11 oct. 2017

Ikea de Fleury sur Orne (14), l’overdose de grandes surfaces

Le chiffre est dingue : en France, 62 % du commerce se fait dans des centres commerciaux périphériques contre 33 % en Allemagne. Plus qu’un mode de consommation, c’est une véritable drogue consumériste qui ravage nos villes, nos agglomérations et mêmes nos campagnes. Un phénomène que connaît trop bien l’agglo de Caen. Des centres commerciaux, on en dénombre une quinzaine sur ce territoire ! Face aux géants Carrefour, Leclerc, Cora, Auchan ou Ikea, résister semble un combat de David contre Goliath. Pourtant, des citoyens ont trouvé l’énergie de dire STOP à l’un de ces projets : celui d’Ikea Centres à Fleury sur Orne. Ce projet défraie la chronique depuis une dizaine d’années avec un complexe de 74 000m² aux portes de Caen. Comment comprendre que l’on continue de développer encore et toujours de telles galeries marchandes ? Quels sont leurs effets sur la désertification des centre-villes, sur l’environnement, et sur nos modes de vie ? Décryptage d’un projet qui explique à lui seul un mouvement global.


Épopée suédoise en terres normandes 

Pour bien comprendre, reprenons les différentes étapes de l’arrivée du roi de l’aggloméré à côté de Caen. Tout commence en 2005 par de premières négociations entre Ikea, Fleury sur Orne, Caen la Mer et Normandie Aménagement. Le suédois sort de son chapeau les arguments habituels (emploi - fiscalité – développement économique) pour draguer les pouvoirs publics. En février 2007, la Commission Départementale d'Équipement Commercial (la CDEC, une instance locale obligatoire) rend un premier avis favorable pour la construction du magasin Ikea. Dans la foulée, l’entreprise achète à la commune de Fleury sur Orne un terrain de 20 hectares et obtient un permis de construire. Mais il ne s’agit pas uniquement d’un simple projet de magasin de meubles ! Ikea voit grand et souhaite ouvrir un vaste centre commercial d’environ 50 000 m2 comprenant son célèbre magasin, 20 moyennes surfaces spécialisées, 30 boutiques et un supermarché. On comprend mieux pourquoi l’enseigne a acheté un terrain aussi vaste ! Le projet semble plaire à la CDEC qui le valide à une large majorité en novembre 2008. Sauf que cette belle dynamique est freinée à l’échelon suivant par la Commission Nationale d’Aménagement Commercial (CNAC) qui rend un avis défavorable au centre commercial. Qu’à cela ne tienne ! Ikea décide de découpler son projet en priorisant l’ouverture de son magasin « classique » et renvoie son projet de centre commercial à plus tard. Hourra ! Le 2 novembre 2011, petits fours, boulettes au cheval et tartes au caca sont de sortie : Ikea ouvre ses portes !

Mais la multinationale tient à son centre commercial et souhaite le réaliser dès que possible. Il revoit sa copie et présente un nouveau projet comprenant cette fois un hypermarché Auchan de 10 000 m2, 70 boutiques et 16 moyennes surfaces, le tout sur un espace de 74 000 m² ! Un gigantisme démesuré qui obtient en février 2012 un avis favorable de la Commission Départementale d’Aménagement Commercial (CDAC, ex-CDEC) malgré l’opposition de la majorité des élus de l'agglomération. Poursuivant son bonhomme de chemin, le projet se casse à nouveau les dents trois mois plus tard en Commission nationale
Mais des recours sont déposés devant le Conseil d’État qui annule l’avis défavorable de la CNAC (juin 2014). Ikea agrémente son projet de quelques murs végétalisés, de panneaux solaires et de quelques pots de fleurs, ce qui lui permet, en octobre 2014, d’obtenir un avis cette fois favorable de la CNAC. Élus et associations se disent dégoûtés. Mais le combat n’est pas terminé, tant concernant la construction que l’exploitation ! En mai 2016, le Maire de Caen et les Vitrines de Caen (la principale association de commerçants) formulent un recours contre le volet « exploitation commerciale » du projet devant la Cour administrative d’appel de Nantes qui confirme l’avis favorable de la CNAC, puis devant le Conseil d’État (qui l’étudiera en fin de cette année 2017). En parallèle, Ikea et Fleury sur Orne ont continué d’avancer : enquête publique, nouveau permis de construire, etc... Plusieurs associations et collectifs, dont « Des champs pas d’Auchan », Alterniba Caen, Normandie Équitable et Hastings St Nicolas s’attaquent quant à elle à la partie « construction » du projet et ont formulé elles aussi des recours : recours gracieux demandant l’annulation du permis de construire, balayé illico d’un revers de main par le Maire de Fleury Marc Lecerf ; et recours contentieux portant sur les questions environnementales et sur la qualité de vie devant la Cour administrative d’appel de Nantes (procédure en cours) ! C’est bon, vous avez suivi ?! 

