9 juil. 2017

Délit d'entrave à l'IVG : un pas en avant, trois bonds en arrière !

A peine les obsèques nationales de Simone Veil achevées, les groupes anti-avortement reprenaient leurs saloperies afin de faire prospérer leurs idées fumeuses, mensongères et rétrogrades. « Simone » partie, le combat continue plus que jamais !

L'entrave à l'IVG est un délit sur internet aussi !

En début d’année, on se disait qu’il y a des combats justes et des victoires qui font du bien. La promulgation de la loi relative à l’extension du délit d’entrave numérique à l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) en mars dernier en est une ! On ne vous apprend rien, le Net est devenu LA nouvelle place publique et ce qu’on y voit peut être génial et motivant, comme ça peut être le pire de l'espèce humaine. Et on en sait quelque chose à Racailles, vu qu’on essaye de combattre la connerie tous les jours (voir ICI).
Cette victoire du délit d’entrave numérique à l’IVG a été arrachée après 5h30 de discussions, 76 amendements, dont 53 de Jacques Bompard à lui tout seul. Ah, Jacques Bompard... La Ligue du Sud, facho parmi les fachos, blanc, catho, père de 5 enfants, dont 2 qui sont ses assistants parlementaires, tiens tiens… Bompard qui fait de la politique depuis 30 ans, un des membres fondateurs du FHaine, qu’il a quitté pour rejoindre le mouvement pour la France. Bref, un vieux schnock de 74 ans, qui ferait mieux de s’occuper de sa prostate que de nos utérus !! Les réactionnaires ne sont pas uniquement des hommes, à lire par exemple l’éditorial crasseux signé à l’époque par Jeanne Emmanuelle Hutin dans le journal Ouest France - dont elle est l’héritière - qui crie à l'atteinte à la liberté d'expression : « la Déclaration des droits de l'homme risque de subir un sérieux coup de boutoir et, avec lui, nos libertés fondamentales ». Tellement secondaire cette liberté des femmes à disposer de leur corps...

Alors pourquoi je vous parle de tout ça aujourd’hui ? Et bien, je vais un peu vous parler de ma vie : j’ai une amie qui est enceinte et cette amie a décidé d’avorter. Pour qui, pourquoi, peu importe. Pour l’aider, je suis à la recherche d’une info claire et objective pour savoir quoi faire. Et là, enfer et damnation !! Passé la 1ère référence de Google - le site du gouvernement ivg.social-sante.gouv.fr - le reste des résultats proposés n’est qu’un ramassis de sites pro-vie !! Et encore, le site du gouvernement est remonté en tête de liste depuis peu de temps grâce à une forte mobilisation, notamment des assos féministes !!

Alors, attachez vos ceintures et cliquons pour prendre connaissance de l’ignominie !! Sous couvert d’information et de numéros verts anonymes et gratuits, où on nous vend une écoute neutre et bienveillante pour que les femmes puissent faire le choix de poursuivre ou non leur grossesse, les sites sont à gerber !! J’en veux pour preuve la charte des écoutantes du "faux" site ivg.net dont voici un extrait :
« La femme exerce son choix librement mais peut être davantage "sensibilisée" par l'écoutante qui prend le temps de développer tous les aspects et les risques de l'IVG »
Mais le pire reste les nombreux témoignages de femmes expliquant qu’elles n’auraient jamais dû avorter, qu’elles regrettent, qu’elles y pensent tous les jours, qu’elles ont été manipulées par le centre d'orthogénie, par les psychologues, par les membres du Planning Familial, par leur famille, par la Terre entière en fait ! Que leur avortement s’est mal passé, avec nombres de détails bien sordides, que leur conjoint les a quitté, que leur famille leur a tourné le dos, qu’elles ont perdu leur boulot, que la foudre s’est abattue sur elles. Alléluia mes sœurs !!
Je pourrais vous parler de Cécile, qui a fait une grave dépression, qui a été internée et qui est devenue accro au cannabis.

Je pourrais vous parler aussi de Lola qui s’est faite avorter sur décision de ses parents et qui garde l’échographie en souvenir dans son portefeuille ou encore de Julia. Sortez les mouchoirs...


[captures d'écrans du site avortement.net créé par les anti-IVG]

Rien de trafiqué ou de mensonger là-dedans bien sûr : ces témoignages poignants respirent la sincérité ! Au regard de tout ça, on comprend qu’il était vraiment temps d’agir contre ces sites qui, sous couvert d’information, mettent en place une véritable propagande culpabilisante, annihilant totalement le droit de la femme à disposer de son corps. Les sites web combattant l’IVG sont maintenant prévenus : s’ils mentent délibérément sur l’avortement dans le but de dissuader les femmes d’y recourir, ils s’exposent à des poursuites pénales pouvant aller jusqu’à 2 ans de prison ferme et 30 000 euros d’amende. Le gouvernement prévoyait notamment de mettre en place des appels tests pour combattre ces sites et ces plateformes téléphoniques.

