26 août 2019

Faut-il tuer Bolsonaro ?

[On ne va pas se mentir, cet article est un article voulant choquer avec un titre racoleur, sans doute un de plus parmi des milliers pour essayer de nous secouer malgré l’ignorance ou la tétanie face à ce qu’il est en train de se passer !]


La question est forcément violente et brutale de par ce qu’elle propose, mais elle mérite d’être très sérieusement posée de même que l’action peut être envisagée du fait du danger que fait courir Bolsonaro à ses congénères et à l’ensemble du vivant de cette planète.
En effet, d’un côté, nous savons qu’on ne peut moralement et socialement souhaiter la mort de quelqu’un, et encore moins la donner.

Pourquoi ?

Pour de nombreuses raisons évoquées une multitude de fois par les pourfendeurs de la peine de mort à travers le monde et ce depuis des lustres, mais qu’il est toujours nécessaire de rappeler.
Évoquons en préambule le fait que la mort soit donnée par deux types de personnes, ceux que l’on appelle des criminels, donnant la mort sans en avoir le droit, et ceux que l’on appelle les bourreaux, donnant la mort avec la bénédiction des institutions et du droit. Ce qui distingue les deux réside donc dans l’acceptation ou non de la mise à mort d’une personne par les gouvernants de ladite société.
En premier lieu, donner la mort fait de la société un assassin elle-même puisqu’elle décide de mettre à mort. Elle est certes protégée par le droit mais elle ôte la vie, ce qui en soi est un meurtre, et elle n’en reste pas moins continuatrice de violence. Une société qui tue l’un des siens est comme une mère qui tue l’un de ses enfants, car la société a produit ce criminel, il est issu de cette société, et celle-ci, par ses manquements en terme d’éducation et de socialisation, par son absence de prise en charge des problèmes qui la traversent, par la non-reconnaissance de certaines maladies etc, donne naissance à des potentialités criminelles.

Effectivement, on ne naît pas criminel, on le devient.

Mettre à mort, c’est traiter le symptôme plutôt que la maladie. Cela ne résout rien si ce n’est soulager la soif de vengeance des victimes ou de la société, mais la vengeance n’est pas la justice, elle n’est qu’un sentiment malsain qui ne génère que de la haine et une escalade de violence.
Donner la mort ne fait que reproduire la violence que lesdites sociétés prétendent bannir en faisant cela. Donner la mort, c’est banaliser le crime et le reproduire indéfiniment. C’est un aveu d’échec car cela signifie qu’on n’a pas eu suffisamment de ressources ni d’intelligence nous permettant d’éviter cette fausse et extrême solution.
Enfin, chaque condamné à mort pourrait être un nous : une erreur de parcours, un accident, une succession d’évènements conduisant à un crime, une descente aux enfers progressive, une maladie non décelée et non traitée…ou pire, une erreur judiciaire.
A juste titre, nous avons banni la peine de mort dans la plupart des grandes démocraties de ce monde.
La peine de mort fut employée dans nos sociétés par le passé et l’est encore très largement aujourd’hui de par le monde lorsque les droits sont encore relativement limités, le niveau d’éducation très bas, la violence très importante, les injustices flagrantes… bref, lorsque les sociétés sont encore relativement instables à de nombreux niveaux.

Qu’en est-il de Bolsonaro ? Et pour quelle raison faudrait-il le mettre à mort ?

Nous avons là un individu extrêmement dangereux, criminel en série de manière indirecte. Il a clairement fait des appels à la violence, à la haine et a produit par ses discours des assassinats dans la communauté LGBTIQ notamment. Son homophobie récurrente a libéré un torrent de violence et d’exactions voire d’assassinats parfois couverts. Il faut rajouter qu’au Brésil, le taux de résolution des enquêtes est déplorable, laissant libre cours aux volontés criminelles.
C’est également pour ces mêmes raisons, propos du président et impunité chronique, que des militants écologistes ou communistes, des amérindiens, des paysans du mouvement des paysans sans terre, des afro-brésiliens ont été assassinés depuis la campagne de Bolsonaro sans que les criminels aient à craindre des poursuites. Son arrivée au pouvoir a déclenché une vague de haine et de violence, mais aussi, a libéré les appétits voraces des exploiteurs en tout genre qui l’ont soutenu pour défendre leurs intérêts propres : des orpailleurs (chercheurs d’or en Amazonie usant cyanure et mercure en quantité dévastatrice pour amalgamer l’or), aux évangélistes (des fatalistes alliés des possédants expliquant que si tu es pauvre c’est parce que dieu le veut et si la forêt brûle c’est qu’elle devait brûler), les partisans des armes à feu (semeurs de mort auto-déclarés), les grands propriétaires terriens éleveurs ou producteurs de soja (aristocratie toujours en place depuis l’époque de la colonisation) se frottant les mains à l’idée d’hectares brûlés en Amazonie pour étendre leur agrobusiness, les multinationales étrangères et entreprises locales voulant des permis d’exploitation du gaz, du pétrole, du bois, des minerais dans des zones protégées…

Oui, c’est bien l’antéchrist à la tête des cavaliers de l’apocalypse que les très croyants brésiliens ont pourtant mis à leur tête. Ils ont fait entrer le loup dans la bergerie.

« Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. » Mathieu 7:15

Bolsonaro s’est effectivement fait élire par la triche, le mensonge et la duperie. Soutenu par la bancada BBB (Bœuf, Balles et Bible), puissant syndicat du capitalisme, du crime et de la manipulation, sa campagne a été très certainement massivement financée de manière illicite à travers une caisse noire afin d’envoyer quotidiennement sur WhatsApp et autres réseaux sociaux à tous les brésiliens (les contacts téléphoniques sont la propriété de grands groupes soutenant Bolsonaro) des vidéos, des mèmes et des articles remplis d’infox dans un pays ou le niveau d’éducation est catastrophique.
L’opinion, manipulée par ces fake news, s’est petit à petit renversée en faveur de celui qui se faisait le chantre de la lutte contre la corruption (le loup déguisé en agneau). Et pour éviter le retour du Parti des travailleurs au pouvoir (le parti de Lula qui est loin d’être révolutionnaire mais menait une politique en faveur des pauvres, des minorités, de l’éducation et limitait les agressions envers l’amazonie), ces lobbies très puissants étaient près à soutenir n’importe qui, même un petit capitaine parachutiste fou et inculte avec des penchants fascistes.

Aujourd’hui, l’Amazonie brûle dans des proportions jamais connues ni mêmes jamais envisagées. Il ne s’agit pas de départs de feu involontaires mais bien de tentatives des éleveurs et producteurs de soja de défricher, et les incendies, technique employés traditionnellement dans les fronts pionniers, sont ici généralement non-contrôlés afin qu’ils s’étendent et augmentent les possibilité d’exploitation de nouvelles terres pour les pyromanes.
Il s’agit là d’un crime terrible, un crime environnemental certes, mais au-delà, d’un crime contre LA VIE. Bien plus qu’un crime contre l’humanité, c’est ici LA VIE qui est directement détruite.
C’est à dire qu’un complexe processus d’évolution et de multiplication des espèces par croisement, sélection naturelle et adaptation dans un environnement biotopique exceptionnel et ce depuis des millions d’années.
Ce qui part en fumée a mis 10 millions d’années avant d’en arriver à ce stade de complexité. Cela nous dépasse, cela dépasse complètement la misérable espèce qu’est homo Sapiens qui a seulement à peine 300000 ans derrière elle et peut être plus grand-chose devant elle à ce rythme d’auto-sabordage. Et une fois encore Sapiens fait régresser considérablement l’expansion et la complexification de la vie dans l’univers (seul sens de la vie clairement avéré).
Alors oui, Bolsonaro est un criminel ! Contre de grandes parties de son peuple, contre les habitants humains de ces foyers, et contre LA VIE qui y réside. On estime qu’il faut 600 ans pour que se reconstitue une authentique forêt primaire. Et il faut des millions d’années et un ensemble de facteurs et de caractéristiques requis exceptionnels pour obtenir le plus grand réservoir de biodiversité au monde tel qu’observé dans la forêt amazonienne, soit 50 à 70 % de la biodiversité mondiale selon le WWF et 10 % selon les scientifiques. Certains experts estiment qu'un kilomètre carré pourrait contenir plus de 75000 types d'arbres et 150000 espèces de plantes supérieures. Un kilomètre carré de forêt amazonienne peut contenir 90790t de plantes vivantes. On parle de 30 % des espèces d’insectes dans la seule Amazonie, et un nombre exceptionnel de mammifères. Sans compter les potentialités non encore découvertes de ce gigantesque vivier.
Les incendies ont détruit deux millions de kilomètres carrés, imaginez donc le biocide que cela représente.Tuer cela c’est tuer le passé par les millions d’années nécessaires, mais c’est aussi tuer le futur de l’humanité.
Pis encore, des scientifiques affirment qu’à un certain degré de défrichement, le micro-climat de la forêt amazonienne pourrait se modifier radicalement en très peu de temps et se transformer en savane, ce qui aurait des conséquences désastreuses pour l’ensemble de la planète, perte en biodiversité, en eau potable, contribution au réchauffement global...