On le voit bien, quand les grands groupes ont un projet dans leurs cartons, pas facile de leur foutre des bâtons dans les roues… Cette technique dite du « pied dans la porte », qui consiste à faire adopter un projet consensuel pour en imposer un autre, est monnaie courante chez les promoteurs d'hypers et de grandes surfaces commerciales. Pourtant, dans le cas de Fleury, tout était déjà annoncé ! Par exemple, le dossier de presse transmis par Ikea lors la pose de la première pierre du magasin (le 6 décembre 2010) le rappelait noir sur blanc : « Le projet global de Ikea à Caen comprend un espace commercial complémentaire géré par Inter Ikea Centre France qui s’est donné les moyens de mener des études complémentaires pour développer un espace commercial totalement en phase avec les aspirations des Caennais et des bas-Normands ». Difficile de croire certains élus de l’agglo qui affirment s’être faits berner par un Cheval de Troie ! Et notamment l’ancien député-Maire de Caen, Philippe Duron (PS), qui déclarait une semaine plus tard devant son Conseil Municipal : « Cette concrétisation est importante, puisque bien sûr, IKEA est un marqueur de modernité. C'est la deuxième marque préférée des Français et lorsque certains en étaient venus à douter de l'installation de cette enseigne à Caen, (…) de nombreux Caennais et Normands s'étaient émus que les élus ne soient pas capables d'apporter une référence qui était attendue dans le commerce local. C'est maintenant acté ». Ce qui ne l’empêchera pas, quelques années plus tard, d’accuser son successeur de droite Joël Bruneau d’avoir « laissé Ikea porter un mauvais coup au commerce caennais ».

Des élus soumis ?

Quel est le réel pouvoir de ces élus – qu’ils soient de bonne foi ou non - lorsqu’il s’agit de s’opposer ? Le projet de Fleury sur Orne est révélateur de l’impuissance – voire de la complicité – des pouvoirs publics et de l’absence de freins au bétonnage généralisé. Comme on l’a vu, les projets de centres commerciaux doivent être présentés devant différentes commissions (départementale puis nationale) en vue d’obtenir les autorisations de construction et d’exploitation. Ces commissions rassemblent des élus, mais également des « personnalités qualifiées » : experts, représentants de l’État, commerçants, chambres de commerce et d’industrie, associations de consommateurs, etc (détaillés ICI). Ainsi, malgré un parcours long et compliqué, et même quand une majorité d’élus s’oppose aux projets, les freins à l’implantation sont peu nombreux. Sur l’ensemble du territoire, les CDAC donnent en moyenne 85 % d’avis favorables ! Une situation accentuée depuis 2008 par la Loi de Modernisation de l'Économie (LME) qui a radicalement changé les règles régissant l’urbanisme commercial. Cette LME est tellement favorable aux grandes surfaces qu’elle est surnommée « loi Michel Édouard Leclerc » ! Dans les grandes lignes, elle empêche désormais les élus de s’opposer aux nouveaux centres commerciaux en invoquant leurs seules conséquences commerciales sur l’équilibre des centres-villes.

