19 sept. 2017

TRIBUNE : "Récit d'une rencontre à Ouistreham"

Nous reproduisons ci-dessous une tribune rédigée par des membres de l'Assemblée Générale de lutte contre toutes les expulsions au sujet de la situation sur Ouistreham. Cette tribune est publiée au même moment où nous apprenons la création du Collectif d'Aide aux Migrants de Ouistreham (CAMO) sur lequel nous vous donnerons prochainement plus d'infos.
 

C’est une soirée d’août, de celle qui tranche radicalement des précédentes : le ciel est gris, le vent souffle en bourrasques, les températures ont baissé et l’air est humide. Nous sommes quelques un-e-s de l’Assemblée Générale de lutte contre toutes les expulsions à nous rendre à Ouistreham. La raison ? Prendre conscience des conditions de vie déplorables de ceux que les journaux et autres politiques appellent les « migrants », prendre contact avec eux et leur apporter notre soutien.
Lorsque nous arrivons à Ouistreham par la voie rapide, à peine passé-e-s le rond point qui mène à l’entrée de ville, nous croisons les regards de jeunes gens qui marchent le long de la route. On roule jusqu’au parking du marché aux poissons, c’est le dernier avant d’accéder à l’embarcadère du Ferry. Des voitures, pleines à craquer, y sont garées. Ce sont celles des Anglais sur le retour. Les autres, ce sont celles de la gendarmerie, avec des hommes et des femmes en uniforme qui patrouillent. Ambiance sordide, devenue habituelle, les habitant-e-s de Ouistreham en semblent absent-e-s. On éprouve un certain malaise, pris-e-s dans cette scène, où certain-e-s s’affairent tranquillement en prévision de leur voyage, protégé-e-s par la bleusaille, et le souvenir de l’expression de ces visages croisés quelques minutes plus tôt. Ce n’est pas ici que nous rencontrerons ceux et celles à qui l’on refuse le droit de franchir une frontière : en l’occurrence, la Manche qui sépare la France de l’Angleterre.
On remonte en voiture, on retourne vers l’entrée de ville. Sur le parking des centres commerciaux, les voitures de gendarmerie patrouillent secondées par des vigiles privés, employés par les grandes enseignes. Un petit groupe d’entre nous entame alors la discussion avec une personne présente, un gendarme les interpelle et déclare : « il est interdit d’aider les migrants » et, avant de s’éloigner, photographie ces personnes qu’il considère sûrement comme « potentiellement solidaires ». Comment les forces de l’ordre réussissent-elles à distinguer les « migrants » des autres ? Depuis quand sont-elles en droit d’exercer un contrôle de nos agissements aussi rapproché ? N’a-t-on plus le droit d’entretenir une conversation avec qui bon nous semble ou de lui apporter notre soutien. Mais, aujourd’hui, qu’en est-il du délit de solidarité en France ? En tout cas, la politique menée à Ouistreham est claire : pas de « migrants » ici. Et pour cause, depuis l’expulsion de la « jungle » de Calais et le déplacement forcé de milliers de personnes vers les CAO (Centre d’Accueil et d’Orientation), dispersés un peu partout en France, le port de Ouistreham s’est transformé en forteresse (déploiement policier sans précédent, installation d’un scanner pour les camions), les maraudes ont été interdites et la propagande fasciste s’installe. 
Nous finissons par rencontrer ces jeunes hommes. Avec un anglais imparfait, nous échangeons. Ils fuient leur pays pour rejoindre l’Angleterre, terre de tous leurs espoirs. Embarquer sur le Ferry est leur priorité, alors les sacrifices ne se comptent plus. A Ouistreham, ils attendent, ils prennent des risques, ils tentent d’échapper aux patrouilles de gendarmerie, qui n’hésitent pas à les réveiller à coups de pieds chaque matin, leur confisquant ou brûlant sur place leurs effets personnels. Ils essaient ne pas perdre espoir malgré cette situation, acceptent la solidarité de ceux et celles qui les soutiennent en passant un peu de temps avec eux, en leur apportant de quoi manger, de quoi s’abriter du vent, de la pluie et bientôt du froid…
Assemblée Générale de lutte
contre toutes les expulsions

Pratique : 
Une Assemblée Générale, ouverte à tou-te-s, se tient chaque vendredi soir à 19h00. Envoyez un mail à ag-contre-expulsions@laposte.net pour être tenu-e-s informé-e-s et ajouté-e-s à la liste de diffusion ;
Site Internet : agcontrelesexpulsions.wordpress.com ; 
Soutien financier : Chèque à l’ordre de « Solidarité Migrants Calvados », 16 allée de l’Angle, 14200 Hérouville Saint Clair.

Profitez-en pour réécouter notre chanson "Le port de Ouistreham" écrite et interprétée par Clément dans Racailles Radio :

2 commentaires:

  1. La situation est bien triste mais n'accusez pas ainsi les Anglais ou autres voyageurs qui se désolent aussi de la situation. Nous avons nous même vécus cette expérience et croyez moi on ne se sent pas protégés par la bleusaille mais plutôt épiés et sévèrement contrôlés. Faudrait-il arrêter les échanges franco-anglais... ? Je n'ai pas de solution à proposer mais il faudrait mieux d'abord ne pas compartimenter les gens et chercher les responsables de cette migration. Sachant également que la situation en Angleterre n'est pas si idyllique que ces jeunes le pensent. Bravo à l'initiative pour cette aide aux migrants de Ouistreham.

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    1. Moi, je suis une habitante de Ouistreham. Je vis dans le quartier du port où il y a effectivement beaucoup de jeunes migrants attendant de pouvoir passer en Angleterre. Tous les jours je vois les policiers empêcher ces jeunes de s'installer; ils les poussent, les délogent. Je n'ai pas vu de violences effectives. Quelques un/unes essaient d'apporter une aide soit financière soit des aliments, des boissons ce qui nous est interdit paraît-il? Des voisins dénoncent les gens qui aident, à la gendarmerie. Bref une ambiance de délation est en train de s'installer à Ouistreham. Hier, je suis allée à l'épicerie où j'ai croisé un migrant qui en sortait sous le regard haineux des hommes présents. je me suis engueulée avec un vieil entêté pour rester polie (je suis vieille aussi)et il m'a dit qu'avec des gens comme moi on n'était pas sorti de la merde...Bref, faire de l'info auprès des habitants serait nécessaire pour désactiver les discours de certains qui sont de plus encouragés par les propos de notre maire. Désespérant mais tous les habitants ne sont pas contre les migrants, embêtés, oui, c'est une situation très culpabilisante, oui on est dépassé. Je trouve qu'à Caen, on n'en parle pas beaucoup. On vient voir mais...que faire vraiment pour les aider ?
      Geneviève

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