29 oct. 2017

« Apprends à écrire ou ferme ta gueule » ou l’orthographe comme violence politique

Y a-t-il une différence entre dire à des ouvriers qu’ils devraient se payer un costard avant de vouloir être pris au sérieux, et discréditer un propos écrit sur le seul fait qu’il contient des fautes d’orthographe ? Derrière cette question, il s’agit de nous interroger sur nos passions conformistes, leurs origines et leurs buts. Et je parie qu’à la fin de cet article (sauf pour quelques profs grapho-rigides) vous lirez autrement !
 
 
Une joute se termine ce mardi soir. Écrite, sur Facebook. Alors que j’expliquais pourquoi laisser des gamins à la rue est, selon moi, forcément un scandale, on me répond que ce sont de jeunes Soudanais, qu’il faut d’abord s’occuper de « nos SDF » et qu’ils n’ont qu’à rester chez eux. Le tout écrit avec une quantité phénoménale de fautes pour seulement quelques lignes. Propos presque difficile à lire, m’obligeant, pour en comprendre le sens, à faire une gymnastique avec ces mots déformés, ces syllabes explosées, ces graphèmes improvisés.
Depuis que nous avons lancé la Brigade Réflexive d’Intervention, nous scrutons les réseaux sociaux, les pages Facebook et autres tweets de nos médias locaux. Et nous réagissons hyperactivement, pour ne pas laisser le champ libre aux réacs, fachos, et autres épandeurs d’idées reçues et de clichés. Mon duel du soir en fait partie ! Vous l’avez forcément vous même remarqué : certains messages et commentaires sont hourdés de fautes, de phrases incompréhensibles, de charabias phonétiques, de billevesées et naufrages syntaxiques. A croire que mal maîtriser le français est un apanage de ceux qui veulent la France aux Français ! Sauf que, derrière ce constat apparent, vous et moi reproduisons un formidable phénomène de ségrégation sociale et de conformisme au discours dominant. Car l’orthographe a une histoire et s’inscrit dans un champ très politique...

21 oct. 2017

« Du nouveau sur les quais de Ouistreham », par Le Petit Bédouin

Dans la lignée de la tribune « Récit d'une rencontre à Ouistreham » que nous publiions en septembre dernier, nous relayons partiellement un article du blog politico-satirique de Ouistreham Le Petit Bédouin. Il propose un état des lieux des questions migratoires sur cette commune stratégique dans la route vers le Royaume-Uni, d'autant plus depuis le démantèlement de la Jungle de Calais. On y voit aussi comment le Maire Romain Bail (que l'on ne qualifiera pas ici tant la tentation de l'injure serait forte) prend soin de jeter de l'huile sur le feu, faisant le jeu des réseaux d'extrême droite.
Cet article est à lire en intégralité ICI.
© Collectif 3ème Oeil

« 50 migrants installés, ce n’est plus possible » dit Romain Bail

Installés ? Non ! Dans le dénuement, oui ! Dans la précarité souvent insoutenable, oui ! Tous nous aimerions que notre tranquillité soit préservée, que le spectacle de ces jeunes hommes qui n’ont qu’un but, passer à tout prix en Grande-Bretagne, ne se déroule pas sous nos yeux ! Mais la réalité est là, inhumaine, indigne. Elle sera d'ailleurs de plus en plus inhumaine avec l'hiver, le froid, la pluie... Alors nous réagissons comme nous pouvons : sur la commune certains sont dans l'indifférence, d'autres dans le rejet, d’autres encore dans l'empathie et l'entraide. Romain Bail lui a fait des choix qu'il exprime partout y compris dans la presse britannique. Des sites locaux ouvertement racistes commencent à fleurir sur la toile, des menaces de milice... Pendant ce temps des habitants se lancent dans une démarche humanitaire. Ce n’est pas à nous de dicter la conduite de qui que ce soit. Choisissez votre combat. Nous prenons aujourd’hui le parti de vous dire qui sont ces migrants et pourquoi ils sont là.

11 oct. 2017

Ikea de Fleury sur Orne (14), l’overdose de grandes surfaces

Le chiffre est dingue : en France, 62 % du commerce se fait dans des centres commerciaux périphériques contre 33 % en Allemagne. Plus qu’un mode de consommation, c’est une véritable drogue consumériste qui ravage nos villes, nos agglomérations et mêmes nos campagnes. Un phénomène que connaît trop bien l’agglo de Caen. Des centres commerciaux, on en dénombre une quinzaine sur ce territoire ! Face aux géants Carrefour, Leclerc, Cora, Auchan ou Ikea, résister semble un combat de David contre Goliath. Pourtant, des citoyens ont trouvé l’énergie de dire STOP à l’un de ces projets : celui d’Ikea Centres à Fleury sur Orne. Ce projet défraie la chronique depuis une dizaine d’années avec un complexe de 74 000m² aux portes de Caen. Comment comprendre que l’on continue de développer encore et toujours de telles galeries marchandes ? Quels sont leurs effets sur la désertification des centre-villes, sur l’environnement, et sur nos modes de vie ? Décryptage d’un projet qui explique à lui seul un mouvement global.


