25 déc. 2016

L'édito du Père No Hell

Bonjour mes petits racaillous, c'est le père No Hell !

J'espère que vous avez été bien sages cette année. Si c'est le cas, je vais pouvoir vous gâter pour l'année à venir et vous apporter plein de nouvelles surprises.

Déjà, depuis quelques années je suis très généreux : les enfants de Syrie, du Yémen, d'Irak du Mali de Centrafrique,ou de Libye ont été particulièrement bien servis. Je survole avec mon traîneau supersonique les régions les plus pauvres de la planète pour distribuer mes cadeaux, et je largue de jolis présents qui sifflent en tombant, et font des milliers d'étoiles dans les yeux des enfants lorsqu'ils touchent le sol. 


Vous êtes particulièrement bien gâtés, vous savez combien ça coûte une bombe ? De 20 000 euros pour les GB 12 à 200 000 euros pour les ASM, sans compter une heure de vol supersonique avec pilote de traîneau : de 25 000 à 40 000 euros. 

version audio diffusée dans Racailles Radio

Gâtés les morpions!

Quels enfants des pays occidentaux peuvent se targuer d'avoir des cadeaux à ce prix là ?
D'ailleurs ça me fait penser qu'on a oublié une chanson dans la compil de Noël les amis : “Comme les mirages, en Galilée, suivez des yeux l'étoile du blindé...”.

Ah oui, j'ai été généreux en 2015 avec les militaires : 1676 milliards de dollars, soit 2,3 % du PNB mondial, les dépenses militaires mondiales sont reparties à la hausse en 2015, c'est bon pour la croissance mondiale ça ! Plein de beaux joujoux de forme phallique pour des grands gamins en uniforme à épaulettes.
Avec seulement 10% de cette somme j'aurai pu éradiquer la pauvreté dans le monde, et ce n'est pas moi qui le dit, c'est l'institut international de recherche sur la paix de Stockholm. Seulement 267 milliards de dollars pour ce faire.
A la place du prix moyen d'une seule bombe de l'armée Française je pourrai larguer 7700menus complets (entrée plats desserts) ou 12500 pizzas, ou 20000 kebabs, ou 40000 sandwichs jambons emmental ! Ou bien je pourrai équiper une ville moyenne en électricité pendant quelques jours, construire des écoles, développer une agriculture autonome pour rendre les habitants indépendants, développer des systèmes de récupération d'eau de pluie et lutter contre le désertification...etc etc

Mais non, ce que les enfants préfèrent c'est jouer à la guerre et regarder des feux d'artifices.
Et puis il faut entretenir la guerre, ça génère de la croissance, et des avancées technologiques considérables.

Le cynisme se porte toujours aussi bien en 2016 !

En France aussi je suis généreux, pour 2017, les surprises que je vais apporter vont être à la hauteur ! Je vais essayer de me surpasser par rapport aux années précédentes, vous aurez le choix entre Marine Le Pen ou François Fillon. Entre un capitalisme nationaliste qui légiférera à la solde des puissantes entreprises du CAC 40 et qui donnera peut-être du travail à tous les français mais payé une misère et en acceptant des conditions de travail , ou bien un capitalisme international à la solde des puissantes entreprises mondiales qui accepteront d'investir en France et qui légiférera pour que la France devienne aussi compétitive que le Bangladesh.

Il faut dire que vous n'avez pas été très sages vous autres français ces dernières années, vous croyez qu'en continuant de piller la Libye, le Gabon, le Mali et bien d'autres pays d'Afrique, vous croyez qu'en soutenant les Sunnites les plus radicaux seulement pour défendre vos intérêts, vous croyez qu'en expulsant les réfugiés fuyant les guerres ou en les laissant mourir à vos portes, vous croyez qu'en montant les communautés les unes contre les autres et en mettant en place un système de ségrégation sociale et raciale dans votre pays, vous croyez vraiment que le père noël va être généreux avec vous ? 
Faut dire, à votre décharge, que vous suivez un état du monde qui se dégrade considérablement, vous suivez les américains dans leurs guerres économiques, vous allez peut-être bientôt suivre les Russes dans les mêmes circonstances. Comme le dit l'adage, qui sème la misère récolte la colère. Les impérialistes vont bientôt récolter les fruits maudits qu'ils ont semés, l'escalade de la violence grimpe tellement rapidement qu'elle se fera bientôt en téléphérique.
Le problème avec la guerre, c'est qu'elle est assez facile à déclencher et à étendre mais extrêmement complexe à arrêter, c'est comme le dentifrice qui sort du tube que vous voudriez remettre à l'intérieur.
La guerre progresse partout, le désert progresse. Les attentats continuent, et nous admettons que cette violence se banalise. Beaucoup affirment que la 3ème guerre mondiale est proche du fait de la raréfaction des ressources, notamment en eau et en hydrocarbures, mais aussi par la progression de la désertification, le pillage systématique des ressources de pays convoités par des puissances étrangères et la fin de la domination américaine sur le monde. D'un côté, la Russie et la Chine s'arment considérablement et ont des politiques expansionnistes agressives. De l'autre, les USA sont en train de réformer complètement leur armée et de mener une guerre technologique sans précédent, on s'affronte déjà de manière indirecte, en Syrie, en Irak, en Ukraine, mais cette guerre froide larvée se réchauffe. 


