19 mars 2016

Le marmiton renversé : 15 conseils pour bien réussir sa grève générale

Chronique diffusée dans Racailles Radio le 18 mars 2016
et publiée dans Racailles n°68


Pour faire une bonne grève générale, onctueuse, et victorieuse, il faut que la mayonnaise prenne. Un certain nombre d'ingrédients sont indispensables. Nous en avons réuni 15 ici, mais cette liste n'est bien sûr pas exhaustive !
 

Conseil n°1 - L'unité

Depuis les guerres médiques jusqu'à l'alliance entre Américains et Soviétiques lors du dernier conflit mondial, pour gagner, même face à un adversaire puissant, c'est bien connu, il faut se serrer les coudes plutôt que se tirer dans les pattes, et c'est pas Sun Tzu qui dirait le contraire. Là, l'adversaire est puissant, on le sait, le rapport de force est en sa faveur puisque c'est lui qui dispose des forces répressives, de l'arsenal médiatique, des moyens financiers... Qui plus est, la première de ses stratégies est bien sûr de diviser pour mieux régner. Alors pensons toujours à ne pas sombrer dans ce piège grossier qu'est la division.

Conseil n°2 - L'alliance public - privé

Eh ouais, comme dit plus haut, en face de nous, ils essaient toujours de nous diviser, de nous monter les uns contre les autres. 
Alors, le coup classique, c'est de dire aux travailleurs du privé : “regardez ces feignasses de fonctionnaires qui font grève tout le temps alors qu'ils sont payés comme des princes et qu'ils ont la sécurité de l'emploi”.
D'abord ce n'est plus tout à fait vrai aujourd'hui. Ensuite, il faut que les fonctionnaires montrent qu'ils se battent pour tout le monde et notamment pour les travailleurs du privé qui n'ont pas toujours les moyens de se mobiliser. Enfin, il ne faut pas tomber dans ce piège grossier qui consiste à vouloir niveler par le bas. Il faut que les salariés du privé, s'ils sont désavantagés, réclament les même droits que les salariés du public, et non pas l'inverse. 

Conseil n°3 - L'alliance travailleurs-euses - chômeurs-euses

Comme ci-dessus, c'est une stratégie rengaine et bien connue par les cénacles des puissants, encore un avatar du diviser pour mieux régner. Pour que les riches s'engraissent et puissent faire passer un arsenal législatif leur permettant de le faire, ils montent systématiquement les travailleurs contre les chômeurs en montrant ces derniers du doigt et en disant que ce sont des "assistés payés par leurs cotisations salariales". De l'autre côté, les chômeurs se battent et sont prêts à accepter n'importe quelles conditions de travail pour occuper les rares emplois vacants, ce qui permet bien sûr de mettre les salariés en compétition contre les chômeurs et de leur faire avaler les pires réformes possibles au niveau du droit du travail (tiens, c'est marrant ça me rappelle un projet de loi récent !).
Bien entendu, les intérêts des chômeurs et les intérêts des travailleurs sont convergents puisqu'il s'agit de répartir le travail et, tant qu'on y est, de légitimement récupérer les profits accaparés par les actionnaires qui ne cessent d'augmenter !

Conseil n°4 - L'unité... mais y a des limites quand même !

Comme le comprit si bien le Comité de Salut Public pendant la révolution française, il y a parmi nous des traîtres en puissance qu'il faut débusquer et éjecter (sans aller jusqu'à la guillotine parce qu'on est sympa quand même :-) ). Vous savez, de ces syndicalistes qui sont prêts à signer tout et n'importe quoi du moment qu'on leur donne un peu de reconnaissance (nous ne citerons pas de noms). 
...
La CFDT et d'autres syndicats réformistes comme l'UNSA ou la FAGE pour les étudiants sont bien connus pour aller à la soupe en lâchant les (anciens) camarades. Bien entendu, le point 1 nous rappelle impérieusement qu'il y a des gens qui se sont perdus, qui ont parfois échoué dans ces syndicats, ou qui ne connaissaient que la CFDT pour militer dans leur boite, et que ceux-là, il faut les convaincre et les entraîner dans notre sillage !

Conseil n°5 - Rendre le mouvement populaire

Eh bien oui, il faut montrer que nous, nous nous battons pour l'intérêt général ! Et surtout pas pour quelques intérêts particuliers liés à une oligarchie. Rendre le mouvement populaire c'est aussi à prendre au pied de la lettre. Rendre le mouvement au peuple (du latin populus, -aris = populaire). Pour restituer le mouvement au peuple - donc lui redonner la la parole - il ne faut oublier personne. Alors pas de discrimination de sexe, de race, de classe. Pour que le mouvement soit populaire il faut que chacun puisse avoir le sentiment d'en faire pleinement partie.