La connerie Survivante

Mais il y a d’autres combats à mener !! Rappelez-vous du témoignage de Julia qui disait qu’après son avortement, elle ressentait un vide et que son enfant lui manquait. Alors rassure-toi Julia, j’ai trouvé LA solution : rejoins les Survivants !! Mais qu’est-ce donc ? Il ne s’agit ni d’une quelconque nouvelle émission de télé réalité, ni d’une nouvelle série créée par Canal+. Non, vous n’y êtes pas du tout !! C'est un groupe de jeunes prônant l’anti IVG en s’appuyant sur une théorie pseudo scientifique. Ce groupuscule de militants proches des cathos intégristes et de la Manif Pour Tous est parti d’une véritable pathologie traumatique bien identifiée par les spécialistes : le syndrome du survivant, c’est-à-dire la culpabilité d’une personne ayant échappé à la mort alors que d’autres personnes sont mortes (lors d’accidents ou d’attentats par exemple). Cette pathologie, les Survivants l’ont bien trafiquée : ils avancent qu’une personne dont la mère a avorté ressentirait une souffrance psychique et le manque du frère ou de la sœur qui aurait dû naître. Voilà le cœur de leur argumentaire. Ils ont donc créé le syndrome du « survivant statistique », dont nous serions tous victimes. Selon leurs statistiques bidouillées, un enfant sur cinq ne naîtrait pas à cause de l’IVG en France et nous souffrons tous de cette cruelle absence. Leur solution est donc simple : arrêter d’avorter !

A la tête de ce groupuscule, on retrouve Emile Duport, publicitaire proche de l’Action Française et ancien directeur artistique de la Manif pour Tous. Il sait très bien y faire pour dépoussiérer l’image des militants pro-vie, notamment à travers des happenings. On connaissait Civitas, SOS Tout-Petits et autres groupes reconnaissables à leurs slogans datés de l’Inquisition, soutanes, crucifix et tutti quanti. Mais aujourd’hui, place à une ère nouvelle, place aux Survivants. Quoi que pas si nouveau que ça ce mouvement : c’est en fait la réactualisation d’un collectif datant de la fin des années 90 et un peu tombé dans l’oubli. Mais grâce à la révolution 2.0, en mars 2016, les Survivants reviennent et se lancent sur les réseaux sociaux. Gros succès chez les jeunes en quête de sensations !!
Ces derniers mois, les Survivants ont fait parler d’eux grâce à plusieurs gros coups médiatiques. Durant la campagne présidentielle, ils ont placardé en toute illégalité des affiches arborant trombines et logos des principaux candidats et les appelant à se positionner contre l’IVG. Plus récemment ils ont tenté une campagne de levée de fonds sur le site HelloAsso.fr afin de financer une campagne anti-IVG sous forme de tour de France ponctué « d’apparitions surprise », de Saint-Malo à Bayonne. Face à la levée de boucliers des internautes et des assos féministes, le site a fini par suspendre la cagnotte tout en renvoyant la responsabilité sur l’État qui avait accordé à l’association porteuse de la campagne des Survivants, Life Parade, le statut d’association d’intérêt général (permettant notamment une défiscalisation des dons).

Comble de l’abjecte et de l’ignominie, une semaine plus tard, c’est la récupération de la disparition de Simone Veil qui permet aux Survivants une nouvelle campagne de mensonges et de saloperies. Ils ont osé… Ils ont lancé un site « hommage » à Simone Veil basé sur son nom (simoneveil.com) présenté comme un « web documentaire » où ils prétendent faire découvrir « la vérité sur Simone Veil, celle d’une femme trahie dans ses intentions puisque sa loi n’existe plus tant elle a été été modifiée et parce que la légalisation de l’avortement n’a pas amélioré la santé des femmes bien au contraire ». Peut-être auraient-ils besoin de réentendre les propos de Simone Veil à la tribune de l’Assemblée le 26 novembre 1974


Toujours face aux protestations et à une plainte de la famille Veil, l’hébergeur OVH a suspendu ce site prévu par les Survivants depuis un an et demi. Il a malheureusement été immédiatement republié sous un autre nom de domaine, « Simone Forever », copiant ainsi une ancienne campagne du Mouvement Français du Planning Familial. Une vraie stratégie de communication, surfant en permanence sur les frontières de la légalité et du droit (choix de noms de domaine en .com au lieu de .fr ; propagande sous couvert d’info ; utilisation d’un nom s’apparentant à une usurpation d’identité ; etc).
Le fait de miser sur les référencements algorithmiques pour arriver en tête des propositions lors d’une recherche sur Simone Veil est exactement le même procédé que ceux utilisés avant la promulgation de la loi sur le délit d’entrave numérique. Cette loi a-t-elle donc servi à quelques chose ? La rage, la rancœur et la colère me feraient dire que non et que tout reste à faire. Et qui, du côté des pouvoirs publics, va pouvoir monter au créneau et entendre nos combats alors même que les droits des femmes sont relégués à un sous-placard-de-sous-sol à travers le Secrétariat d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes de Marlène Schiappa, placée sous l’autorité d’un Premier Ministre qui n’a pas soutenu l’égalité réelle ? Et puis...

Face à tout ça, militez, informez-vous et gardez en tête ce que disait une autre Simone, Simone de Beauvoir, dès 1949 :

« N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant »

Merci Simone et merci Simone ! Car en 2017, c’est toujours d’actualité… Jusqu'à ce qu'un jour, le droit à l'IVG soit constitutionnalisé !!

Olouges de Gympe

Pour aller plus loin :
« La nouvelle idéologie anti-IVG » sur Causette
« Le collectif anti-IVG des Survivants utilise Simone Veil pour sa communication numérique » sur Numérama

Hommage spontané à Simone Veil par Piotre WM dans le cadre de l'exposition "L'humanité au féminin" à Caen

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