21 févr. 2016

"C'est à Bernard Arnault que j'ai envie de mettre des baffes !" - Rencontre avec François Ruffin pour "Merci Patron !" [+AUDIO]

Article publié dans Racailles n°68

Merci Patron !, en voilà un film qui fout un sacré coup de boost grâce à un extraordinaire mélange de combativité, de solidarité et d'humour. Et c'est le journaliste François Ruffin qui nous l'offre. Nous l'avons reçu dans notre émission Racailles Radio enregistrée au Cinéma Lux (Caen) à l'occasion de l'avant-première du film le 11 février dernier. Rencontre à écouter et/ou à lire. 



Racailles (R) : Commençons simplement. Merci Patron !, c’est quoi ?
François Ruffin (FR), ironique : Il s'agit de réconcilier deux France : la France d'en haut celle de Bernard Arnault, l'homme le plus riche de France et patron du groupe de luxe LVMH, et la France d'en bas, celle des ouvriers qui ont été licenciés entre autres par ce patron. Je souhaite avoir une démarche d'ambassadeur du dialogue social, dialogue parfois compliqué !
D'ailleurs je souhaitais être payé par LVMH pour accomplir ma démarche. J'ai donc rencontré le Secrétaire Général afin que le groupe finance le film. Au début, comme on était tous bénévoles, je lui ai proposé un budget à 14,90€ griffonné sur un coin de table ! Mais comme il faut être sérieux et qu'on n'est sérieux avec ces gens-là qu'à partir d'un million d'euros, j'ai refait un budget sur un joli tableau Excel afin d'arriver à un million (incluant des sosies de Bernard Arnault, des centaines de figurants pour envahir ses assemblées générales des actionnaires, etc). Finalement cela n'a pas été accepté malgré un vrai travail de communication !!!

R : Cette obsession pour Bernard Arnault n'est-elle pas une sorte de syndrome de Stockholm ?!
FR : En fait, je suis pluri-obsessionnel, c'est à dire que j'arrive à développer un pluralisme dans mes obsessions ! Par exemple, cela fait 15 ans que je me bagarre pour la reconnaissance d'un accident du travail sur un chantier d'insertion à Amiens [à lire ICI]. Depuis 2005 je suis assez attaché à la figure de Bernard Arnault mais je fais plein de choses à côté de cet amour véritable et profond pour lui !

R : Ce ton sarcastique et acerbe fait la force de Merci Patron !. C'est rare dans les films engagés et militants traditionnels, parfois très compassionnels, parfois tristes et cantonnés face à des constats. Tu demandes par exemple à des victimes d'un plan de licenciement massif si elles sont bien en recherche d'emploi !
FR : Je souhaite convertir une colère en humour. Je suis animé par une grande colère face à ce qu'on a fait à ces gens, à ma région et face à cette violence qu'on fait subir aux classes populaires. Si cette colère s'exprime en faisant la liste de toutes les batailles perdues et en disant « constatez ces délocalisations et cette désindustrialisation », c'est assez exclusif. Les gens se sentiront plus rejetés au lieu d'avoir l'envie d'embrasser une cause. Il s'agit donc de trouver des modes de dialogue qui font qu'on a envie d'en être, de faire masse.
Dans la forme, le fait que j'incarne un personnage un peu similaire à Dominique Seux des Echos (donc salarié de Bernard Arnault) - en en faisant un Dominique Seux un peu candide qui ne resterait pas dans son petit studio de France Inter mais qui irait vérifier chez les gens s'ils sont bien en recherche d'emploi - montre immédiatement l'absurdité des chroniques de Dominique Seux. Ce procédé est aussi une manière de remettre les gens en vie et en action en les brusquant par d'autres procédés que la seule compassion et l’empathie.

