4 mai 2017

L'injonction à aller voter

Il n'y a pas de plus profond mépris que celui-ci. Faire barrage, quel renoncement de la pensée.
Aller voter pour une pute snob à la merci des oligarques et de la finance mondialisée et de leurs lobbies. Un jeune requin méprisant, taxant des ouvrières d'analphabétisme ou crachant sur des chômeurs ne pouvant se payer un costard à 1000 balles. Un type qui n'a jamais réellement connu le monde du travail, né avec une cuillère en argent dans la bouche. Un tricheur qui déclare autant de revenus que l'ouvrier Poutou lorsqu'on sait qu'il a récolté plus d'un million d'euros lors d'une opération de spéculation lorsqu'il officiait au sein de la banque Rothschild. Un énarque artisan du rapport Attali sur la compétition sous Sarkozy, soufflant le projet de CICE à Hollande, qui a construit la loi Macron et œuvrant dans l'ombre à la loi travail.

Et on nous exhorte à lui filer notre voix ?!

Voter pour la cause afin d'éviter la conséquence, voilà où nous en sommes arrivés : une impasse, une absurdité sans nom.
Dans quel camp sommes-nous ?
Ce deuxième tour est la somme de tout un tas de renoncements depuis une vingtaine d'années, renoncement de la gauche à la lutte des classe qui reste pourtant une réalité plus présente que jamais, renoncement à se battre : idéal social, démocratique et universaliste contre fascisme ou finance, renoncement à la pensée universelle et à l'authentique laïcité pour adopter progressivement la pensée rance et consanguine du FN, à poursuivre celui-ci dans la surenchère sécuritaire et xénophobe, renoncement de la gauche à soutenir les ouvriers et les classes populaires pour aller s'embourgeoiser dans le libéralisme et ne s'intéresser qu'aux classes moyennes et aux notables comme l'ont préconisé des think-tanks comme Terra Nova et des pseudo-intellos libéraux comme Attali ou BHL. Voici la caste, cette nouvelle aristocratie des barons de "l'UMPS" (comme dirait l'autre) qui sont économiquement à peu près d'accord et qui n'effraieront jamais les marchés, satisfaits d'être soutenus dans leur appétit toujours plus puissant à satisfaire leurs désirs exorbitants et à accroître leurs fortunes.

Pourquoi ce résultat aujourd'hui ?

➤ Par la mise en concurrence des travailleurs entre eux, dans le monde et par le bas : le travailleur en France doit coûter autant que le travailleur du Bangladesh, afin d'être compétitif, car il faut admettre cette idée de compétition, (d'où la loi El Khomri), cette guerre de tous contre tous qui ne profite qu'aux puissants, qu'à ceux qui augmentent leurs dividendes de manière totalement injurieuse depuis une quarantaine d'années. Aujourd'hui, seulement 6 personnes détiennent l'équivalent des richesses de la moitié de la population mondiale. En France, aujourd'hui, l'écart entre le SMIC et les salaires des grands patrons va de 1 à 240, quand il était de 1 à 12 dans les années 70. Depuis les années 30 ans, la part du PIB qui allait au travail était de 60% et de 40% pour le capital, aujourd'hui c'est l'inverse.
➤ Les délocalisations, la désindustrialisation qui découlent de cette compétition globalisée et qui mettent en place un système absurde où l'on achète des produits à l'autre bout de la planète alors qu'on peut les produire chez nous. Si j'étais un ouvrier de chez Whirlpool faiblement politisé qui risque de perdre son emploi, je voterais certainement Front National.
➤ Le maintien délibéré du chômage dans notre pays qui constitue une armée de réserve et permet aux employeurs de baisser les salaires en mettant en concurrence les travailleurs avec les chômeurs. Si tu travailles, tu es prêt à accepter la dégradation de tes conditions pour garder à tout prix ton emploi.
➤ Les politiques libérales d'austérité, qui cassent les services publics pour soi-disant assainir les caisses de l'État, politiques qui montrent leurs limites puisque le manque d'investissement de l'État diminue les emplois, baisse la consommation de biens et de services, réduit considérablement la création d'activité (le FMI lui-même en fait désormais le constat), accroît la misère et les inégalités. Le meilleur exemple en est le CICE, énorme crédit d'impôt, cadeau délivré aux entreprises qui avaient promis en contrepartie la création d'un million d'emplois comme indiqué sur le pin's de Gattaz ! En mars 2017, le chômage reprenait sa hausse, aucune trace de ces emplois !
➤ Monter le peuple contre lui-même, parler de fraude sociale, d'assistanat, de charges sociales ou salariales... L'oligarque montre les pauvres du doigt, et le peuple regarde ce qui se trouve au bout du doigt plutôt que la Rolex qu'il y a derrière ! "Prenez-vous en aux étrangers, aux réfugiés, aux pauvres, aux chômeurs, aux travailleurs uberisés qui profitent du système pendant que vous trimez en payant des charges bien trop élevées". Pendant ce temps, les actionnaires, les financiers, les multinationales continuent de se retirer dans leur bulle dorée et de creuser un écart devenu totalement indécent et surtout inique. On divise pour mieux régner !

