27 juin 2015

Revenu de base garanti pour tous !

Chronique diffusée dans Racailles Radio le 19 juin 2015
et article publié dans Racailles n°68



Le revenu de base, qu'est-ce que c'est ?
Il s'agit d'un salaire À VIE que chaque citoyen touche dès sa majorité, et ce, sans aucun critère d'attribution, sans aucune condition à remplir pour l'obtenir ! Oui, vous avez bien lu, un salaire pour tous dès l'âge de 18 ans, voire même avant, qu'on travaille ou qu'on ne travaille pas !

Vous feriez quoi si votre revenu était garanti ?
Vous pourriez avoir le choix, vous pourriez choisir votre activité, le métier que vous voulez apprendre, et l'endroit ou vous voulez vivre. Vous pourriez choisir d'avoir une activité productive ou non.
L'idée d'un revenu de base enlève toutes les contraintes majeures qui barrent la route à la réalisation de nos projets : avant toute chose, nous nécessitons d'un logement, d'alimentation, de soins, de vêtements, éventuellement d'un véhicule... des contraintes majeures qui constituent souvent le préalable à la recherche d'un emploi. Le revenu de base nous affranchit de toutes ces contraintes car il nous offre déjà - sans aller mendier, sans aller pleurer, sans se taper des heures de paperasses et de files d'attente dans des administrations - un salaire qui ne fait plus de nous des esclaves de l'ordre établi. Ouais, j'y vais fort ! Mais quitte à parler d'affranchissement, autant aller jusqu'au bout.

Alors c'est quoi le principe, exactement ?
Le principe du revenu de base est simple : en versant à chaque citoyen un revenu, on valorise sa participation à la société, bien au-delà de l'emploi. On lui permet de ne plus envisager son temps comme forcément divisé entre le temps rémunéré d'un côté et le temps « libre » de l'autre.
Avec un revenu de base, les citoyens auraient le choix entre travailler moins et, par exemple, se consacrer à une activité associative (un investissement qui n'est pas sanctionné par un salaire alors qu'il relève de l'intérêt général)... Ils pourraient même continuer à travailler s'ils désirent gagner davantage !
Avec le revenu de base, le travail perdrait la place centrale qu'il occupe dans notre société actuelle et on prendrait plus de temps pour ce qui nous passionne dans la vie, pour ce qui nous paraît important et agréable comme cuisiner, faire du vélo, jardiner, peindre, apprendre à coudre, héberger des touristes chez soi, monter un projet d'habitat partagé... Mais aussi prendre le temps de bien consommer, de recycler, de partager, et finalement de dépenser moins pour soutenir la pénurie énergétique et la pénurie de matières premières qui arrive... La liste des possibilités est aussi longue que nous sommes nombreux !

Les retraités qui se sentent parfois exclus de la société par leur situation pourraient continuer d'exercer une activité sans se faire reprocher de voler le travail aux plus jeunes. Les emplois faiblement rémunérés seraient moins dépréciés.
De nombreux problèmes sociaux et de nombreuses situations sociales difficiles seraient largement amoindries par la mise en place de cette mesure : plus de démarche à faire pour bénéficier de telle ou telle aide, plus de stigmatisation parce-qu'on touche une aide sociale. La misère serait considérablement restreinte.
Le montant étant identique pour tous et inconditionnel, ce serait la fin des soi-disant problèmes de trop-perçu des aides sociales actuelles, la fin des fraudes et des triches d’allocataires. Et donc plus de beaufs aigris pour stigmatiser les classes populaires plutôt que de pointer du doigt ceux qui monopolisent réellement les richesses : les actionnaires.

Avec le revenu de base, on aurait le choix d'avoir un métier en accord avec ses valeurs. Prenons l'exemple des agriculteurs. Leurs champs sont gigantesques, les moyens de production incroyables et pourtant, ils peinent à survivre. Leur mal-être est palpable : en France, un suicide tous les deux jours. Les pesticides détruisent leur santé et leur terre - leur outil de travail - polluant les sols dans lesquels est puisée l'eau que nous buvons. Et toute cette activité destructrice est subventionnée par l'Union Européenne.
Avec un revenu de base, s'ils avaient le choix, les paysans qui aiment leur métier, se tourneraient probablement vers une agriculture biologique telle qu'elle a été pratiquée depuis des millénaires, avant qu'on ne leur explique qu'ils doivent acheter des graines hybrides puis les asperger de produits phytosanitaires. Ce qui était gratuit est devenu payant. Et ceux dont ce n'est pas la vocation parce qu'ils ont, par exemple, hérité des terres de leurs parents, revendraient leurs terres à des jeunes qui n'ont rien à cultiver, et se réaliseraient ailleurs.