Épopée suédoise en terres normandes 

Pour bien comprendre, reprenons les différentes étapes de l’arrivée du roi de l’aggloméré à côté de Caen. Tout commence en 2005 par de premières négociations entre Ikea, Fleury sur Orne, Caen la Mer et Normandie Aménagement. Le suédois sort de son chapeau les arguments habituels (emploi - fiscalité – développement économique) pour draguer les pouvoirs publics. En février 2007, la Commission Départementale d'Équipement Commercial (la CDEC, une instance locale obligatoire) rend un premier avis favorable pour la construction du magasin Ikea. Dans la foulée, l’entreprise achète à la commune de Fleury sur Orne un terrain de 20 hectares et obtient un permis de construire. Mais il ne s’agit pas uniquement d’un simple projet de magasin de meubles ! Ikea voit grand et souhaite ouvrir un vaste centre commercial d’environ 50 000 m2 comprenant son célèbre magasin, 20 moyennes surfaces spécialisées, 30 boutiques et un supermarché. On comprend mieux pourquoi l’enseigne a acheté un terrain aussi vaste ! Le projet semble plaire à la CDEC qui le valide à une large majorité en novembre 2008. Sauf que cette belle dynamique est freinée à l’échelon suivant par la Commission Nationale d’Aménagement Commercial (CNAC) qui rend un avis défavorable au centre commercial. Qu’à cela ne tienne ! Ikea décide de découpler son projet en priorisant l’ouverture de son magasin « classique » et renvoie son projet de centre commercial à plus tard. Hourra ! Le 2 novembre 2011, petits fours, boulettes au cheval et tartes au caca sont de sortie : Ikea ouvre ses portes !

7 oct. 2017

Une douzaine de CP qui embête bien les autres… Est-ce que votre Blanquer est bonne ?

Dès la rentrée scolaire début septembre, l'application des nouvelles mesures gouvernementales concernant la réduction du nombre d'élèves de CP en REP+, associées à toujours plus de fermetures de classes et d'établissements ont poussé de nombreux enseignants et parents d'élèves - dans le Calvados comme partout en France - à se mobiliser. État des lieux des luttes et mobilisations...


Le CP à 12

La mesure phare sur l'école, qui ne pouvait qu'éblouir les électeurs au mois de mai dernier, a été mise en place. Il s'agit de l'abaissement du nombre d'élèves en CP à 12 dans les écoles du Réseau d'Éducation Prioritaire renforcé (dit REP+).

D'après Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'éducation nationale, « dans 85 % des classes, il y a effectivement 12 élèves. Dans les 15 % restants, il y a 2 maîtres ou maîtresses. […] Je me souviens, il y a 2 ou 3 mois, tout le monde me disait que c'était impossible. Maintenant c'est fait. […] Nous voyons déjà dans les pratiques de classe, un début de grande satisfaction par rapport à ce qui est fait » (à lire ICI). Les nouvelles réformes sont en place. Tout va très bien ! Circulez, y a rien à voir !

4 oct. 2017

« Le sac à dos social » : les cheminots sont à vendre !

Ça y est, nous voilà tel le boulet accroché au pied du prisonnier. Nous, les cheminots, nous sommes devenus le « sac à dos social » ! Un nouveau terme pour nous décrire, nous représenter et nous déshumaniser, en fonction du métier ou de la zone géographique dans laquelle on bosse. Kézako ? Je vous explique...


Moi, par exemple, conducteur de train à Caen, je ferai partie du « sac à dos social » de la Normandie. Pour bien vous expliquer ce que ça vaut à mon niveau, il faut avoir en tête que, maintenant, notre vrai patron, c’est Hervé Morin, le président du Conseil Régional de Normandie. Quand celui-ci lancera un appel d’offre pour la gestion des lignes normandes, nous, le « sac à dos social », nous ferons partie du packaging, tels des numéros à disposition du nouveau prestataire de service. Bref, pas comme des humains, mais comme du matériel inclus dans le paquet « lignes normandes ».

1 oct. 2017

L'école Nomade : un exemple de solidarité avec les enfants des squats

Pendant les vacances scolaires d'été, de nombreux et nombreuses bénévoles se sont mobilisé-e-s pour animer des activités en langue française afin de pouvoir aider les enfants de migrant-e-s à mieux s'intégrer en France. Un nouvel exemple de solidarité inter-culturelle réussie, sans État et sans argent !


Aujourd'hui, 70 bénévoles participent à la construction du mouvement baptisé École Nomade à Caen. Et pourtant, au début du mois de juillet, l’équipe ne comptait que quatre personnes !
Quatre enseignant-e-s indigné-e-s en apprenant les conditions de vie de certain-e-s de leurs élèves… Venu-e-s d'Europe de l'Est ou d'Afrique, ces petits bouts étaient souvent très fatigué-e-s en arrivant en classe le matin. La cause : beaucoup dormaient à la rue ou passaient d'un hébergement d'urgence à l'autre.