R : Mais ne penses-tu pas aller parfois trop loin en usant de ce procédé, au début du film par exemple avec une syndicaliste que tu pousses à bout en lui demandant si elle ne trouve pas que Bernard Arnault est un grand homme ?
FR : J'aime bien aller jusqu'à la limite, même physique. Il m'est par exemple arrivé d'aller tracter le programme de Sarkozy déguisé en Jeune Pop' en 2010 durant les grèves contre la réforme des retraites en disant aux gens « voyez ce tas de parasites qui défile derrière nous... » [à voir dans la vidéo ci-dessous - NDLR]. Cela permet de faire sortir chez l'autre une argumentation beaucoup plus vive que si on dit simplement « vous avez raison... ». Dans le film, j'opère de la même manière avec sœur Catherine Thierry, ancienne déléguée CFDT chez Boussac-Saint-Frères (LVMH). Cela permet à ce qu'elle ne dise pas juste « oui oui, tu as raison, il nous a vraiment fait du mal » et à sa colère de s'exprimer de nouveau, comme si cela s'était passé hier.




R : Il y a dans ta démarche une dose de stratégie du choc qui fait penser au poème Assommons les pauvres de Baudelaire où le poète frappe un mendiant afin que celui-ci se réveille. « Par mon énergique médication, je lui avais donc rendu l'orgueil et la vie ». Est-ce ce que tu tentes de faire ?
FR : Je cherche à réveiller les gens sans forcément leur mettre des baffes, même au sens figuré ! Faut pas déconner, c'est plutôt à Bernard Arnault que j'ai envie de mettre des baffes, face à l’indécence de ce qu'il est et représente ! L'an dernier Arnault a vu sa fortune s'accroître de 9,27 milliards d’euros. Si on convertit ce chiffre, cette seule année de revenus d'Arnault représente 463 000 années de travail d'une ouvrière de Kenzo, c'est à dire un travail constant de l'époque où l'homo erectus parvint à apprivoiser le feu jusqu'à nos jours. Là est l'indécence, alors même qu'on nous rabâche tous les jours – Dominique Seux en tête - que ces couturières coûtent trop cher, qu’elles ne sont pas assez compétitives et qu'il faut les délocaliser en Pologne. Moi je souhaite délocaliser Bernard Arnault en Pologne !

R : Quel a été ton parcours aux côtés de ces couturières depuis une dizaine d'années ?
FR : Cela a commencé en 2005 où j'ai rencontré ces ouvriers de Ecce à Poix-du-Nord, près de Maubeuge. Ils fabriquaient les costumes Kenzo pour le groupe de François Pinault. A l'époque nous avions constaté en allant ensemble dans une boutique que ces costumes étaient vendus 1000€ alors qu’ils coûtaient environ 50€ à fabriquer dans le nord de la France. Une marge penserait-on appréciable, mais insuffisante pour l'entreprise qui a délocalisé en Pologne pour un coût de 40€ par costume, puis en Bulgarie pour descendre à 30€ bien que toujours vendus 1000€ !
Je suis revenu en 2007 alors qu’à son tour Bernard Arnault délocalisait la production de vêtements de luxe. J'ai alors conseillé à Marie-Hélène Bourlard, déléguée CGT, d'acheter une action LVMH et d'aller directement interpeller Arnault lors de l'Assemblée Générale des actionnaires de LVMH [action à retrouver ICI, LA et encore LA]. J’en ai fait de même pour l’accompagner.

R : D'où est venue cette idée d'infiltrer légalement les assemblées générales des grands groupes ? D'autant que ce procédé se généralise : des militants procèdent régulièrement ainsi et même Elise Lucet use de cette méthode dans son magazine Cash Investigation sur France 2.
FR : C'est un petit actionnaire dissident du Poitou qui m'a filé le truc en 2007. Lui, véritable petit capitaliste, allait dans les AG pour contester la gouvernance d'entreprise et se faisait régulièrement rasseoir sur sa chaise par des gros bras. Ma rencontre avec Marie-Hélène Bourlard eut lieu moins de deux mois plus tard donc je lui ai livré cette idée toute fraîche, passant un savoir-faire d'un actionnaire à une syndicaliste ! Rares sont les lieux où le travail et le capital peuvent se confronter directement. En général, le capital s'outille de nombreuses barrières : vigiles, police, services de communication, cabinets de consultants, cellules de reclassement, tout un bazar social qui tient le travail à distance. En AG l'affrontement peut se faire en direct.
Au passage, je trouve le travail d'Elise Lucet avec Cash Investigation tout à fait remarquable (je ne dirai pas la même chose de son JT) et il faut en faire la promotion plutôt que geindre en permanence contre la télé. C'est ce que devrait en permanence faire les service public.

