13 avr. 2015

1er avril, quotas de blague sur le lait ! (+AUDIO)

Chronique diffusée dans Racailles Radio le 10 avril 2015



1er avril 2015, sans blague, une page de l’histoire de l’agriculture européenne s’est tournée… Ce 1er avril a vu la fin des quotas laitiers. Durant 31 ans ils ont régulé, avec certes quelques imperfections, le marché du lait. Ils ont figé les inégalités entre gros et petits, mais ils ont permis de limiter la production et de maintenir les prix à des niveaux acceptables.

Ils sont nés un 1er avril 1984, suite à une grave crise de surproduction. Des montagnes de beurre et de poudre de lait coûtaient des sommes colossales au budget européen. Avec les quotas, chaque coopérative, chaque laiterie privée était obligée de récolter le lait de chaque ferme, même des petites, le niveau de leur production était fixé. La variation des prix était alors faible. Les paysans - bien qu’ayant difficilement accepté leur instauration - ont pu profiter de la stabilité occasionnée.


Mais la blague commença en 2003, quand la très libérale Commission Européenne acta leur suppression. Depuis, nombreux sont ceux qui se préparent à passer le cap de 2015. 
photo ©Ouest France
Avec l’augmentation progressive des quotas ayant précédé leur disparition définitive, les étables s’agrandissent, les agriculteurs investissent, les systèmes de production s’intensifient. Plus de vaches, donc moins d’herbe, plus de maïs, plus soja... Résultat, une première alerte en 2009 : es prix payés aux producteurs chutent ! Des tonnes de lait sont déversés dans les champs, autour du Mont Saint Michel en guise de protestation. Rappelez vous, des images impressionnantes, certains paysans ont redécouvert que la régulation avait du bon.

Et depuis ? Plus rien. Le syndicat majoritaire, les gouvernements successifs continuent à tenir un discours ultra-libéral de libération des marchés. Les agriculteurs continuent à investir. D’autres arrêtent, la production se concentre, des investisseurs extérieurs apparaissent sur des méga-projets subventionnés. La restructuration déjà présente avec les quotas, va s’accélérer ! Sur 400 000 fermes laitières en 1984, il n’en reste que 70 000 aujourd’hui. Combien demain ?

Aujourd’hui les quotas ne sont plus. Les paysans n’ont plus aucune protection envers les industriels du secteur. Signez les contrats les gars ! Rentrez dans les organisations de producteurs de vos laiteries ! Continuez à vous diviser ! Augmentez vos troupeaux, allez-y, les laiteries vous suivront ! Absorbez vos voisins ! À l’école tant pis, vos gosses n’auront plus de copains, et TAFTA gueule tout seul à la récré!

©Rodho
Aujourd’hui, si tu ne veux pas signer leurs contrats obscènes, si ta production est jugée trop faible par l’industriel, ta ferme trop petite, trop loin de la laiterie, que ce n’est pas rentable de récupérer ton lait, tu n’as qu’à suivre l’exemple des 70 trop petits producteurs de la laiterie de Sainte Cécile dans la Manche et changer de métier, vendre tes vaches laitières pour les remplacer par des vaches allaitantes, ou encore mieux, retourner tes prairies et produire des céréales, il paraît que ça marche !

L’herbe verte de la plaine est grillée au RoundUp, pourquoi ? Pour faire de l’oseille avec du blé ! Les sols sont durs, durs à casser les dents d’un écolo. Ils s’érodent comme la population des campagnes, ils sont lessivés comme les paysans fatigués se posant la question fatale « a quoi bon continuer ? ». L’avenir est gris comme le béton couvrant le sol des silos, le futur est noir comme le pétrole symbole d’un système fonçant droit dans le mur, le ciel est couvert comme les immenses étables empêchant le bétail de voir la lumière du jour.

Mais alors que faire? Hein ?! Qu’est ce qu’on fait ? Continuons de croire que nos vaches à 10 000 litres de lait sont les plus belles, que nos fermes les meilleures, que notre sainte religion libérale la seule vraie... Et à la fin, crevons ! Crevons de trop de lait, de trop de dettes, d’être trop con !

Merci Bernard Lambert !


SimSim

Pour aller plus loin : 

Une nouvelle crise du lait inquiète les producteurs, interview de la Confédération Paysanne (Tendance Ouest, déc. 2014)

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