18 mai 2015

La préférence nationale appliquée par le département du Calvados

Branle-bas de combat dans les foyers éducatifs de plusieurs associations du secteur social de l'agglomération caennaise. Dans un contexte économique et politique trouble, le Conseil Départemental du Calvados (CD14) a posé un ultimatum : au 1er juin, tous les mineurs isolés étrangers (MIE) devront sortir des foyers dans lesquels ils sont jusqu'à maintenant pris en charge afin d'intégrer un mécanisme spécifique. Et tant pis si la mesure renie la protection de l'enfance, la solidarité, le vivre ensemble, et même la loi ! 

Casser un dispositif efficace

Pour bien comprendre, commençons par un petit rappel. Le Conseil Départemental est chef de file en matière de protection de l'enfance (qui s'applique pour tout mineur présent sur le territoire). Son président en est le garant afin de faire appliquer la loi (article 375 du Code Civil et loi du 5 mars 2007réformant la protection de l'enfance).

Depuis plusieurs années, le Conseil Départemental du Calvados s'appuie sur des foyers éducatifs gérés par des associations du secteur social pour prendre en charge les mineurs isolés étrangers, au même titre que n'importe quel mineur. Ainsi, l'ACSEA (Association Calvadosienne pour la Sauvegarde de l'Enfant à l'Adulte), l'AAJB (Association des Amis de Jean Bosco), le DAFHE, le Foyer Martin Luther King et le Foyer Père Robert prennent en charge des jeunes dans leurs structures. Avec eux est mis en place un vaste programme éducatif pour palier à leur isolement et leur abandon. L'accompagnement est quotidien : scolarité, orientation, aide aux devoirs pour des jeunes en plein apprentissage du français, prévention, soins et éducation à la santé, tâches de la vie quotidienne, activités, etc. Le tout permis par un encadrement très important (avec souvent près de six éducateurs pour sept jeunes).

Clé de voûte de ce travail, la vie en foyer se fait dans une mixité sociale et culturelle profonde, les mineurs étrangers côtoyant au quotidien des mineurs Français hébergés eux-aussi, au titre de la protection de l'enfance ou de la prévention de la délinquance. Chacun a quelque chose à apporter à l'autre et la présence des mineurs étrangers crée une dynamique intéressante au sein des groupes où l'interculturalité développée transforme les regards dans un esprit d'ouverture et de bienveillance, instrument implacable de l'antiracisme et la tolérance. L'apprentissage du français en est également meilleur (alors qu'un hébergement entre jeunes étrangers uniquement empêcherait cette effervescence linguistique et culturelle intégratrice).

16 mai 2015

Pierre Carles : « Donner la parole aux mécréants et aux hérétiques »

Le documentariste Pierre Carles regrippe la machine médiatique de désinformation avec un nouveau projet sous forme de trilogie, Opération Correa, dont le premier épisode intitulé Les ânes ont soif raconte l'omerta et le silence des grands médias français sur l'expérience du gouvernement équatorien de Rafael Correa, au pouvoir depuis 2007. Rencontre.

Racailles : Ce premier épisode est dans la lignée de plusieurs de vos films, de Pas vu, Pas pris à DSK, Hollande, etc, il s'agit de décortiquer la quasi absence de traitement médiatique de la visite de Rafael Correa en France en novembre 2013. Pour cela vous allez voir des journalistes des médias généralistes afin de comprendre pourquoi.

Pierre Carles : Je ne suis pas sûr qu'il faille traiter des visites présidentielles. Mais en temps normal, on pourrait s'attendre à ce que des gens qui combinent les qualités que combine Rafael Correa, c'est-à-dire parler français, présider un pays qui connaît une réussite économique et sociale insolente – très supérieure à celle de l'Allemagne – et être un économiste non-orthodoxe, puissent être invités dans les grands médias, et notamment sur les radios et télévisions publiques. En général les médias aiment les gagnants. Et quand quelqu'un arrive avec un taux de croissance de 5 %, un taux de chômage de 4,2 % et une dette inférieure à 30 % du PIB - même si ce sont des critères qu'on peut contester - ils devraient l'inviter pour lui demander quels sont les tenants et aboutissants de sa politique et comment atteindre de telles performances.
Mais lorsque Rafael Correa est venu en France durant une visite d’État de quatre jours, seuls le Monde Diplomatique, L'Humanité et Le Figaro en ont parlé et ont fait écho du discours que Correa a prononcé à l'Université de la Sorbonne, dans lequel il expliqua que les politiques d'austérité menées par les pays européens lui semblaient être mauvaises et menant droit dans le mur. On aurait pu s'attendre à ce qu'il soit invité sur un plateau pour discuter de cette position et des alternatives concrètes proposées en Equateur, y compris dans un débat contradictoire. Mais cela n'a pas été fait alors que c'est le travail qu'on pourrait attendre de ces médias. Le travail du journaliste n'est pas de parler de Correa, de Hollande, de Obama ou leur servir de simple porte-micro, mais d'enquêter sur les politiques qu'ils produisent, en indépendance avec le pouvoir de l'argent et le pouvoir politique. Le champ d'expression des personnalités politiques, lui, devrait être clairement délimité en espaces de propagande. Il y a deux poids deux mesures, ce que dénonce le film.

Quelles sont ces alternatives concrètes mises en place en Équateur ?