19 nov. 2017

Lettre à Louis Mexandeau – Ne mélangez pas indignation et indécence

Vous avez osé.
Vous, Louis Mexandeau, 86 ans, député accroché à son siège pendant plus de 22 ans, Ministre des PTT entre 1983 et 1985 et Secrétaire d’État aux anciens combattants de 1991 et 1993, vous avez osé faire un formidable esclandre médiatique pour… une amende SNCF de 50 euros !
 
 
On l’a lu partout ces derniers jours. Le mois dernier, un agent SNCF vous a foutu une contredanse car vous n’aviez pas pris de billet pour un Paris – Caen, pensant que vous bénéficiiez encore du privilège fait aux anciens députés de pouvoir profiter des transports gratos, et en 1ère ! Mais patatra ! « Moralisation » oblige, De Rugy, le patron marcheur de l’Assemblée, a taillé dans lard. Fini la ristourne SNCF pour vous et vos anciens collègues de l’hémicycle. Il faudra vous payer une carte senior et passer au guichet avant les vacances.

12 nov. 2017

Accueils citoyens, squats, réseaux d’entraide : de nouvelles formes de solidarité

Face au désengagement des pouvoirs publics qui refusent de répondre à leurs obligations légales et morales d’accueil et d’hébergement des migrants (demandeurs d’asile, mineurs non-accompagnés, familles avec enfants, etc), l’action dite « citoyenne » prend de l’ampleur et réinvente des formes d’intervention directe. On le voit chez nous, dans le Calvados : squats, réseaux d’entraide et d’accueil, mobilisations spontanées… Faut-il y voir un vaste élan de résistance positive contre l’acharnement monomaniaque des gouvernements successifs ? Ou est-ce, à l’inverse, un basculement vers un militantisme humanitaire, actant comme état de fait la résignation de ne plus pouvoir s’opposer à un État bulldozer, au risque d’inciter les autorités à se défausser encore davantage de leurs obligations ? Nous sommes allés à la rencontre de ces nouveaux « délinquants solidaires ».
 
 

À « prenez-les chez vous », ils ont dit « OK »

« Prenez-les chez vous ». En voilà une phrase, un ordre, une injonction à agir si contradictoire.
« Prenez-les chez vous ». C’est la réponse automatique d’une pensée pré-mâchée, bricolée sur la négation de l’humanisme, voire de l’humanité. C’est l’expression compulsive de la haine généralisée, du rejet, de l’exclusion, du racisme, de la xénophobie, de la criminalisation de la pauvreté.
Ce « prenez-les chez vous », c’est LA phrase qu’on vous a assurément sorti au moins une fois pour empêcher tout débat sur les personnes vivant à la rue – principalement étrangères - et tordre le cou à des arguments construits et des faits implacables. C’est à le fois le gimmick de l’extrême droite, de l’ignorance et de l’indifférence. Comme l’affirmait Antonio Gramsci, « l’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents ». Ça tombe bien, nous aussi !
 
En juin dernier, on a reçu un courriel d’un nouveau collectif baptisé RASE, pour Réseau d'Accueil Solidaire des Exilé-e-s. L’ambition du RASE : « créer un réseau d'accueil autonome pour se regrouper entre personnes qui accueillent, désirent accueillir ou aider à le faire ». Ce réseau vise à « assurer continuité, accompagnement, médiation et cohérence entre hébergeurs-ses et hébergé-e-s ». Il faut dire que localement - mais cela semble partout pareil - la situation est catastrophique. L’absence de solution représente le quotidien des personnes étrangères, et avec elles des travailleurs sociaux, juristes, associatifs, militants politiques. Ils ont donc dû faire le choix de l’auto-organisation afin d’apporter des réponses aux situations de détresse et les gérer à la place des pouvoirs publics (État / Préfecture, Conseil Départemental, Mairies, etc).

9 nov. 2017

« Racailles, retour sur dix ans de journalisme militant à Caen » - article de L'Oiseau #25

Nous reproduisons ci-dessous l'article de Noé Roland sur... nous ! C'est paru dans le (déjà) regretté mag culturel caennais L'Oiseau #25 (oct-nov-déc 2017).



Il y a un peu plus de dix ans naissait Racailles, média indépendant caennais lancé par une poignée d'étudiants de l'Université de Caen Basse-Normandie. L'historien qui souhaiterait un jour écrire l'histoire des luttes sociales normandes au début du XXI° siècle devra nécessairement s'intéresser à ce trublion. En effet, si Racailles est surtout consulté par des militants aguerris et reste confidentiel en dehors des mouvements dits « alternatifs », il est aujourd'hui devenu un pilier de la contre-culture régionale. Pour son dernier vol, L'Oiseau a discuté avec certains de ses membres fondateurs pour vous dresser un bref historique de ce journal satirique et engagé dans toutes les luttes locales.