Conseil n°6 - La comm'

Pas de mouvement populaire sans une bonne communication, ça va de soi. En effet, il est d'évidence que nos adversaires, dans leur cynisme le plus mesquin, vont chercher à nous salir par tous les moyens. On sera tour à tour "des fumistes, des feignasses, des casseurs, des conservateurs arc-boutés sur des conceptions passéistes..." j'en passe et des pire encore !
Alors comment faire ?
D'abord marteler que c'est nous qu'on a raison, inlassablement, puisque ce qu'on défend, y a rien de plus logique ! Par exemple, des arguments simples à plaquer systématiquement comme “on peut pas demander aux gens de travailler plus alors que le chômage ne cesse d'augmenter” ou “comment un projet de loi qui veux faciliter les licenciements peut-il prétendre lutter contre le chômage ?
Tu la vois là, la contradiction, connard ?!
Ensuite, même si on sait par avance que les médias vont pas trop pencher de notre côté, c'est pas en étant agressif avec eux que ça va s'arranger. Au contraire, il faut justifier sans cesse notre action auprès d'eux. Et puis vous savez, quand vous vous adressez à un média, avant de vous adresser à une institution, vous vous adressez à une personne, souvent précaire, qu'il est possible de convaincre !

Conseil n°7 - La comm' – 2ème étape !

Puisque les médias peuvent nous être défavorables (surtout lorsque la plupart des grands médias français est détenue par de grandes entreprises du CAC 40 qui applaudissent la loi travail des deux mains) devenons nous-mêmes nos propres médias !
Utilisons habilement les réseaux sociaux, diffusons des tracts partout, dialoguons sur notre lutte dès que c'est possible. Vous pouvez aussi rejoindre un journal alternatif local, comme Racailles par exemple ^^
Et pi après, il faut convaincre, convaincre et encore convaincre pour finir par vaincre ! D'abord, il faut se convaincre soi-même. Une fois qu'on est parfaitement convaincu et qu'on a la blinde d'arguments, on passe à l'offensive. On peut convaincre tout le monde, du moins il faut s'en persuader, c'est comme une méthode Coué. Si on est sûr qu'on a raison, c'est qu'on pourra convaincre n'importe qui ! Allez, du nerf, on se sort les doigt (...) et on y va !

Conseil n°8 - Avoir un objectif clairement défini !

Et bien oui, aucune chance de gagner si dans nos revendications on réclame le scalp de Donald Trump ou que Joyce Jonathan arrête de chanter (désolé pour les plus utopistes d'entre nous de briser vos rêves). Il ne faut pas établir un catalogue de revendications même si nous sommes tous d'accord sur celles-ci. Pour se donner les moyens de gagner, il faut un minimum de clarté. Du moins dans un premier temps. Ensuite, après quelques semaines de luttes victorieuses et la convocation d'une assemblée constituante, on pourra mettre le paquet sur les revendications (hin hin).
Il faut aussi avoir des revendications concrètes et réalistes : pas de délires fumeux et brumeux avec des mots que plus personne ne comprend ou qui évoquent des trucs pas forcément cools du passé ! Par exemple, mieux vaut éviter les termes "révolution prolétarienne marxiste léniniste" ou bien "bolcheviks avant-gardistes", et pas non plus de débats interminables sur Cronstadt entre anars et cocos : le point 1 les copains, c'est la base !

Conseil n°9 - Ne pas être sur la défensive !

Comme disait un petit empereur Corse, ou Laurent Blanc sur Périscope (je n'sais plus) : “la meilleure défense, c'est l'attaque !”. Rester sur place n'est pas une victoire. C'est juste éviter une défaite. Par exemple, revendiquer l'abandon du projet de loi travail ne nous emmènera jamais vers une victoire, puisqu'on aura pas progressé par rapport à avant, vous me suivez ?
En groooos, c'est comme si on était assiégé par une armée, et que cette armée n'arrivait pas à franchir nos murs et qu'on criait victoire. Non, l'armée qui nous attaque est toujours là !
Pour passer à l'offensive, il nous faut des revendications offensives, simples et claires, pour assurer les points 4 ...euh 5... je ne sais plus trop.