Malheureusement pour Fleury, Monsieur le Maire Lecerf n’est pas du genre à s’opposer à cette logique. Au gré des années, il s’est même avéré être le meilleur avocat d’Ikea, usant de son écharpe tricolore et des mandats qui y sont attachés pour permettre à tout prix au géant jaune et bleu de s’implanter sur sa commune. Et ce quitte à bâillonner toute expression d’opposition et même dégommer les projets de ses voisins (notamment la zone d’activités commerciales Object’Ifs Sud de Ifs et du groupe Leclerc). Dialogue impossible ! Interpellé à plusieurs reprises par les associations lors de débats et dans la presse locale, sa seule réponse fut de se plaindre d’être la victime d’une « campagne orchestrée »… Inutile d’espérer quoi que ce soit de ce type d’élus s’asseyant sur leurs beaux principes dès qu’ils prennent une décision.
La fonction de 11ème vice-président de la communauté urbaine Caen la Mer qu’occupe Marc Lecerf, en charge de l’environnement et du développement durable, montre à quel point il contribue au « green washing » d’Ikea, glorifiant les superbes murs végétalisés et autres panneaux solaires qui vont sauver la planète ! Ce maquillage vert a même poussé Ikea à financer des aménagements dans la forêt de Grimbosq par le biais de sa fondation pour l’environnement, lui permettant d’y coller son logo un peu partout dans les sentiers. Ces efforts ne nous ferons tout de même pas oublier que le résultat final s’appelle plutôt POLLUTION. Car oui, vendre de l’inutile en quantités astronomiques et faire déplacer les gens en-dehors des villes pour les faire consommer toujours plus pollue énormément : la marchandise vendue dans un centre commercial périurbain génère 2,6 fois plus de CO2 que dans un commerce de proximité.

Vers un sacrifice des centres-villes ? 

Les élus sont souvent eux-mêmes à l’origine de ces gros pôles commerciaux, ayant une croyance aussi profonde qu’archaïque dans l’économie des centres commerciaux. Ils font donc régulièrement des appels d’offre pour en construire de nouveaux. C’est par exemple ce que l’on a pu constater à Caen ces derniers mois. Sous couvert de « revitalisation du centre-ville », le Maire de Caen Joël Bruneau (LR) a officialisé un projet de pôle commercial réalisé en lieu et place d’un des emblèmes du cœur de ville : la Place de la République, sur les ruines de l’ancien Hôtel de ville ! La municipalité a ainsi estimé qu’elle était en droit de vendre cette partie de l’espace public pour les beaux yeux du groupe Sedelka-Europrom-Printemps, qui réalisera un « Forum » et une « Halle gourmande », sacrifiant au passage des dizaines d’arbres. Alors que de nombreuses cases commerciales du centre-ville sont vides, n’est-ce pas faire le choix d’accentuer un concurrence cannibale, inutile et inefficace ?


À Caen, en 2004, le taux de vacance commerciale (le nombre de cases vides) était de 2,09 %. Il est depuis passé à 5,29 % en 2009 et explosait à 13,19 % en 2015 (selon un rapport d’huissier) ! On considère généralement qu’au-delà de 12 % une ville est en déclin. Et ce phénomène semble généralisé sur le plan national comme le montre une étude de Procos (Fédération du commerce spécialisé). Mais Caen n’est pas la plus touchée. Ce sont surtout les petites et moyennes villes alentours qui risquent de trinquer le plus.
Et puis ce n’est pas un phénomène propre aux centre-villes. A force de se démultiplier, les centres commerciaux eux-aussi touchés. Il faut dire que ces dernières années, on a assisté à une véritable explosion de ces surfaces commerciales avec la création de nombreuses nouvelles zones comme le Val Saint Clair, la galerie « Émeraude » des Rives de l’Orne, Mondevillage, Leclerc à Blainville sur Orne, l’agrandissement du centre Cora à Rots... 

Le foncier, pompe à fric au cœur du système. 