Malheureusement, la haine est facile à propager en période de crise, elle se répand comme la peste partout ou les ordures s'amoncellent ! Qu'il est facile et lâche de haïr et de chercher un bouc émissaire lorsque l'on génère soi-même des problèmes.
Mais la guerre, si on ne fait rien contre elle, on la laisse s'installer chez nous, et une fois qu'elle est là, plus moyen d'y échapper sauf à fuir. Comme Jaurès, il faut combattre la guerre en permanence et jusqu'au dernier moment en faisant tout pour ne pas y contribuer : “On ne fait pas la guerre pour se débarrasser de la guerre” disait-il.
Aujourd'hui, avec les attentats notamment, partout, on loue les attitudes de résilience et d'abnégation, résilience est un mot à la mode, les israéliens sont résilients, les parisiens sont résilients, les Berlinois maintenant. Alors je tiens à rappeler que la résilience désigne la capacité pour un corps, un organisme, une organisation ou un système quelconque à retrouver ses propriétés initiales après une altération. INITIALES... Cela veut dire qu'il ne faut pas juste être dans l'acceptation, tolérer le pire sans réagir, non ! ça c'est de la passivité, et indirectement on collabore à laisser notre environnement se dégrader. La résilience c'est combattre l'indifférence sans céder à la panique. Nous devons refuser sans cesse, ne pas accepter cette dégradation, continuer de nous indigner, voir parfois nous rebeller, nous enrager mais sans jamais propager la guerre. Nous avons une grande responsabilité devant les générations futures, celle de ne pas demeurer passif et impuissant. Nous portons en nous un sérum de vie, propageons-le également, plus fort plus rapidement que ceux qui propagent la haine, comme une maigre flamme fragile, portons la lumière partout ou l'obscurité règne encore, et surtout ne baissons jamais les bras !

D'autant plus que, pour terminer sur une note positive, je tiens à rappeler qu'il n'y a jamais eu aussi peu de violence dans le monde qu'aujourd'hui et ce depuis la nuit des temps : en 2016, on a 500 fois moins de chances de mourir d’un homicide que pendant la préhistoire et cette baisse a été continue jusqu'à nous, à travers toutes les époques et elle continue encore. C'est ce qu'on appelle le paradoxe de la violence !
Pourquoi paradoxe ? Pour expliquer ça, je vais invoquer Alexis De Tocqueville, qui nous a enseigné que : “dans une société, plus les inégalités baissent et plus les inégalités subsistantes deviennent intolérables”, il en va de même pour la violence : plus la violence diminue, plus on est sensible aux formes résiduelles de violence... et moins on se sent en sécurité. Voilà le paradoxe, paradoxe encore plus absurde que ce sentiment tronqué d'insécurité favorise le retour de la violence. 
Pour exemple : "Le terrorisme fait relativement peu de victimes, on a une chance infime d'en être victime, il n'endommage pas les infrastructures de l'ennemi. Et pourtant, il a un impact maximal". Le terrorisme, c'est un peu comme une mouche qui s'attaquerait à un éléphant dans un magasin de porcelaine. Ses moyens sont un peu dérisoires mais, si elle s'y prend bien, elle peut provoquer une réaction catastrophique... 
Cette sensation d'un monde de plus en plus violent est causée par notre exposition médiatique croissante et au fait que nous vivions dans une société de l'image et de l'information. Chaque acte d'incivilité est monté en épingle et traité par de nombreux médias. En revanche, tout comme on ne parle pas de trains qui arrivent à l'heure, on n'évoque jamais aux informations les pays qui vivent en paix, les périodes de prospérité... Les bonnes nouvelles ne sont pas aussi sensationelles pour l'audimat. Et les informations ne sont pas représentatives de l'état réel du monde.
Le problème, c'est que ce sentiment de progression de l'insécurité constante est extrêmement dangereux.

Car c’est sur ce sentiment sur lequel surfent les replis nationalistes et protectionnistes tels que le Brexit, la vague extrémiste autrichienne, l’élection de Trump aux US (et son slogan décliné en “Make America Safe Again”) ou encore la montée du FN en France.
Bref, à force de croire que notre monde est de plus en plus violent, on pourrait finir par le rendre réellement plus violent

Alors continuons de nous indigner et de nous révolter contre les inégalités et les violences illégitimes !
Relativisons le discours médiatique et les sursauts de violence subite, mais restons actifs et vigilants. Et surtout, répandons partout, c'est notre devoir, surtout en tant que père noël, cette idée que la violence diminue considérablement car elle devient intolérable pour tous et surtout lorsqu'elle est injuste. C'est sans doute la meilleure manière de combattre les idées les plus nauséabondes. 

Et enfin, n'oublions jamais que seule notre action peut infléchir le cours des choses, si infime soit-elle.

Joyeux noël les enfants, et pour reprendre les propos d'un ami : « Je vous souhaite plein de douceur et de "bien-pensance" comme disent les cons ! »

Si vous voulez en savoir plus sur cette diminution de la violence au cours des époques je vous renvoie bien sûr aux travaux de Norbert Elias sur la pacification des mœurs mais aussi aux nombreuses statistiques sur les enquêtes de victimisation et sur la violence dans le monde lors du siècle dernier, le sociologue Laurent Mucchielli a également travaillé sur les violences et l'insécurité et notamment sur le traitement médiatique qui tend à modifier notre perception de l'insécurité par rapport à la réalité.

Le Père No Hell

Ci-dessous, vous trouverez des articles de presse traitant du même sujet :

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