22 sept. 2015

Le Front National avance masqué

Article publié dans Racailles n°68

Il pratique l'intimidation, la menace, la calomnie. Le Front National prétend avoir changé, s'être normalisé. Il prétend être rentré dans le jeu républicain. Mais tout cela n'est que stratégie !

Une stratégie fourbe et dangereuse car diablement efficace.

En effet, entre d'un côté le parti médiatique, c'est à dire le parti officiel, celui qui présente bien devant les médias, celui qui affirme avoir accompli sa mutation, et de l'autre le parti réel, le parti officieux, où strictement rien n'a changé, il n'y a que la peau d'agneau avec laquelle le loup s'est maquillé !
Le parti réel comprend toujours ses militants haineux, recherchant le conflit permanent, contre les étrangers, contre les gens du voyage, contre un ennemi souvent extérieur, parfois intérieur…
Ils mettent en place une guerre civile larvée, ils avancent leurs pions, progressivement. Ils ont dans un premier temps gagné la bataille du champ sémantique. Ils ont imposé leurs mots aux médias et à l'opinion publique : clandestins, islamo-terrorisme, préférence nationale…
Des mots qui soufflent sur les braises du communautarisme et de l'adversité. Leurs idées ont transpiré sur les partis de gouvernement qui ont abandonné d'anciennes digues désormais submergées et ont depuis plus de 10 ans repris un certain nombre de thématiques du FN à leur compte, sur la défensive, à la poursuite d'un électorat tombant dans le panneau plutôt qu'à lui opposer un discours humaniste et offensif.

Pour paraphraser le titre d'un journal collabo, "ils sont partout" !

Ils occupent l'espace médiatique, internet. Ils publient des faux commentaires sur de nombreux sites d'information en changeant de pseudos, donnant le sentiment du nombre et de l'opinion dominante. Dans ces commentaires, toujours, ils prêchent la haine. De nombreux sites conspirationnistes qu'ils relaient sur les réseaux sociaux truquent l'histoire et l'actualité : ils transforment la réalité des faits pour la faire aller dans leur sens. Ils véhiculent des rumeurs, des fausses informations, détournent des faits divers pour aligner l'opinion publique sur la leur. Ils sont très actifs et très efficaces, car cela fonctionne parfaitement. Pire encore, ils vont jusqu'à provoquer eux-mêmes des faits divers (comme brûler des voitures) pour accuser l'étranger, l'immigré, le musulman ou le gauchiste et ainsi perpétuer cette idée d'insécurité permanente. Ils ouvrent des locaux et permanences dans toutes les villes de France et ont désormais pignon sur rue et font un pas de plus dans l'épandage de leurs idées belliqueuses.

10 sept. 2015

De Joël Bruneau à Laurent Beauvais, tous « #réfugiés » dans la démagogie ?


Depuis la publication de la désormais célèbre (et tragique) photo du jeune Aylan le 3 septembre dernier, un surprenant et important élan d'indignation et d'émotion collective traverse nos pays européens. Médias, politiques et citoyens s'émeuvent - à la mode Charlie - de la tragédie migratoire à laquelle nous assistons pourtant depuis de nombreuses années, et chacun semble oublier sa part de responsabilité. Indignation à la mode ou réelle prise de conscience ? Localement la donne est exactement la même et les élus, qui hier encore mettaient les migrants et leurs enfants à la rue, tentent une sorte d'humanism washing (blanchiment humaniste), quitte à parfois jouer la carte du miroir aux alouettes.


Nous, à la rédaction de Racailles, on était partagé sur cette soudaine prise de conscience. Comment différencier le vrai du faux ? Distinguer un glissement de ligne politique d'un coup de com' ? Il nous a fallu nous pencher sur les actes pour remettre en contexte l'action politique et ne pas nous confondre en donneurs de leçon.

Ils accueillent pour une photo et expulsent au quotidien

Pour être un bon politicien, moderne et ambitieux, il faut savoir faire preuve de souplesse et d'agilité afin de tordre ses électeurs, ses mandats et surtout ses idées dans le sens du vent. L'engouement autour des questions migratoires survenu depuis plusieurs jours ne déroge pas à la règle. A longueur d'articles de presse, tous nos élus locaux se disent prêts à l'accueil de réfugiés, chacun espérant presque que la misère et la guerre lui apportera son petit lot de migrants à lui, choisis sur catalogue !

Le Maire de Caen Joël Bruneau a ainsi annoncé que « Caen participera à l'effort collectif pour accueillir les personnes persécutées » (Ouest France, 04 septembre 2015). Formidable ! Ses partisans et vagues conseillers municipaux appliquent la méthode Coué, comme Rudy Niewiadomski (jamais hésitant face au ridicule) :
L'indignation obligatoire ne semble pas être facile pour ce cher Monsieur Bruneau alors qu'à peine deux mois auparavant on pouvait lire un article bien plus conforme aux politiques prônées par son parti (Les Républicains) : « Squats à Caen. La Ville demande l'expulsion d'un immeuble à la Guérinière ».
captures d'écran des articles cités

Car à Caen - comme dans bon nombre de grandes villes - la situation des migrants, et notamment celle des demandeurs d'asile, est plus que précaire. Depuis des années, l’État ne remplit pas son obligation d'accueil de ces demandeurs d'asile durant l'instruction de leur dossier. Cette prise en charge passe normalement entre autre par un hébergement et une faible allocation. Il n'est ainsi pas rare de voir des familles entières dormir à la rue alors qu'elles devraient pouvoir accéder à un hébergement en Centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) ou en hôtel (Veille sociale 115). Localement les associations et collectifs citoyens et politiques interpellent sans cesse les autorités sans qu'aucune réponse ne soit apportée [voir notre article de l'époque ICI]. Laisser cette situation perdurer est pratique : elle permet de ne pas laisser ces gens s'installer (dans l'optique du rejet de leur demande), de ne pas avoir à mettre en place des moyens supplémentaires dans un contexte d'austérité et de dilapidation budgétaire, et de ne pas favoriser un fantasmé appel d'air. Des squats sont régulièrement ouverts par l'Assemblée Générale de Lutte Contre Toutes les Expulsions et ne désemplissent pas. Actuellement, près d'une cinquantaine de personnes occupe celui de la Guérinière (rue du Père Joseph Wresinski) que Monsieur Bruneau espérait voir fermer au début de l'été