Reste une question centrale : pourquoi toujours plus ? L’immobilier commercial de périphérie rapporte énormément d’argent pour les grands groupes, ce qui pousse souvent les autorités et les maires des communes concernées à entrer dans un système de concurrence, avec l’espoir d’entrées fiscales et d’emploi. Ces recettes fiscales ne représentent pourtant qu’une goutte d’eau comparées aux profits colossaux qu’encaissent des foncières comme Ikea Centres, Carmila (groupe Carrefour), Mercialys (groupe Casino), Altarea Cogedim, Unibail-Rodamco, Absys, Hammerson PLC, la Compagnie de Phalsbourg ou encore Immochan (groupe Auchan).
Dans la presse locale, Ikea affiche fièrement que son centre de Fleury représente « un investissement de 200 millions d’euros, plus de 2 millions d’euros de contribution fiscale par an, 700 emplois créés qui s’ajoutent à ceux du magasin Ikea » (voir ICI). Croire en ce système est évidemment un leurre pour les autorités. Ce modèle économique est destructeur d’emploi si on le considère sur l’ensemble de la chaîne, de la construction à l’exploitation en passant par les produits commercialisés : production dans des pays à bas coûts, transport, distribution, dumping sur les salaires des ouvriers, sur les fournisseurs, sur les transporteurs, et sur leurs propres salariés (temps partiel imposé, travail le dimanche, objectifs irréalisables, surveillance,…). Partout règne le dumping social et fiscal face à la recherche permanente d’économies d’échelle ! C’est également un modèle destructeur compte-tenu de la concurrence qu’il instaure à la fois pour le commerce traditionnel mais aussi pour un même secteur ! Il est illusoire de croire qu’un nouveau centre comble une demande nouvelle sortie de nulle part ou fait gonfler la consommation, surtout en période de crise économique et de paupérisation. D’ailleurs, les chiffres montrent bien cette absurdité : sur les quinze dernières années, les surfaces commerciales augmentent bien plus vite (+3 % / an) que la consommation (+1,5 % / an). En France, ces zones s’étendent sur près de 35 millions de mètres carrés (la moitié de la surface nationale de commerces). Rien qu’en 2016, 2 millions de mètres carrés de plus ont été construits.

C’est donc une puissante fuite en avant concurrentielle où les centres commerciaux déjà existants se sentent menacés par de nouveaux, qui avancent souvent des promesses d’innovation (nouvelles enseignes, centres de loisirs et « fun shopping ») ce qui les pousse à s’agrandir pour tenter de rivaliser. L’émergence des « retail parks » partout en France est l’expression de cette évolution, avec des centres commerciaux associant shopping et loisirs afin de retenir le plus longtemps possible les consommateurs (voir les exemples de l’Atoll à Angers, Odysseum à Montpellier et bien sûr du projet Europacity dans le Val d’Oise).
On assiste à une véritable cannibalisation commerciale qui pousse à toujours plus bétonner, à consommer de la terre agricole, et même à fabriquer de la friche commerciale ! Et plus le projet est énorme, moins les villes impactées peuvent s'y opposer. Pour une raison simple : l'équipement est considéré d'intérêt régional. Si l’on reprend l’exemple de ce cher Ikea, l’agglomération de Caen peut difficilement contester un équipement dont la provenance des clients (la « zone de chalandage ») concerne plusieurs départements (l’ex Basse-Normandie) soit 1,5 millions de personnes. Cet argument pousse à lui seul les grandes enseignes à concevoir les plus grandes zones commerciales possible.

Le développement de l’immobilier commercial est révélateur du gigantesque intérêt financier qu’ils représentent pour les grands groupes. Ikea n’est plus un simple marchand de meubles ; mais un vaste promoteur immobilier qui investit dans des hôtels et construit des quartiers entiers au cœur des grandes villes (comme à Hambourg ou à Londres). Fleury n’est qu’un projet parmi la vingtaine que compte réaliser le groupe suédois en France, pour un investissement total de 3 milliards d’euros.
Et pour remplir les caisses, Ikea Centres prélève 3 % du chiffre d’affaires des magasins Ikea, soit un milliard d’euros en 2016. « Il s'agit de placer nos profits de façon sûre et stable, ce que les marchés ne nous permettent plus de faire », expliquait récemment Harald Müller, responsable de Landprop, la filiale immobilière d'Ikea. On ne peut pas être plus limpide !

