11 mai 2016

Caen contre le 49-3 : après les flics, les médias sortent les matraques

Trois chiffres suffisent à résumer cet inexorable glissement vers l'infâme opéré par ce gouvernement : 49.3. Ils constituent un coup de plus porté à tous les salariés, étudiants, chômeurs ou précaires en lutte depuis des semaines et tous ceux qui refusent ce monde où la loi du capital domine. 

« Travaille, consomme et ferme ta gueule »

Ainsi nous retiendrons que ce 10 mai, 80 ans après le Front populaire - permis par d'importants mouvements ouvriers et populaires -, un gouvernement qui se dit "socialiste" en aura liquidé l'héritage. Comment le fait-il ? Par la force, par le musellement d’une représentation nationale déjà à la peine, en s'asseyant encore un peu plus sur une démocratie bien mal en point. Ainsi il faudrait que nous voyions bafoué un des principes essentiels de l'esprit des Lumières, celui de la séparation des pouvoirs, et ce sans rien dire, sans protester, sans résister ? Sommes-nous si proche de l'abîme que le silence assourdissant de la résignation collective amène au sacrifie des fondements même des vestiges de la « République sociale » ? Au nom de quoi ? 

Aujourd'hui, quelle honte de voir ce qui est décidé en notre nom par cette oligarchie. Ça fout encore un peu plus la rage. Et il y a de quoi avoir la rage, avoir envie de faire son Lino Ventura et distribuer des paires de claques à ces fossoyeurs (préférez Jean-Claude Van Damme si la finesse n’est pas trop votre truc). Faisons de cette colère une force de résistance. Mieux, une force de conquête !

Action contre le PS à Caen

Cette colère déborde de toute part. Elle est si vaste qu’elle ne peut que s’exprimer en s’amplifiant depuis des mois, des années. Et malgré la sympathie d'un grand nombre de personnes et les efforts déployés pour le populariser, on peut parfois regretter que les grèves n’aient pas l'ampleur espérée, mais se réjouir que les Nuits Debout se constituent en forces de convergence et d’alternatives. Face à ces mouvements, combien d'appréciations lues et entendue ces dernières semaines lui reprochent d’être tantôt animés par des bisounours en manque de réalisme, tantôt d'être un rassemblement de fêtards ?

Mais pour faire régner le conservatisme, les médias locaux ont, ce 10 mai, pondu des articles à la pelle, dignes des meilleurs communiqués de la préfecture, afin de dénoncer une action qui s’est tenue le soir même vers 19h au local du PS (rue Paul Toutain). Des rédacteurs de Racailles y ayant assisté, nous pouvons témoigner que du mobilier a été sorti dans la rue, des tracts et papiers renversés à l’intérieur, des murs et une exposition sur Tonton Mitt’rand quelque peu décorés… Peu de choses comparé à la violence symbolique infligée par le 49-3 contre l’ensemble de la société (bientôt violence réelle pour nous tous) et plus globalement la violence policière systématique et disproportionnée qui, ici comme partout en France, fait pleuvoir les coups de matraque et gaz lacrymos comme rarement depuis longtemps. Alors oui, pour déconsidérer ce mouvement, les chiens de garde médiatiques sont lâchés et s’en donnent à cœur joie comme l’a montré le site d’Acrimed (article à lire ICI).
 

Les chiens sont lâchés !

Ce 10 mai au soir, le zèle rédactionnel est admirable pour raconter cette « opération coup de poing (...) revendiquée par les anti-loi Travail qui se sont retrouvés spontanément entre 60 et 70, en fin d'après-midi » selon Ouest France, dont les photos ne montrent pas le « saccage » annoncé en titre. Saccage qualifié ailleurs d’« action commando » dont Liberté le Bonhomme Libre nous apprend qu'il a été mené par « une bande de 40 personnes » (une bande réduite à « un petit groupe d'une vingtaine de personnes » chez France 3). Le titre parle, lui d’un « groupuscule en fuite (…) à environ 19 heures » avant de nous décrire un « paysage de Capharnaüm » que ne corroborent pas vraiment non plus 22 photos souvent redondantes montrant notamment… des piles de chaises rangées sur le trottoir ! 
Le « désastre » - le sacrilège pour les socialos qui témoignent ICI ou - concernerait surtout le détournement de l'expo Mitterrand. Précision importante : les auteurs ne sont donc pas des socialistes ! Ils n'ont donc évidemment « aucune culture politique » (beaucoup d'encartés PS croyant encore être de gauche, si si !), ce sont « des jeunes anti-capitalistes primaires, mélangés à quelques casseurs d’origine libertaire » (autrement qualifiés de « groupe de casseurs » par Normandie-actu qui, comme tous ses confrères, n’était pas présent sur place pour constater les faits). La phrase finale du Liberté sonne comme une lourde menace contre cet acte effroyable qu’ils espèrent déjà pouvoir intégrer rapidement à leur principale rubrique, celle des faits divers : « la police scientifique poursuit sa chasse aux indices », confirmant ainsi ce que Ouest ‘rance évoquait plus tôt : « le Parti socialiste a décidé de porter plainte ».

De la légitimité dans l'illégalité

Comment s'étonner qu'il y ait des débordements lors de conflits sociaux ? Car si la violence est illégale et parfois contestable selon les points de vue, elle reste souvent l’ultime expression légitime de populations pressées comme des citrons et une forme d’expression politique contre des éléments ciblés, instruments de ces oppressions : ici le PS, là une banque ou encore une multinationale (comme Vinci). 
Face à l'acharnement du pouvoir et des médias dominants à défendre un monde que le peuple réprouve, un militant nous fait part de ses interrogations : « Pourquoi la Police n'a pas anticipé cette action, elle qui se connecte si régulièrement sur les comptes Facebook et Twitter des groupes concernés (voire tente de les bloquer par moments) ? A qui donc profiterait le "crime" si l'affaire débouchait en Justice ? ». Cette fois encore, l’acharnement accusateur, décrédibilisant et subjectif s’est abattu sur les victimes plutôt que les bourreaux. 

Alors redoublons d’efforts « parce qu’à la fin c’est nous qu’on va gagner » comme disent nos copains de Fakir ! Plus que jamais, dressons-nous, debout ! Et faisons face pour défendre l'intérêt général et ce qu'il reste de notre démocratie. Crions encore plus fort que tous ces salopards !
 
L'oligarchie, ça suffit !
L'injustice, ça suffit !
L’infamie, ça suffit ! 

La rédac’

3 commentaires:

  1. Qu'elle débouche en Justice ou non, d'ailleurs : les "Aubryistes"locaux se serviront sans doute de ce prétexte pour justifier leur refus de signer la motion de censure de gauche.

    RépondreSupprimer
  2. C'est étrange pour des gens qui se plaignent d'un manque de débats et de démocratie que de supprimer un commentaire s'étonnant que la photo floute le visage des "courageux" casseurs...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Aucun commentaire n'a été supprimé.
      C'est étrange - pour une personne qui semble vouloir faire la leçon - de rester "Anonyme"

      Supprimer

Commentez comme vous le souhaitez, mais sans donner raison au point Godwin...