Quelle réponse ? L'Union Sacrée ?

Union Sacrée comme en 1914, où on envoie les petites gens se faire la guerre entre eux pour engraisser les spéculateurs de guerre et les marchands d'armes.
L'union sacrée, où on nous demande de voter avec la bourgeoisie. Ces égoïstes bien intégrés dans l'emploi et dans la mondialisation, qui ont peur de perdre leur petits privilèges et qui viennent nous culpabiliser et nous rendre carrément responsables si la riche héritière d'extrême droite venait à l'emporter au second tour.
Mais qu'ont-ils fait ces gens là ? Qu'ont-ils fait ces bien-pensants pendant toutes ces années ? Des années passées à privilégier la lutte des places plutôt que la lutte des classes, à défendre leur pré-carré et leurs intérêts, à favoriser l'abandon des politiques sociales. Pendant que nous luttions, front contre Front, face à l'extrême droite en recherchant toujours le salut public, l'intérêt commun, le projet de société plutôt que l'intérêt particulier. Nous faisions cela depuis des années, dans les syndicats, dans les luttes sociales, à travers les revendications que nous défendions, dans les mesures des partis que nous soutenions pour lutter contre la paupérisation et le déclassement de la France dite périphérique.
Nous ne sommes pas responsables de cela, et bien souvent, ceux qui nous le reprochent le sont bien plus que nous ! Et leur injonction, une fois de plus quel mépris ! On nous impose ce qu'il faut voter.

Mais ne comprenez-donc vous pas que plus vous imposez quelques chose à quelqu'un et plus il souhaitera faire le contraire ?! Ne comprenez-vous pas que c'est comme cela que le Front National progresse, en répétant en boucle qu'il ne faut pas voter pour lui à longueur d'éditos et de discours de politiciens professionnels issus de la caste ou de citoyens bien intégrés ? Ne comprenez-vous pas que plus vous semblez sur la défensive contre la montée du FN et plus vous donnez corps à une conscience de classe qui se forge une identité d'affrontement contre l'élite qui bénéficie des bienfaits de la mondialisation ? Faites-nous encore nous sentir gueux, petits, irresponsables, indignes du vote, et la fierté de vouloir se sentir force collective de petites gens continuera de grandir dans l'opinion des électeurs en nombre croissant du Front National. Ils voudraient nous faire pleurer sur le danger du FN à grand coup de pathos vulgaire et honteux quand ils soutiennent des candidats qui appellent à la lutte de tous contre tous. Qui sème la misère récolte la colère !
Alors oui, le FN est un réel danger et oui, il a de sérieux risques de l'emporter. Mais chacun saura quoi faire en son âme et conscience dans l'isoloir et s'il décide de s'y rendre. Il n'y a aucune injonction à faire, surtout qu'elle sera contre-productive par rapport aux objectifs de ceux qui les font.
Pour ma part, je n'irai pas manger la soupe putride et nauséabonde de ce type-là, je ne voterai jamais avec la bourgeoisie qui n'a toujours été bonne qu'à défendre ses seuls intérêts. Voter pour Macron est pour moi un renoncement, un pas en arrière, une attitude défensive qui laisse le FN progresser d'avantage.

La meilleure défense, c'est l'attaque !