Des mobilisations partout en France 

Voilà, nous terminons notre état des lieux. Une fois de plus on se sent un peu petit face à ces monstres, un peu faiblard, seul et désarmé. Et on pourrait en rester là.
Sauf que non. Hors de question d’en rester là ! Fini de la fermer, de regarder dépité l’action des grues et des bétonneuses, de constater des files interminables de bagnoles se diriger vers ces tiroirs-caisses géants, ces bunkers de la guerre financière, de la bataille commerciale. Et ça, c’est ce que se disent de plus en plus de gens ! Notre fichu Ikea par exemple, bah il dégoûte un sacré paquet de monde un peu partout. Des gens qui, eux aussi, en ont marre du gavage, assez que la vie passe après leurs profits.

Alors on a vu naître des mobilisations, des débats, des pétitions, des blocages (un peu symboliques, certes, mais quand même !). Localement, le collectif « Des champs, pas d’Auchan » a été créé et d’autres associations, on l’a vu, mènent avec lui le combat. Cette mobilisation est celle de citoyens et d’organisations qui défendent l’environnement, prônent des modes de consommation supportables et pensent que la ville est faite pour les gens qui l’habitent, dans l’intérêt majeur de tous, et que l’espace public ne doit pas être grignoté comme c’est le cas par les petits (et grands) intérêts privés. Il ne s’agit pas pour eux de se lever par principe contre Ikea, à travers on ne sait quelle « campagne orchestrée ». Mais c’est exprimer un profond ras-le-bol contre un projet de trop tout en affirmant un autre modèle de société, basé sur un aménagement rationnel du territoire au service de ses habitants. Il s’agit entre autre de favoriser le rapprochement d’un commerce de proximité avec d’autres équipements collectifs, de sortir du tout bagnole, d’encourager les circuits courts, etc. C’est possible et économiquement viable, comme le montre l’exemple de certaines villes européennes (notamment aux Pays-Bas) qui sont devenues des championnes du shopping en revitalisant le commerce de proximité.
Une mobilisation comme celle de Fleury sur Orne n’a rien d’anecdotique ou d’exceptionnelle. De plus en plus de voix s’élèvent partout en France contre ces grands projets qui tuent les centre-villes, bouffent des terres agricoles et démultiplient encore et toujours les mêmes enseignes… Ainsi, l’association nationale « Des Terres Pas D’hypers » tente de fédérer toutes ces initiatives et ces luttes afin de leur donner plus de poids. L’association travaille actuellement sur une proposition de loi protectrice des sols, rappelant dans une lettre adressée aux nouveaux députés que « à l’heure actuelle, aucune législation française ni européenne ne se concentre exclusivement sur la conservation et la protection des sols. De plus, les efforts faits pour intégrer les sols aux lois nationales et à la réglementation européenne en matière d'environnement sont insuffisants pour réduire de manière significative la dégradation et l’artificialisation des sols. Il y a donc un besoin urgent de créer une législation spécifique contraignante couvrant les principales menaces qui pèsent sur les sols ».
D’autres associations luttent vigoureusement contre ces empires commerciaux, comme par exemple « En Toute Franchise » animée par Martine Donnette et Claude Diot, un couple d’anciens commerçants ruinés par Carrefour, qui sillonnent la France afin de traquer chaque projet inutile ou illégal et d’appuyer les opposants locaux par leur expertise (voir ce reportage de France Inter). A chaque fois les combats s’opèrent sur deux fronts : alerter l’opinion publique et les élus, et mener la bataille juridique afin d’utiliser l’ensemble des recours possibles. Les mobilisations sur les terrains sont très variées. Là où certains souhaiteraient voir pousser des Zones À Défendre - à l’image de la mobilisation contre l’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes - la réalité locale rattrape souvent les ambitions. Difficiles en effet de lutter sans la présence des agriculteurs et paysans qui occupent les terres. A eux aussi d’être en capacité de résister à d’importantes pressions, à des prix d’achats des terres très favorables, voire à des mécanismes de réquisition lorsque les projets sont déclarés d’intérêt public. Et à nous tous de les soutenir ! 
Max Kallax

MISE A JOUR
Au lendemain de la publication de cet article, le Conseil d'Etat a rendu sa décision (12 octobre 2017).
La fédération des artisans et commerçants de Caen « Les Vitrines de Caen », la société Ethnika, l’association des commerçants du centre commercial Mondeville 2 et les Comptoires de l’Univers avaient choisi de faire appel de la décision de la Cour administrative d’appel de Nantes, qui avait donné son feu vert au projet fleurysien.
Le Conseil d’État est allé dans le sens des plaignants en renvoyant l’affaire à nouveau devant la Cour administrative d’appel de Nantes, considérant que cette dernière « avait commis une erreur de droit » dans son dernier arrêt sur l’affaire, et pointant que le dossier d’Ikea devait être en adéquation avec le Scot (Schéma de cohérence territoriale) de Caen-Métropole. Ikea Centres devra, en outre, verser 6.000 euros aux différents plaignants dans le cadre des frais de procédure.