Conseil n°10 - Demander plus pour obtenir ce qu'on veut vraiment

Ben, oui, en face, même si c'est parfois des noobs, ils sont pas tombés de la dernière pluie et ils essaieront toujours de nous emmancher d'une façon ou d'une autre. Alors, comme aux échecs, faut avoir plusieurs coups d'avance. Parc'que dans la négo, c'est pas des rigolos ! En bref, si tu veux la main, demande le bras entier !!! Si tu veux pas être cornaqué, cornaque toi-même. Un peu de vice n'a jamais fait de mal, du moment que c'est pour la bonne cause (gniark gniark).

Conseil n°11 -Soutenir les gréviss'

- Pas de bras pas de chocolat ! Y'a Pas de fumée sans feu, pas de cégète sans saucisse, pas de grèves sans gréviss' ! Alors pour ce faire, il faut pousser les organisations syndicales à déposer des préavis dans votre branche ou dans celles de vos copains. Appelez donc les copains de Solidaires, de la CGT ou de FO.
- Sachez que plus on est nombreux à se mettre en grève et moins on aura de risque d'être emmerdé par la suite, alors serrons-nous les coudes.
- Enfin, qui dit grève dit pas de salaires (c'est ça le pas de bras pas de chocolat). Donc que faire ?
=> Mettre en place des caisses de grèves pour aider ceux qui ont des difficultés financières et qui hésitent à se mettre en grève. Faites donc des tirelires en formes de ce que vous voulez (le cochon rose n'étant pas l'unique modèle on peut aussi s'inspirer des petites tirelires en forme de maisons pour les pièces jaunes de Bernadette qui sont so-90's et plaisent beaucoup aux anciens). Tout ça pour appeler à la solidarité de tous.
On peut aussi bloquer des péages d'autoroutes, lever les barrières et demander aux gens qui passent gratos de mettre un sou ou deux dans notre boite qui prendra alors logiquement la forme d'une voiture. En plus, c'est toujours ça qui n'ira pas dans les poches des actionnaires des sociétés autoroutières privatisées (gniark gniark).

Conseil n°12 - Faire des actions collectives

C'est en étant unis, solidaires et nombreux qu'on finira par gagner. Puisqu'on pourra tout bloquer, faire des actions simultanées en divers endroits, faire tourner la tête aux forces de la répression et s'accaparer les lieux de pouvoir (si si !)
Bloquer les flux ! C'est le cœur de notre économie qui est basée sur ces flux matériels de marchandises, de passagers, de courriers mais aussi les flux immatériels de la finance, des ordres, des mails...
Ce sont les artères principales de ce cœur, si on les bloque, le cœur lâche. Souvenez-vous des blocages des dépôts de carburants, des plates-formes logistiques, des autoroutes, et des gares qui mettent l'économie à genoux. C'est un des rares moyens de faire basculer le rapport de force en notre faveur.

Conseil n°13 - Avoir une progressivité raisonnée dans la radicalisation

Pas la peine de jouer ton va-tout dans le premier round Rocky Balboa, calme-toi, il est bien trop tôt pour ça !
En effet, au début on est doux comme des agneaux, on est des pacifiss puisqu'on doit montrer que c'est nous qu'on a raison et qu'on est dans notre bon droit madame !
La violence n'est pas de notre côté, elle est pratiquée par l'état, regardez-bien messieurs dames des médias, vous voyez le coup de matraque que j'ai pris dans le... quelque part ?! C'est là qu'on gagne la sympathie et la ferveur populaire. On a p'têt pas toujours la légalité avec nous, mais au moins on a la légitimité ! La radicalité elle va venir toute seule, lorsque tout le monde prendra conscience qu'on nous prend pour des pigeons, et alors le mouvement se durcira de lui-même !

Conseil n°14 - Prendre des rixes... euh... des risques !

Bien oui, on a rien sans rien, il faut prendre des risques. Allez en manif malgré la répression qui guette et les coups de matraque qui pleuvent, mettez-vous en grève et perdez du salaire et découvrez les joies de la précarité ! Mais dites-vous que ce sont des risques qui valent le coup d'être courus pour éviter des risques bien pires à venir ! 

Conseil n°15 – ÉTABLIR UN RAPPORT DE FORCE

C'est par la massification du mouvement, sa popularité, sa puissance d'action, sa force de proposition et sa radicalité qu'un rapport de force favorable finira par s'établir pour gagner.

Nous sommes désormais sûrs qu'avec tous ces ingrédients réunis, la pâte va lever, alors maintenant, nous allons passer aux barricades pour déguster !

Bonne lutte !

XX & Zoweh

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