Le vote tactique c'est la renonciation, le summum de la délégation de pouvoir et de l'abandon de son statut de citoyen. Le paroxysme du vide. On ne vote plus pour un projet de société, un programme conséquent, une politique ambitieuse capable de surmonter les défis de notre temps et d'affronter nos adversaires mais contre un autre candidat ou pour éviter le moins pire. Mais repousser l'échéance produit du pire. Le vote FN est la résultante de ces calculs politiciens, de ces tambouilles électorales, mais surtout des politiques d'austérité, de l'abandon des principes républicains de l'égalité des chances et de l'égalité des territoires, de la dissolution du peuple dans la mondialisation libérale. Nous ne voulons pas, pour beaucoup, participer à ce non-choix du deuxième tour car nous savons que l'extrême droite et l'ultralibéralisme ne sont que les deux facettes d'une même pièce. La première sert le deuxième pour qu'il se fasse élire, le second paupérise par ses politiques injustes en faveur des puissants et produit du vote extrême droite. L'un et l'autre seront défendus par le patronat et favoriseront l'économie de marché et la concentration de richesses, aucun ne souhaite une sortie du libéralisme. Il y aura un capitalisme national ou un capitalisme mondialisé. L'un mettra en compétition les travailleurs français entre eux et contre le reste du monde mais dans le but de pouvoir exporter à moindre coût ; l'autre mettra en compétition les travailleurs du monde entier.
Nous insoumis, nous partageux, libertaires, ingouvernables, communistes, écologistes réels, socialistes authentiques, nous avons pris la mesure des défis qui s'imposent à notre époque !
Nous savons qu'il y a urgence : urgence climatique, urgence sociale, urgence démocratique.
Nous avons bâti, dans les luttes sociales lors du printemps 2016, lors des élections de cette année, dans nos pratiques quotidiennes, dans nos associations, une volonté immuable de changer les choses à différentes échelles et dans tous les fronts qui s'offrent à nous et sur lesquels nous pouvons avancer. Nous sommes une force de plus en plus nombreuse et puissante qui souhaite aller vers l'émancipation individuelle et collective. Pour cela, comme toujours, nous avons la rue, les collectifs, les syndicats et les élections législatives. Alors retroussons-nous les manches et cultivons nos idées par nos actions !
Ni patrie, ni patron, vivent l'universalisme et l'autogestion !
XX

3 commentaires:

  1. Les anarchistes votent comme Fillon : bien Blanc !

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  2. nan mais vous faites comme si c'était pareil, bravo... enfin le pen c'est le facisme, c'est quand meme un autre niveau.
    aujourd'hui les flics sont violent et sont impossible à condamner, avec le fn on leur demandera de l'etre encore plus et ils seront récompensés pour ça.
    pis bon, mener le front social, quand tu vois la réforme du parlement prévu par le fn, elle va pas durer longtemps la lutte démocratique hein.
    qu'on soit dégouté d'avoir macron je comprends, s'aveugler et pas voir la différence c'est chaud

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  3. Moi je ne partage pas du tout votre point de vue (ce qui est plutôt rare).
    Charlie Hebdo parle de choix entre Peste et bonne grosse chiasse, l'une est mortelle, l'autre est pourrie et à virer après quelques médocs bien costauds et une bonne chasse d'eau. C'est bien plus réaliste d'après moi.

    Refuser l'un et l'autre alors que l'on sait très bien que l'un va être élu, c'est assez puéril et enfant gâté si on réfléchit bien. Soit on accepte que le FN puisse passer, réellement, soit on n'est pas du tout solidaire et compte sur ses concitoyens tout autant rebutés par l'autre candidat, mais qui eux, devront aller voter...

    Vouloir faire évoluer le système (reconnaissance du vote blanc, changement de système électoral, ou mieux, de système de représentation, manière de faire de la politique en France), peser aux législatives et poursuivre les combats... c'est ce que l'on peut faire, y compris contre la très puissante finance.
    C'est par contre ce que n'ont pas pu faire ou ne peuvent pas (encore) faire les russes, les syriens, les vénézuéliens... et ça, ce sont seulement ceux dont on parle beaucoup en ce moment

    Tout mettre au même niveau est facile, et peut apaiser les consciences de ceux qui n'ont pas le courage de mettre une paire de gant et d'aller ajouter une voix pour faire baisser davantage encore le pourcentage de votes exprimés pour le parti raciste, xénophobe, antisémite, flirtant avec les néo-nazis, etc. Non rien n'a changé depuis les débuts et depuis le père, et vous le savez parfaitement.

    Chaque pourcentage octroyé au FN légitimera, comme toujours, les actes et paroles antisémites, racistes, etc. Et rien que pour cette dernière raison, j'irai ajouter ma petite part contre le FN, et je serai fière de le faire, comme je n'ai pas regretté de l'avoir fait en 2002.

    Tout le reste, et la suite, est une autre histoire, un autre combat, puisque dans 3 jours, l'un des deux candidats sera élu, et alors, nous pourrons poursuivre les luttes, ou pas vraiment.

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