4 commentaires:

  1. Bonjour,
    Je suis sur le fond totalement d'accord avec vous mais ce que je ne comprends pas c'est que tout le monde soit vent debout contre le projet d'Ikea au point d'avoir laissé passer sans aucun accroc les projets de Mondevillage et surtout de Rots qui à mon sens sont beaucoup plus concurrentiels pour le centre-ville. Ce sont des petits magasins qui s'y installent (en complément des grandes surfaces) contrairement aux mastodontes prévus chez Ikea qui n'auraient jamais pu s'implanter en ville de toute façon. Pour preuve certains magasins ont clairement quitté le centre-ville pour aller s'installer dans la zone commerciale de Cora à Rots (ex : Vert Baudet) et ce sont nullement de nouvelles enseignes. Pour moi, le danger était là et tout le monde s'est trompé d'ennemi (même si je suis d'accord qu'il faut aussi limiter voire stopper le projet d'Ikea).

    RépondreSupprimer
  2. Parce que les gens n'ont aucun intérêt à aller dans le centre-ville de caen, faut que tu trouves de la place, que tu payes le parcmètre, y a des très peu de magasins dont les prix sont abordables. Caen coulait deja bien avant que mondeville2 soit créé.Les gens n'ont pas d'argent et la seule connerie qu'ils ont pu faire, c'est d'implanté des magasins de luxe dans une zone pourrie ... effectivement caen n'a besoin de personne pour s'anéantir seule. Et ça serait cool qu'on désengorge mondeville, donc moi je suis pour, car ikea ou cora ne gêne pas l'accès des riverains contrairement à mondeville 2 et la route de paris !

    RépondreSupprimer
  3. Bravo pour ce texte qui prend le temps d'examiner tous les aspects de la situation créée par Ikéa et consorts. Mais le fait qu'Ikéa est à Fleury ne doit pas nous faire oublier que des opérations aussi nuisibles peuvent se dérouler en centre-ville. Je veux bien sûr parler du projet de vente de la moitié de la place de la République aux groupes JEAN et CHEMLA, le premier bétonneur en chef des anciennes ZAC de Caen (un rôle auquel on n'accède pas sans des décennies de soutien actif des municipalités successives), le second (très) grande fortune caennaise notamment propriétaire du Printemps. On ne vend qu'aux riches, et à quel prix?
    B. HERGAS

    RépondreSupprimer
  4. Bonjour,
    Râler contre le projet d'ikea c'est bien mais encore faut-il râler contre monde ville 2 mondevillage et rot ! Pourquoi eux ont ils le droit de s'agrandir mais pas fleury ? J'habite au pied d'ikea et je serais ravis d'avoir une Zoé tout commerce près de chez moi au moins je n'aurait pas besoin de faire 10km pour faire mon shopping. Les commerçants Caen aïs se plaignent de leur situation et du fait que nous consommateurs ne venons plus acheter chez eux et bien qu'ils baissent leur prix dans ce cas ! Acheter une paire de chaussures à 200€ et un jean à 70€ désolé mais je n'en ai pas les moyens... Et puis au lieux de fermer pendant les jours fériés ouvrer vos portes bon sang ! Vous vous plaignez des centres commerciaux qui sont ouvert mais eux ils ont tout compris c'est en ouvrant pendant les fériés qu'ils font du chiffres. Se plaindre de c'est bien mais agir c'est mieux ! Le jours où les commerçants auront des prix accessibles et où il ne faudra plus payer 20€ la journée de parking peut être qu'ont reviendra consommer dans les centres villes !

    RépondreSupprimer

Commentez comme vous le souhaitez, mais sans donner raison au point Godwin...