1 sept. 2017

Les salariés de Monoprix Caen en grève pour leurs conditions de travail

Les affiches promotionnelles ont fait place aux banderoles revendicatives vendredi 1er septembre au magasin Monoprix du centre-ville de Caen. Et pour cause : la direction du groupe vient d’annoncer des coupes sans précédent au niveau national dans les frais de personnels. Pour vous traduire la chose, elle souhaite faire plus de bénéfices en payant moins de personnels pour faire un boulot (au moins) identique.


Les cent salariés que compte le Monop’ caennais ont tout de suite compris que la magouille allait rapido flinguer leurs conditions de travail. Fini les remplacements lors de congés ou en cas d’arrêt de travail. Fini la possibilité de faire son travail avec le soucis de l’accueil des clients. La crainte d’une explosion de leur charge de travail semble tout à fait légitime. Eux seuls devront désormais faire tourner la boutique sans possibilité de renforts par des CDD ou de l’intérim comme la grande distribution en a trop bien l’habitude.
Et la mesure est immédiate. Du jour au lendemain, ces emplois précaires ont été gentiment remerciés, tout comme ceux qui, ravis d’avoir signé un CDI, étaient encore en période d’essai. 

Mais ces salariés ont su voir tôt qu’il fallait s’opposer à ce plan national. Et ils l’ont fait collectivement, accompagnés par les délégués du personnel. Selon l’un d’entre eux, environ 70 % des salariés sont en grève, et un grand nombre de caisses et des rayons frais sont fermés pour la journée. Le magasin de Caen est ainsi le premier en France à se mobiliser face à cette mesure. Toute la journée, un piquet de grève se tient devant l’entrée principale du supermarché. Certains salariés invitent les automobilistes à klaxonner en guise de soutien, ce qui produit un capharnaüm sonore exaltant et motivant : ils ne sont pas seuls ! 
Alors pourquoi l’enseigne veut geler sa masse salariale et restreindre ses frais ? Tout n’a pourtant pas l’air d’aller trop mal chez Monop'. Sa maison mère, France Retail (branche du groupe Casino) fait état pour le premier semestre de cette année d’un bon petit pactole dans le tiroir caisse ! Son résultat opérationnel courant (les bénéfices avant impôts) ont atteint 121 millions d’euros, en hausse de +42,9 % par rapport au 1er semestre 2016 ! Et Monop’ n’est pas étranger à cette réussite dont les actionnaires peuvent se ravir : « cette forte croissance est le reflet d’une performance opérationnelle élevée chez Monoprix et Franprix (...) sous l’effet des plans d’excellence opérationnelle » souligne un rapport interne. Tout augmente : le chiffre d’affaire, le nombre de clients, et le poids de la rentabilité exigée… Mais cela ne semble toujours pas assez pour la direction qui souhaite engranger encore plus de bénéfices sur le dos de salariés asservies.
Ces attaques dans le monde du travail n’ont rien d’étonnant alors que les ordonnances de la loi Travail XXL viennent d’être publiées. Elles doivent d’ailleurs ravir le président de Monoprix, Régis Schultz (dont les curieux pourront se délecter de ce superbe portrait publié dans Challenges, le journal des prolos !), Régis qui appelait récemment à poursuivre la cadence des réformes afin de pouvoir faire travailler davantage les gens le soir et le dimanche. D’ailleurs, à Caen, l’ouverture le dimanche a été décidée il y a quelques mois contre l’avis de la quasi-totalité des salariés. Qu’à cela ne tienne, ce sont les plus précarisés qui s’y collent, tous « volontaires » (sic) avec en tête les étudiants (voir notre article sur ce sujet). Elle est belle cette « flexisécurité » libérale.

Marc Scimme

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