8 sept. 2018

« Quand tu cherches du travail, tu trouves »

Il paraît même que « quand tu cherches vraiment du travail, tu en trouves ».
Hier, quand j’ai ouvert ma boîte aux lettres, j’y ai seulement trouvé une lettre. Énième réponse négative.
J’en fais la collection.


Intéressant de voir comment les services Ressources Humaines (sic) excellent dans l’offre de lettres personnalisées qui vous font réaliser que vous n’êtes pas qu’un numéro de dossier.
Une fois l’enveloppe décachetée, la lettre dépliée, la première chose qui vous saute aux yeux, ce sont les beaux logos colorés apposés fièrement en tête de page, bien identifiables, dominant de toute leur hauteur le corps de la lettre.

À la lecture, on notera l’extrême variété des tournures de phrases, feu d’artifice qui vous ferait presque oublier qu’il n’y a rien à fêter. « Votre candidature a été examinée avec attention », « Après étude », « Après examen ». Genre, nos meilleurs spécialistes se sont penchés sur votre cas, nous avons tout décortiqué avec le plus grand soin, avec une attention et une objectivité sans égales. Puis vient le temps des « malgré tout l’intérêt », « j’ai le regret », « je suis au regret ». Bref, LE tournant de la lettre, le début de la fin en somme. Après arrive l’inévitable : « n’a pas été retenue ». Là, peu d’originalité. C’est le nœud de la lettre, celui qui te noue l’estomac. Après tout, à un moment, faut bien dire les choses telles qu’elles sont, sans chichi, aussi déplaisantes soient elles. Simple question de pragmatisme. 
Ensuite, en option, vous pouvez éventuellement avoir un « en espérant que vous trouverez rapidement un poste correspondant à vos aspirations ». Le marchand de sable qui vous vend du rêve. La positive attitude, quoiqu’il arrive. Mais trouver cette élégante formule alors que votre CV affiche clairement que vous êtes à la recherche d’un emploi depuis 9 – longs et interminables – mois, j’avoue, je ne vois pas trop la pertinence d’employer le mot « rapidement ». Mais, après tout, la notion de temps est subjective… Mais revenons-en à nos moutons. Arrivé à ce point, vous êtes anesthésié, les pattes sciées, alors vous gobez sans broncher les « sincères salutations », « salutations distinguées », « sentiments distingués », « considération distinguée » – jamais je n’aurais cru qu’il y ait tant de choses de distinguées en ce bas monde ! –. 

En prenant du recul, on remarquera l’équilibre visuellement parfait de la mise en page. Une grosse (en-)tête en guise d’en-cas, des sauts de lignes comme pour jouer à saute-mouton et des alinéas pour ne pas vous laisser à la marge. Parce qu’une lettre aérée, c’est une lettre qui n’envoie pas que du vent !
Et comme on garde le meilleur pour la fin, on se retrouve en bas de page avec la signature, au stylo Bic bleu, du Grand Chef. Le mec, malgré ses hautes fonctions et son emploi du temps de ministre, hé bah il prend sur son précieux temps pour te signer un autographe ! Et ça, ça te laisse sans voix, la petite larme à l’œil, les membres tremblants. Finalement – positive attitude oblige –, je me dis : quand tu cumules les réponses négatives, tu cumules les autographes (comme du temps où je cumulais les renouvellements de CDD – 8 en 34 mois et où j’ai même réussi à avoir un magnifique gribouillis de notre Jojo Bruneau local !) et ça, c’est quand même la grande classe et ça n’a pas de prix ! La prochaine fois, j’essaierai simplement de me faire dédicacer un chèque – sait-on jamais, sur un malentendu –, ça serait quand même plus utile.

Heureusement, quand ça va mal, il y a notre Manu national ! Il a toujours une réponse à nos questions (à défaut d’avoir une solution à nos problèmes). Ah, notre si cher Manu, son costard à 1 600 euros, sa piscine à 36 000 et ses couverts à 500 000. Notre rayon de soleil, notre unique lueur d’espoir dans ce monde de brutes.
« Si j'étais chômeur, je n'attendrais pas tout de l'autre, j'essaierais de me battre d'abord ». Bien dit Manu ! L’âme d’un vrai conquérant.
Comme j’aimerais pouvoir le rassurer, notre Manu, lui dire : « je suis chômeuse, je n’attends rien de toi et je n’ai pas attendu que tu éclaires ma lanterne pour me battre ».

Et à ce propos, petite question. On se bat avec quoi quand on est chômeur ? Des CV et des lettres de motivation ? Parce que les dictateurs, ils ont l’armée. Les politiques, ils ont les médias. Les spéculateurs, le capital. Les nantis, les pot-de-vin. Les fils à papa, le piston. Mais ils ont quoi, les autres ?

Claire Delys

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Commentez comme vous le souhaitez, mais sans donner raison au point Godwin...