R : Ton film donne des billes pour réinventer les modes d'action contre le patronat. S'agit-il aussi d'enclencher un mécanisme pour reconstruire les luttes sociales ?
FR : L'humour est le support à la gravité. Si vous êtes grave et sérieux en permanence, le moment crucial où cette gravité et ce sérieux doivent transparaître est complètement dilué. Le fait d'être parfois fantaisiste et jongler entre les styles accentue le contraste pour que la gravité se ressente d'autant plus, même s'il ne s'agit pas non plus de faire des blagues tout le temps. Il faut savoir saisir l'instant. Si mon film aboutissait au constat qu'il faut laisser tomber les banderoles, les manifs, etc, ce serait contre-productif. Selon moi il faut maintenir du mouvement de masse tout en y réintégrant de la fantaisie, de l'inventivité, de l'imagination.

R : C'est bien le cas de ton film, objet atypique aux formes particulières : on n’est ni dans le reportage, ni dans le documentaire. Et même si on est dans la vraie vie, on a des acteurs et des codes cinématographiques plus que variés (suspense, intrigue, humour, espionnage, etc). C'est une sorte de mélange entre Strip-tease et Les Tuche ou Bienvenue chez les ch'tis ! En quoi la forme sert-elle ton discours ?
FR : Au départ, je ne savais pas tout à fait ce que je voulais en terme de forme, mais je le savais en terme de fond. Souvent les films engagés font intervenir un prof de socio, un prof d'éco, un prof d'histoire, et on se dit « putain, j'ai pas payé une place de ciné pour (re)venir sur les bancs de la fac ! ». Même si beaucoup sont très bien dans ce registre, je souhaitais être en rupture avec cette forme.
J'accepte volontiers cette étiquette de Bienvenue chez les ch'tis de gauche où on a en plus la chance d'avoir un personnage particulier, « le Commissaire », sorte de barbouze des Tontons flingueurs congelé pendant des décennies pour lequel on croirait que Michel Audiard a écrit les dialogues à titre posthume ! J'aime jouer avec ces codes. On trouve aussi des séquences de La petite maison dans la prairie, du western autour d'une partie de poker, des mises en scènes déguisées comme dans le théâtre de Marivaux et ses quiproquos sociaux, etc. L'un de mes souhaits politiques, c'est opérer une jonction de classe entre la petite bourgeoisie intellectuelle de gauche et le mouvement ouvrier. L'objet filmique ne doit pas comporter de barrières culturelles afin d'autant intéresser l'économiste Frédéric Lordon que les ouvriers du bâtiment qui ont refait ma salle de bain ! J'ai d’ailleurs invité ces derniers à venir voir le film à Amiens. Première barrière culturelle : il fallut leur expliquer où se trouvait le cinéma art et essai. Mais ils sont venus, ont été enthousiasmés et émus par le film, et m'ont dit : « change pas de boulot, continue à faire du cinéma et laisse-nous le bricolage ! ».
Franchir ainsi les barrières sociales c'est permettre à chacun d'y trouver un intérêt. De plus, intégrer les éléments de la culture populaire, comme le maroille de Bienvenue chez les ch'tis, le titre Merci Patron ! qui fait référence aux Charlots, ou encore un super héros Bernarman, offre des repères aux gens et des éléments d'identification.

