19 déc. 2018

Le jour où Ikea Fleury s'est auto-bloqué à la vue de trois gilets jaunes égarés

A la rédac, on s'est bien marré quand un membre de l'équipe nous a raconté son samedi 15 décembre avec ses nouveaux copains des gilets jaunes. Déjà le 24 novembre, on avait clairement halluciné devant l'efficacité des premiers blocages de centres commerciaux [on vous racontait ça ICI]. Mais là on a franchi le cap : bloquer Ikea à trois sans ne rien avoir eu à faire... "Embedded" comme ils disent dans l'Paris Match.

 
Pour la faire courte, après avoir encore été les premiers sur un lieu de blocage - cette fois Ikea - nous sommes rentrés tranquiillou à trois dans le magasin bleu et jaune cher à nos cœurs d'homo consommatus. Afin de voir ce qui allait se passer et attendre des renforts (oui, à trois pour 19 500m², on se disait que c'était un peu léger), on s'est posé a la cafet' où, par on ne sait quel bug, on a eu le droit à un café gratos. Ils ont le sens de l'accueil les Suédois. Tant qu'ils n'offrent pas de la tarte choco-caca ! C'était une place de choix pour attendre les renforts, guettables par les grandes baies vitrées surplombant la route d'accès, les parkings et les champs bordant le magasin (ceux que la multinationale tente coûte que coûte de bétonner depuis des années pour un énième centre commercial inutile). 
Lesdits soutiens sont arrivés peu après et ont forcé a la fermeture préventive du magasin. Voyant nos copains bloqués, notre groupe de trois s'est rapproché d'une issue de secours pour y voir un peu plus clair sur la situation. Patatra ! Par un facheux concours de circonstances, notre merveilleux groupe de Pieds Nickelés a déclenché une alarme en entrebâillant la porte de l'issue.

Mais c'est là où l'histoire devient intéressante... Troublés par cette alerte inattendue, les vigiles et agents de sécurité sont pris d'un mouvement de panique. Alors qu'ils viennent à notre porte, ils constatent qu'on est trois pélos un peu bêbêtes de se retrouver dans cette situation... Et pendant que nous nous excusons platement pour cette gêne involontaire et impromptue non prévue dans nos plans machiavéliques, dehors, les Gilets Jaunes ont déjà quitté le devant du magasin. 
Après quelques vols de crayons à papier gratuits et le constat que le gilet jaune "BESKYDDA" vendu par Ikea coûte la scandaleuse somme de 8€, mes deux comparses et moi-même sortîmes du magasin, gilets jaunes en brassards. Le constat était désormais clair : nous étions alors les derniers représentants de la lutte sociale sur place. Sans rancune, on rigole une petite demi-heure avec des vigiles à l'entrée (sympathisants des Gilets Jaunes en privé) et on ne cache pas notre fierté d'avoir réussi ce blocage miraculeux.

Il est alors 17h et le ciel lourd d'un samedi soir de décembre s'efface peu à peu face au crépuscule s’avançant. Arrivent encore quelques clients, huit à tout casser. Autant dire que dalle pour un samedi soir à dix jours de Noyel. Sans vouloir remettre en cause l'efficacité de notre combat anti-capitaliste face aux mastodontes de la consommation ET de l'évasion fiscale, une si faible activité nous paraît tout de même quelque peu chelou. On en parle à une vigile qui nous indique qu'un ultime Gilet Jaune éloigne les éventuels clients d'Ikea au niveau du rond-point de l'entrée.
Quoi ?! Nous étions si fiers de nos prouesses à trois alors qu'un type, un warrior, un Héros Gilet Jaune parvient à détourner seul tout ce trafic loin du temple de l'ameublement mono-style mondialisé ?!

Il faut que nous en sachions plus. Qui est-il ? D'où vient-il ? Quel est le secret de sa Force ? Salut rapide à nos chers agents de sécu - dont on a compris qu'ils faisaient ce boulot non pas par nature de pseudo-flics refoulés mais pour avoir de quoi donner à bouffer à leurs gamins - et on repart d'Ikea en prenant soin de faire un tour complet du fameux rond-point soit-disant bloqué.
C'est alors que tout s'éclaire.
Ni héros. 
Ni Force.
Ni même de Gilet Jaune.
Le rond-point est en fait tenu par... la propre sécurité d'Ikea !

Afin d'éviter... on ne sait pas trop quoi et au vu de l'alarme que nous avions déclenchée, le chef de la sécu avait décidé d'envoyer plusieurs vigiles bloquer, au loin, l'accès à Ikea au niveau dudit rond-point situé au-delà de la portée des talkie-walkies ! N'en revenant pas de notre exploit involontaire mais bien réel, nous nous approchons d'un des deux vigiles bloqueurs : 
"On peut pas aller à Ikea ? 
- ah non, c'est bloqué.
- à cause des gilets jaune? 
- oui c'est ça.
- ah mince. Eh bien bon courage et bonne soirée !"
On se casse rapido, morts de rire de constater qu'Ikea, tellement dépassé par la situation, s'est finalement auto-bloqué au point de ne plus distinguer leurs agents de sécu en gilet fluo des "vrais" militants Gilets Jaunes !

Honnêtement, après l'épisode de la sortie de secours, on s'est dit que c'était la pire action à laquelle on avait participé. Mais en constatant par la suite qu'ils avaient complètement perdu pieds, et s'étaient auto-bloqués, on n'était pas peu fiers de notre maladresse révolutionnaire !

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