18 sept. 2017

Cet été : coquillages, crustacés et... féminicides

Vous pensiez que moi, Olouges de Gympe, j’étais tranquillement en vacances sur une plage d'Ibiza, en train de siroter un mojito et lisant le dernier Cosmo' ?? Et bien non ! Pas de repos pour le féminisme, surtout vu la tronche de certains articles de journaux pendant l’été !!


Bravo à La Manche Libre et à Ouest France qui m’ont permis de sortir de ma torpeur estivale autour d'un drame « familial » et « conjugal » à Carentan (liens ICI et ).
Je n’allais pas m’arrêter en si bon chemin de la connerie machiste et le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai été servie !! Petit florilège :
  • « Meurtre et suicide à Cannes… La piste du crime passionnel » dans Nice Matin.
  • « Drame conjugal dans l’Aude : une femme tuée » dans le Midi Libre.
Quel point commun entre tous ces articles ? La banalisation totale des féminicides !!
Et oui, ici pas de « meurtre d'une ou de plusieurs femmes et filles en raison de leur condition féminine » mais plutôt des différends conjugaux, des drames familiaux, des crimes passionnels… Oui, en fait il s’agit d’amoooouuur !!!! L'homme n’est donc plus un assassin, un meurtrier mais un amoureux passionné, souffrant de jalousie, victime de folie passagère ou d’un coup de sang
Et quand l’homme se suicide, on fait état de deux victimes ! Non mais, franchement, il serait peut être temps d’arrêter le délire !! Dans toutes ces affaires, la responsabilité n’est pas partagée : l’un a voulu donner la mort, la seconde n’a pas eu le choix !
Le traitement est souvent sensationnaliste, désinvolte voire ridicule. Que ce soit par les titres, les formules employées et même la narration des faits divers. Oui, faits divers, vous avez bien lu ! C’est souvent là que l’on retrouve les féminicides et encore quand ce n’est pas dans la catégorie des “infos insolites” !  
Le Parisien est, comme beaucoup d'autres, très inventif en la matière : « A paris, elle énervait son compagnon, il la tue et la met à la poubelle », titrait le quotidien daté du 1er août. On se souvient aussi de « Un homme rapporte dans sa Twingo le corps de sa femme à la police » à Rennes.
Finalement, vous l’aurez compris, on en revient toujours à la même chose : la putain de domination masculine ! Celle qui fait croire aux hommes que leur compagne leur appartient, qu’elle est leur chose, que l’homme « a un droit de vie ou de mort sur une femme parce qu’il préfère la voir morte plutôt que libre de lui », explique Marie Allibert, porte parole d’Osez Le Féminisme. Cette association mène le combat pour la reconnaissance du féminicide dans le droit français et que le sexisme soit reconnu comme circonstance aggravante du meurtre au même titre que le racisme. Maryvonne Chapalain, déléguée du procureur de Paris ajoute : « il n’existe pas de crime passionnel mais il existe des crimes possessionnels ».
Derrière tous ces faits divers, il y a des femmes. Alors pour Nadine, Liliya, Yasmina, Natacha et toutes les autres, je m’adresserai directement aux journalistes qui écrivent ce genre d’articles. Il me semble que vous pondez des papiers chaque 25 novembre lors des Journées internationales pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. Il serait donc bien de lire ce que vous écrivez, de peser le poids des mots et de respecter ce que vous prônez une fois par an. Parce que cette violence à l’égard des femmes est déjà inacceptable mais le traitement médiatique qui en est fait est clairement à gerber et n’aide pas les gens à prendre la mesure de l’ampleur du phénomène. 
Alors, spéciale dédicace à la presse : pour vous aider, j’ai dégoté un collectif qui s’appelle « Prenons la une ». Celui-ci a mis en place une charte pour en finir avec cette insupportable banalisation des féminicides.

Et je le rappelle ici : une femme meurt tous les 3 jours, tuée par son conjoint ou son ex conjoint et comme les mots ont un sens, je finirai sur ceux de Benoite Groult :

« Le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme, lui, tue tous les jours »

Olouges de Gympe



Pour aller plus loin : 
  • Lisez une enquête très fournie et documentée publiée par Libération : « 220 femmes tuées par leur conjoint,ignorées par la société » (à lire ICI)
  • Cet article de Slate : En France, on meurt parce qu’on est une femme (à lire )
  • Et aussi la page Facebook Féminicides par compagnons ou ex qui recense les féminicides à travers la presse en ligne en France (LIEN)

2 commentaires:

  1. "il la tue et la met à la poubelle" : il aurait fallu réaliser une analyse de texte pour se rendre compte que le média concerné via son rédacteur traite implicitement la femme comme un objet. Non pas l'homme en général. En effet :
    1. "la" peut aussi bien désigner une personne qu'un objet / nom commun féminin.
    2. Or l'expression "mettre à la poubelle" devient avec n'importe quel COD : "mettre qqch à la poubelle", et non "mettre qqn à la poubelle". C'est de ces deux possibilités que naît la confusion à visée sensationnaliste. Au détriment de la femme c'est en effet immensément choquant d'écrire comme cela à propos d'une victime dans notre monde de consommateur : par ce spectacle, la personne vient d'être "consommée" par des lecteurs, qui plus est son cadavre. Le début de la fin de tout. C'est par là qu'il faut en effet commencer dans ce monde pourri qu'est le nôtre aujourd'hui. Merci de cette information Olouges !

    Ne rien dire de la consommation pour comprendre la une citée et la situation de la femme aujourd'hui comme "objet", c'est à mon sens oublier un point décisif dans l'analyse des modes de domination.

    Au sujet du processus de "chosification"/réification plus exactement : deux entités sont "consommées" dans cette une : la soumission de la femme, et le cadavre de la femme ==> Donc domination de la femme en tant que femme, c'est-à-dire en tant que concept - et domination de la femme, en tant que corps.

    Un titre plus approprié pour cette information ? Des volontaires ? Un très bon exercice, car on ne peut passer sous silence un meurtre aussi sauvage !


    Merci de cette information Olouges !

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  2. Bravo Olouges ..ça décoiffe mais ....certes le journaliste est quelque peu paradoxal mais il se fait l'écho d'une ambiance sociétale relayée par le judiciaire ...actuellement il est moins préjudiciable de s'en prendre aux personnes qu'aux biens..Je te renvoie aux diverse décisions de justice de nombreux TGI où il vaut mieux agresser son "prochain" que de fumer du shit ou être en récidive de vol de mobylette ou de voiture ...si tu agresses une femme ou abuses d'elle ou d'un mineur... même si la loi prévoit la cour d'assises tu remarqueras que nombre de crimes sont requalifiés et "passent" en correctionnel...La peine encourue n'est pas la même..Mais ce ne sont que des femmes ou des gosses!!!à choisir, quitte à transgresser, il est préférable d'agresser ou tuer par passion que de voler une bagnole ou de blanchir du fric .....Y a du boulot pour les militants humanistes

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