R : Quelles ont pu être les pressions rencontrées lors de la réalisation de ce film, que ce soit contre toi, contre Fakir ou contre les protagonistes du film ?
FR : J'ai pu remarquer, alors que je jouais à la pétanque dans un parc d'Amiens, que deux RG m'accompagnaient. Cela confère un sentiment d'importance qui donne envie d'en jouer, un peu comme le chat et la souris ! On a pu ainsi manipuler le groupe LVMH et les forces de police à travers beaucoup de coups qu'on ne voit pas dans le film, comme par exemple mobiliser des CRS sur l'autoroute, devant chez Dior, etc.
De plus on peut voir à l'écran la collusion entre le pouvoir financier et le politique à travers Marc-Antoine Jamet qui est d'un côté Maire PS du Val-de-Reuil (Eure) et Conseiller régional de Normandie, et de l'autre secrétaire général de LVMH et directeur immobilier du groupe. Cette collusion est marquée dans les gènes mêmes de ces milieux. Tous fonctionnent en tenant les gens par le fric. Le CNC [Centre national du cinéma et de l'image animée – NDLR] a ainsi refusé de nous filer du fric pour finir le film comme il l'avait fait avec Gilles Balbastre, à l'époque où celui-ci comptait faire un documentaire sur Bernard Arnault. Gilles a ensuite montré les liens étroits entre des membres du CNC et la Fondation LVMH (qui arrose de beaucoup de pognon le monde artistique). J'avais aussi souhaité un partenariat avec le Secours Populaire. On m'a répondu qu'il n'y avait même pas à y penser car deux semaines plus tard la Fondation LVMH vendait 200 œuvres au profit du Secours Populaire !
Aujourd'hui l'obstacle principal est la presse étant donné le poids de LVMH dans la presse magazine et les médias [propriétaire des Echos et du Parisien - NDLR], ainsi que la solidarités de classe des autres médias. [A l'heure où nous publions cette entretien, Fakir annonce que l'invitation de François Ruffin dans l'émission « Europe 1 Social Club » de Frédéric Taddéi le 23 février a été annulée suite à des pressions de la direction d'Europe 1, propriété du groupe Lagardère. Et ce n’est probablement qu’un début malgré un vague rétropédalage de la radio – NDLR].
Mais face à tout ce fric, mon avantage et celui de Fakir est d'être habitués à une certaine pauvreté. On n'a pas le budget pub de LVMH donc aucune pression n’est possible par ce moyen, à la différence de médias comme Libé par exemple où la Une du « Casse-toi riche con » avait été chiffrée en terme de pertes publicitaires.

R : On voit d'ailleurs dans le film que, plus que le Monde, de France Inter ou Mélenchon, LVMH craint que Fakir soit informé des magouilles et petits arrangements dont il est question.
FR : On peut se dire que la puissance de Fakir est incontestable et universellement reconnue !!! Au-delà de la blague et l'ironie de la situation, je pense que LVMH a surtout peur du pouvoir de nuisance et de catalyseur local de Fakir, c'est à dire un point de passage entre le mouvement syndical, des dirigeants politiques, quelques médias à travers une action organisée de masse.

R : On voit bien que Fakir est un outil à la fois d'information et de lutte. Comment utiliser la presse et les médias pour construire les combats sociaux ?
FR : Avec Fakir, la démarche s'est construite avec le temps et je ne l'ai compris qu'a posteriori. Le fondement de cela, c'est qu'il y a eu un lien entre l'information et l'action. Quand je bossais pour Là-bas si j'y suis, qu'il y avait 700 000 auditeurs et que je faisais une émission sur une boîte en difficulté, je me disais que de l'autre côté du poste il pouvait éventuellement y avoir des décideurs du coin, des syndicalistes, toute une série de personnes qui pourraient prendre le dossier en charge. C'est la même chose quand j'écris pour le Monde Diplo. Or, on ne peut pas se bercer de cette illusion quand on écrit pour Fakir ou – à mon avis – pour Racailles ! Donc une fois qu'on a livré l'information, il faut assurer un service après-vente et devenir soi-même l'action de transformation, c'est à dire se bagarrer pour que l'information soit au service de la transformation.

