27 janv. 2019

"Comment la non-violence protège l'Etat", le choix bouquins de Racailles

Casse, incendies, dégradations, pillages, destructions, vandalisme, guérilla urbaine... Tels sont les mots utilisés par la presse, le pouvoir et même certaines organisations syndicales, associations ou "vrais" gilets jaunes pour décrire la violence dans les manifestations. Ces actes sont toujours désignés avec un vocabulaire qui laisse entendre qu'ils sont le fruit de personnes irresponsables, qui ne réfléchissent pas, qui décrédibilisent le mouvement, qui ne cherchent que le désordre par goût du chaos ! Ils ne font que se défouler, profitent des manifestations pour commettre des exactions criminelles et lâches, pour en découdre avec la police. Ce sont des casseurs, des vandales, des écervelés, des voyous, des extrémistes infiltrés assoiffés de désordre et de sang ! Mais jamais ne sont utilisés des termes comme sabotage, tactique ou stratégie de lutte. 


Pourtant, une bonne partie des militants radicaux qui utilisent ces moyens de lutte le font en conscience de ce qu'ils et ELLES font. Impossible toutefois d'échapper à ces discussions insupportables dans les médias qui distinguent le bon manifestant du mauvais manifestant : 
  • le bon manifestant : il marche, il chante, il est sympathique, il écoute HK et les Saltimbanques et les seules choses qu'il brûle sont des merguez.
  • le mauvais manifestant : il marche, il chante, mais il porte du noir, se cache le visage et porte un masque. Il lance, il casse et il nuit à l'image du mouvement.

Personnellement, j'ai toujours cru à la Révolution pacifique... Normal, j'ai passé mon adolescence à me politiser en écoutant du Tryo ! Et puis, au fil des luttes, j'ai rencontré des militants et militantes que je trouvais formidablement pertinent.e.s mais qui ne rejetaient pas la violence comme le font les dominants et les médias. Plus je tendais l'oreille, plus je me demandais "mais alors, quel est le bon chemin vers la Révolution ?". Violence ou non-violence, telle est la question.... ou pas ! 
Car je suis désormais persuadé que cette interrogation n'est pas la bonne. Et pour s'en convaincre, voici lecture de Racailles pour bien commencer l'année : Comment la non-violence protège l'État - Essai sur l'inefficacité des mouvements sociaux de Peter Gelderloos (Éditions Libre - 13€).

Dès les premières pages du livre, ce militant et universitaire anarchiste américain explique qu'il faut déconstruire cette opposition stérile entre violence et non-violence. D'autant que la définition du terme est plus que vague et sujette à interprétation. Peter Gelderloos prône plutôt une diversité de tactique de lutte dans les mouvements sociaux afin que ceux-ci soient réellement menaçants pour le pouvoir en place. D'ailleurs, le degré de menace ressenti par les dominants est proportionnel au degré de répression qu'ils mettront en place. Courage les jaunes ! Qu'on vous tape, gaze, mutile à foison est plutôt un signe encourageant ! 
D'après l'auteur, le choix d'une tactique violente ou non ne doit se faire sur la base de principes moraux mais sur la base de l'efficacité et de l'objectif stratégique ou tactique visé. Gelderloos n'appelle pas à ce que toutes les actions de contestation soient violentes, il ne développe pas un propos dogmatique de la violence à tout prix, car il reconnaît que parfois, selon le contexte ou l'objectif poursuivi, la non-violence sera plus efficace. À l'inverse, les promoteur de la non-violence sont souvent dogmatiques : toute action violente est à bannir, selon eux. Quel que soit l'objectif ou le contexte, la violence est toujours contre productive. Ils s'interdisent par là un éventail d'action et s'ampute ainsi de moyens de pression potentiels.
Gelderloos s'applique donc à démonter les différents arguments des pacifistes à coups de chapitres au titre volontairement provocateurs : 
  1. La non-violence est inefficace ;
  2. La non-violence est raciste ;
  3. La non-violence est étatiste ;
  4. La non-violence est patriarcale ;
  5. La non-violence est tactiquement et stratégiquement inférieur ;
  6. La non-violence est un leurre.
J'insiste une nouvelle fois sur le fait que l'auteur parle du dogme de la non-violence et démonte les arguments de ceux et celles qui rejettent la violence par principe. Dans le dernier chapitre, il explique, exemples à l'appui, comment les mouvements sociaux pourraient gagner en efficacité en articulant des actions dites violentes et des actions non-violentes... 

Bref, il s'agit là d'un livre passionnant pour qui accepte de se dire qu'il a peut-être été conditionné à n'accepter que la non-violence. Que cet état d'esprit naturel à rejeter la violence des manifestants est le fruit d'un lavage de cerveau organisé par une société - et avant tout un pouvoir - qui souhaite garder l'exclusivité de la violence. Car c'est par cette violence institutionnelle, cette violence légale que nous sommes tenus en laisse. Les dominants nous laissent une longueur de corde suffisante pour avoir l'impression d'agir à coup de sit-in, de pétitions et de marches pacifiques... Mais dès que la résistance devient sabotage matériel ou armement - sommaire ou de défense face aux armes des flics - alors le résistant est désigné comme ennemi d'état car il est perçu comme une menace réelle par les pouvoirs en place.
Alors si vous souhaitez remettre en question les idées toutes faites que nous servent les médias matin, midi et soir sur les casseurs, lisez Comment la non-violence protège l'Etat de Peter Gelderloos !

Barry Khade

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