement, je suis un bon petit soldat et je fais ce qu'on attend de moi.



1 commentaire:

  1. t'inquiete pas ces salauds seront trainés en justice!

    http://video.lefigaro.fr/figaro/video/minute-de-silence-les-incidents-ne-seront-pas-pris-a-la-legere-affirme-vallaud-belkacem/3988816887001/

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