R : Dans ce cadre, comment agir avec des gens qui souhaitent s'informer autrement mais qui sont captés par le mouvement actuel dit de « réinformation » et certains obscurantismes médiatiques tels que Soral ou les thèses du complot ?
FR : C'est en effet un constat dramatique : ce sont les personnes les plus en recherche d'information, potentiellement les plus intéressantes, qui tombent le plus dans ces travers de l'explication simpliste, tronquées, gommant les conflits de classes et certaines lectures rationnelles du monde. Face à cela, il existe une galaxie de médias, notamment à gauche. Mais il faut nous interroger sur la forme et les modes d'adresse. Je suis par exemple de ceux qui souhaitent l'invention d'une télé progressiste de gauche. Reste à savoir comment faire militant sans être chiant ! C'est ce qu'on tente de faire dans Fakir. Mais malgré tout Marine Le Pen fait 42 % aux élections dans ma région et même 51 % chez les ouvriers, classe sociale que je souhaite défendre…
Il s'agit donc de savoir comment retrouver des réponses de gauche à l'expression des colères contre le système. C'est pouvoir reconstituer un bloc de gauche ayant la capacité à être populaire et sortir de son entre-soi de classe intello dominée par les profs et un discours pédago insuffisamment populiste. Par populiste j’entends « courant littéraire s'appliquant à décrire avec réalisme la vie des gens du peuple » tel que le terme apparaît dans le dico. Plutôt qu'une injure, faisons-en une force ! Aujourd’hui la gauche peut certes avoir un discours très général sur la précarité. Reste à y mettre de l'affect, une connaissance des réalités des vrais gens, et savoir raconter leur histoire comme je tente de le faire dans Merci Patron !.

R : N'est-ce pas ce qu'on retrouve en Espagne avec Podemos ou même aux Etats-Unis avec Bernie Sanders, qui s'adressent au peuple dans un langage simple et intelligible plutôt qu'une dialectique incompréhensible ?
FR : Il y a, en France, la place pour un tel mouvement populiste, un peu comme ce qui se passe dans le parti travailliste Anglais. Si on prend par exemple la question du protectionnisme - pour laquelle je suis favorable bien que je sois contre les quotas d'importation, aux barrières douanières, aux taxes aux frontières - il s'agit là d'une demande populaire française présente depuis trente ans mais qui n'est pas écoutée, pas discutée par les grands partis ni même par les organisations de gauche. Face à cette ébullition, la classe intermédiaire fait obstacle, laissant la place à un populisme de droite et d'extrême droite. Quand on me dit que je fais de l'éducation populaire, je rétorque que l'éducation à faire devrait être celle de la petite bourgeoisie en lui renvoyant droit dans la gueule les réalités sociales telles que les subissent les gens et qu'une prise de conscience doit prendre le pas sur la passivité. Laissez-moi citer le camarade Lénine ! « Une situation pré-révolutionnaire éclate lorsque ceux d'en haut ne peuvent plus, ceux d'en bas ne veulent plus, et ceux du milieu basculent avec ceux d'en bas ». Là sont les enjeux de nos combats.

R : Pour en revenir aux médias, lors d'un entretien avec le journaliste et documentariste Pierre Carles, celui-ci nous disait que les médias comme Fakir - ou encore plus Racailles - étaient des médias certes indépendants mais pas alternatifs car ils ne constituent pas une alternative dans le rapport de force [voir notre article]. Qu'en penses-tu ?
FR : J'ai tendance à dire la même chose : la presse alternative n'est pas une alternative. En tant que journaliste, je considère que ma place normale serait rédacteur en chef de TF1 ! Il n'y a pas de raison objective sur le terrain des compétences pour m'en empêcher. Les seules raisons sont idéologiques : la situation des médias est imbriquée dans les champs économique et politique.

R : N'es-tu pas tout simplement en quête de rationalité, que ce soit à travers Merci Patron ! ou Fakir ?
FR : On doit pouvoir parler de recherche de la décence commune, c'est à dire qu'il y ait un peu de décence dans la société et que ce ne soit pas ceux qui gagnent 463 000 fois plus que les autres qui puissent dire que ces autres gagnent trop ! Tout le monde doit être d'accord avec ce constat et Bernard Arnault lui-même aura bien du mal à expliquer ce décalage.


Propos recueillis par l’équipe de Racailles Radio le 11 février 2016 lors de l’avant première de Merci Patron ! au Cinéma Lux.
Sortie du film Merci Patron le 24 février au cinéma. Diffusé à Caen au Cinéma Lux. Voir les horaires ICI.

Pour aller plus loin

* Trois reportages de François Ruffin pour Là-bas si j'y suis "Saint Bernard Arnault, notre Sauveur si modeste" -> n°1, n°2 et n°3.
* Entretien avec François Ruffin pour le webzine Le Comptoir -> ICI
* le site du journal Fakir -> ICI
* Page Facebook de Merci Patron ! ->

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