Mais quel montant pour ce revenu de base ?
Je vous vois venir, vous voulez des chiffres, vénaux que vous êtes ! Le revenu de base, c'est l'idée que tout citoyen, quels que soient les revenus dont il dispose déjà, devrait recevoir une somme correspondant à ce qu'il faut pour vivre décemment : la sustentation des besoins fondamentaux (se loger, se nourrir, se soigner, se vêtir, s'instruire et tout cela de façon décente).
Donc pas vraiment de chiffres pour l'instant et puis ça dépend des modèles proposés, mais ça partirait au moins du seuil de pauvreté (donc plus de 800€ pour une personne seule, dans un premier temps).

Comment le financer ?
Il n'y a rien de farfelu puisque desprix Nobel d'économie et des intellectuels reconnus revendiquent son application. De nombreux économistes ont proposé des modèles de financement pour le revenu de base. Ils ne sont pas toujours d'accord sur la somme à allouer, mais ils se rejoignent tous sur l'idée que l'instauration d'un revenu de base est viable dès demain.

Par quelles mesures ?
Par la redistribution, la création monétaire ou encore les revenus des biens communs. Il y a plein de propositions élaborées par des économistes pour financer ce revenu de base. Entre autres : l'universalisation et la revalorisation du Revenu de Solidarité Active (RSA).
Les contributions sociales seraient rendues obsolètes par la mise en place d'un revenu de base (RSA, Allocation Spécifique de Solidarité, les bourses d’étudiants, les allocations familiales, les aides pour le logement et les différentes politiques de subvention à l’emploi). L'économiste Baptiste Mylondo estime, d’après les chiffres de 2010, que l’on pourrait financer un revenu de base de 200 € par adulte et 60 € par enfant pour chaque Français avec le budget actuel des minima sociaux [voir ICI]. Il faudrait alors chercher le complément par d’autres pistes : en augmentant la Contribution Sociale Généralisée (CSG), en augmentant l’impôt sur le capital, en luttant contre la fraude et l’évasion fiscale, en faisant rentrer le revenu de base dans le revenu fiscal ou en mettant en place une taxe sur les transactions financières (type taxe Tobin). Bref, en prenant l'argent là où il est, dans les poches des actionnaires.


Mais n'existe-t-il pas un risque que tout le monde s'arrête de travailler ?
Au Canada, le Programme Mincome a servi à tester le revenu de base entre 1970 à 1974. L’évaluation scientifique réalisée a posteriori a abouti à des conclusions enthousiasmantes : aucune baisse brutale du taux d’activité, Par contre une baisse significative de la délinquance et des hospitalisations [.
Le revenu de base peut aussi induire la fin de l’effet de désincitation au travail des aides sociales (les "trappes à inactivité"), puisque personne ne perdrait son revenu de base en trouvant un emploi.


Il ne faut pas oublier qu'on a tous besoin d'avoir une activité, quelle que soit sa nature. Si certains refusent le travail, c'est par son aspect contraignant ou dans le non-choix de ce qu'on leur impose comme activité. Mais chaque être humain est en mesure de produire des biens matériels ou immatériels.
Indubitablement, instaurer le revenu de base universel en France suppose un saut mental dans nos représentations collectives du rapport au travail et à l’épanouissement individuel.

Ce revenu de base serait donc l'avenir ?
Sans aucun doute. D'abord, nous produisons aujourd'hui suffisamment de richesses pour qu'aucune personne ne subisse la misère ni dans ce pays, ni ailleurs sur cette planète. C'est juste absurde que de laisser des gens crever de faim ou de misère !
Ensuite, il y a de moins en moins de travail et la croissance, même lorsqu'elle est présente, ne génère plus forcément d'emplois actuellement. Il n'y a plus assez de travail pour tout le monde et ça va être de pire en pire avec le développement de la robotisation, des intelligences artificielles. Selon un scénario jugé "tout à fait probable" par une étude deRoland Berger commandée par le JDD, les robots seraient responsables de la suppression de 3 millions d'emplois en France d'ici 2025 en raison de 20 % des tâches devenues automatisées. Ainsi, "le taux de chômage en pertes brutes s'élèverait à 18 %". Les machines continuent de prendre la place de l'Homme. Et ces machines ne sont pas taxées et travaillent 24h/24. Leur travail va dans la poche des actionnaires qui n'ont jamais été aussi riches. Il faut donc redistribuer équitablement ces richesses.


Le revenu de base va donc devenir très vite une revendication indispensable. Et puis c'est notre héritage que de militer pour ça ! On doit poursuivre le combat mené par nos prédécesseurs et franchir une étape supplémentaire vers l'abolition du salariat et du patronat, comme ce fut inscrit dans laCharte d'Amiens qui définissait les objectifs du syndicat CGT en 1906 : “La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat

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