28 févr. 2016

Le Stade Malherbe plébiscite la femme-objet

Article publié dans Racailles n°68

Afin de promouvoir le sport, la solidarité, la tolérance, le partage, l'amour du jeu, l'égalité femmes-hommes, le respect, et toutes ces valeurs qui caractérisent l'univers du football professionnel [sic], le Stade Malherbe de Caen (SMC) sort son atout ultime : un concours de Miss. A trop avoir fêté son centenaire en 2013, le club aurait-il oublié que les droits et l'image des femmes ont évolué depuis un siècle ?
« Oh putain, quelle bande de cons ». Voilà ce que furent mes premières paroles un matin de début février. Pourquoi tant de violence matinale primaire me direz-vous ? Certes, ma délicatesse langagière est régulièrement mise à mal par les infos (du matin comme du soir). Mais là je venais de tomber sur la Une de Ouest France titrant « Qui veut devenir Miss Stade Malherbe 2016-2017 ? ». En voilà une initiative progressiste et pertinente ! Trouver une ambassadrice de charme, une femme-objet, une tête de gondole, un produit phare, afin de… de... on ne sait pas trop quoi d'ailleurs. Le SMC souhaite-t-il échauder quelques-uns des supporters mâles, imaginant que leur testostérone serait aussi salement grasse et dégoulinante qu'un cornet de frites englouti avant le match ?!


Le SMC lance ainsi un concours basé sur des photos à son effigie mettant en scène exclusivement des supportrices. Élue par les internautes, la grande gagnante sera déclarée Miss Stade Malherbe, disposera d'un abonnement pour deux au stade et – ô youpi - pourra donner le coup d'envoi d'un match ! L'article nous en dit plus : « la gagnante sera présentée au public lors du match face à Monaco le 5 mars, veille de journée de la femme ». Donc soit vous vous mobilisez lors de la journée internationale des droits des femmes - qui au passage est le 8 mars - et luttez pour l'égalité femmes-hommes à tous les niveaux de la société, soit vous tombez dans la célébration machiste du corps et autres poticheries de « princesses » (dixit la campagne du SMC « Le Prince à Monaco, les princesses à D'Ornano »). On pourrait tout autant parler d'un comice agricole... Car instrumentaliser une femme et l'exposer ainsi pour un coup marketing et le bon plaisir libidineux insulte toutes les femmes. 
Les buts d'un tel concours semblent donc triples : créer un buzz événementiel (comme Toulouse et sa Mademoiselle TFC), mettre un accent particulier sur les supportrices du club, et contenter des supporters lassés par la mascotte officielle Viking bien moins sexy.

Ces concours de Miss me révulsent. Ils se basent sur la valorisation d'un physique stéréotypé et d'une soit-disant beauté. Par ce jugement subjectif et cette compétition, le SMC montre quelles valeurs priment dans ce qu'il véhicule. Y a-t-il d'ailleurs des différences entre Miss France et Miss Stade Malherbe ?! On pourrait pourtant comprendre que le club  souhaite faire de certains supporters des ambassadeurs de son image, de ses valeurs (même si ce terme peut faire rire appliqué à l'univers du foot-business), voire des ses animations et des matchs. Mais pourquoi uniquement des femmes ? Pourquoi un concours de photos ?

Ces reproches sont d'autant plus parlants que le SMC m'avait déjà fait grincer des dents il y a un an lors d'une campagne destinée à rameuter du mioche dans les tribunes et baptisée « Papa, je t'emmène au stade ! ». Cette fois-ci rien à foutre si Maman avait envie de supporter le club ! On se dit qu'elle devait probablement rester à la maison pour préparer un petit repas afin que ses hommes puissent se rassasier en rentrant du stade. 
A moins qu'elle soit allée à une réunion sextoys. Car oui, selon les Bretons du Stade Rennais, les femmes ne peuvent pas juste aimer le foot… Alors pour les attirer, on en fait des nymphos ne pensant qu'au cul et accrocs au petit canard vibrant. D'ailleurs toutes les femmes sont comme ça, non ? La requête « supportrice de foot » donne dans Google « supportrice oops » « supportrice x » ou « supportrice montre ses seins »... Par contre on attend toujours la campagne destinée aux hommes avec un anneau pénien ou une vaginette. Encore un exemple ? Que dire du choix répugnant fait par le RKC Waalwijk (Pays-Bas) qui, lors de la dernière Saint-Valentin, a fait entrer les joueurs sur le terrain accompagnés de mannequins en lingerie ?

D'autres initiatives pourraient être envisagées afin de populariser de nouveau un sport pourri par le business et déconnecté des réalités sociales actuelles. Mais non, seuls le folklore bas de gamme et la com' priment. La réalité des combats pour l'égalité des sexes offre encore d'affligeants constats. En 2016, les femmes sont célébrées pour leur physique dans des mises en scènes et des concours orchestrés par des hommes, et plus généralement par une motivation phallocrate et patriarcale. C'est une sorte de syndrome de la pompom girl ! Et rien à foutre si la pratique féminine du foot se diffuse et se médiatise. Au lieu de parler des joueuses comme on parlerait des joueurs, on enrobe ça dans les clichés sexistes et rabaissants. On trouve ainsi sur le site de la FFF : « l'opération "Le Football des Princesses", conclue dès 2011 avec le Ministère de l'Education Nationale, vise à promouvoir la pratique du football féminin auprès des écolières et des collégiennes et transmettre les valeurs portées par les joueuses de l'Equipe de France ». Alors que moi, quand j'entends parler de princesses, je pense plutôt à ça :


  Ig Mackenbauer

PS : à toi qui t'apprête à laisser un commentaire probablement bourré de fautes pour me traiter éventuellement de salope mal baisée, de chiennasse de garde, dire que je n'ai qu'à rester à la maison si ça ne me plaît pas, ou pour défendre le SMC juste par principe sans même vouloir faire l'éffort de réfléchir aux questions soulevées par cet article, saches qu'en effet je ne suis pas un adepte du foot (mais je respecte ceux qui peuvent l'être) et que… ah oui… je suis un mec !


2 commentaires:

  1. Je comprends tes arguments, mais je trouve que tu dramatises vraiment un évenement certes pas très réfléchis et un peu ringard, mais qui reste bon enfant et fédère toujours la plupart des gens.

    Enfin, la campagne du stade rennais était quand même plus que drôle, et c'est un peu jouer les vierges effarouchées que de les taxer de "macho" etc.

    Si tu veux t'énerver sur des sujets footballistiques, il y a d'autres sujets plus intéressants à traiter tu ne penses pas ?
    *
    - Mise à l'écart des classes populaires des stades par des prix exorbitants
    - Aseptisation et autre idéologie du consommateur dans ces mêmes stades, qui on toujours été des lieux vivants, forgeur de liens sociaux
    - Bavure policière et restriction des droits des supporters : un Bastiais a perdu un oeil suite à l'usage d'un flash-ball.

    et bien d'autres.

    Avec toute ma sympathie, ravi d'avoir lu ton article

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    1. Merci pour ta réaction.
      On en profite pour rappeler que la participation à nos publications est libre et encouragée, et que vous pouvez nous proposer des articles / enquêtes / billets d'humeur / dessins / etc, ainsi que - comme ici - des thèmes à explorer.

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