Alors oui, celui qui est surnommé « le capitaine tronçonneuse » est un grand criminel, un homme dangereux pour toutes les espèces et surtout pour la sienne. Et pendant ces incendies, au lieu de se repentir, quels sont ses seuls propos ? : affirmer qu’il faut « faire caca un jour sur deux pour lutter contre le réchauffement climatique » puis accuser les ONG défenseures de l’environnement d’être « responsables de ces feux ». Il propage le mensonge encore plus loin que quiconque, inversant la vérité à l’instar des dystopies orwelliennes qu’il est en train de bâtir.
Ainsi, comme le décrit si bien Hannah Arendt : "Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple vous pouvez faire ce qu’il vous plaît."

Bien au-delà du crime contre l’humanité en terme de gravité, il est coupable de crime contre LA VIE, avec plus de conséquences encore que les actes des Milosevic, des Papon, ou autres Himmler… Il doit être immédiatement arrêté et jugé, et si cela n’est pas possible, il doit alors être assassiné. Car le tort qu’il inflige est immense et sa vie pèse bien peu en comparaison. Certes, Bolsonaro n’est pas le diable incarné, c’est un humain comme vous et moi, il en est arrivé ici à la suite d’un parcours de vie fait de rencontres, d’influences, de frustrations, et d’idéologies ayant donné l’homme qu’il est devenu. Chacun d’entre nous aurait pu devenir cet homme dans une autre configuration que la notre, et c’est pour cette raison que nous devrions nous opposer à sa mort. De plus, il n’agit pas seul comme évoqué plus haut, des hommes de l’ombre sont sans doute plus amoraux et dangereux que lui, ceux qui l’ont propulsé au pouvoir d’ailleurs. Mais Bolsonaro n’est pas un quidam, ni un simple criminel lambda. C’est un homme extrêmement puissant à la tête d’un pays qui détient l’essentiel de la forêt amazonienne. Chaque jour qui passe au Brésil avec ce président à sa tête démultiplie les conséquences gravissimes de ses actions et propos. On sait qu’il y a très peu de chances qu’il soit arrêté et jugé aujourd’hui du fait de la configuration internationale actuelle. Faute de repentance et de changement réel de sa politique, le seul moyen de l’arrêter à court terme serait-il donc de l’assassiner ? Au moins pour l’empêcher de faire assassiner les amérindiens et les militants écologistes.

Mais cela arrêterait-il le problème ? Ne serait-il pas remplacé par un président du même genre ?

Effectivement Bolsonaro n’est pas seul, et sa mort n’arrêterait pas ses partisans, qui tenteraient certainement d’en faire un martyr, mais ils se mettraient à avoir peur, et cette peur limitera leurs actions néfastes car ils n’auront plus ce sentiment d’impunité. Bolsonaro n’est en définitive qu’un symbole, mais le symbole représente justement un tout, et c’est pour cela qu’il doit tomber.
Il est effectivement tragique et très contradictoire d’arriver à exprimer cette éventualité lorsqu’on s’oppose à la mort, mais la violence vient supplanter la non-violence à chaque fois qu’il s’agit de produire un moindre mal. Comme évoqué au début de cet article, la peine de mort est un recours radical employé par les sociétés pour résoudre un important désordre social lorsqu’elles n’ont pas encore imaginé et développé d’autres façon d’éradiquer ces désordres. Ainsi, il n’existe pas de justice internationale jugeant, condamnant et empêchant les crimes environnementaux, et c’est faute de cette évolution vitale que nous pouvons envisager cette solution extrême.

A bien peser, que représente le risque de tuer Bolsonaro face au risque qu’il fait courir à l’ensemble de l’humanité ? Que représentent nos courtes vies d’homo sapiens face à l’œuvre de la vie depuis des millions d’années ? Quand allons nous réagir réellement et efficacement pour lutter contre le réchauffement climatique et la sixième extinction de masse ?

D’autres solutions existent, mais elles sont bien plus difficiles à mettre en œuvre :

  • Réclamer une zone franche permettant la mise en place du premier parc naturel international intégralement préservé et intouchable, géré par les peuples autochtones et des gardes-parc internationaux. La communauté internationale sous pression de ses peuples doit exiger une sécession de l’ensemble amazonien des différents pays auxquelles elle est rattachée (Brésil, Bolivie, Pérou, Colombie, Équateur, Venezuela, Guyana, Surinam et France) pour créer un ensemble indépendant et appartenant à la communauté internationale ou au contraire n’appartenant à personne si ce n’est aux indigènes qui y vivent, quitte à dédommager financièrement aux nations les territoires perdus. Il faudrait pour mettre cela en œuvre une grande mobilisation internationale surtout dans les pays concernés, accompagné d’une grande collecte de fonds pour le financer.
  • Mener une authentique guérilla amazonienne contre la déforestation afin que les défricheurs n’osent plus couper la moindre brindille par peur des représailles.
  • Rejoindre les bricos, observateurs internationaux qui par leur simple présence auprès des peuples autochtones et des mouvements écologistes assurent protection aux amérindiens et brésiliens affirmant les droits de la forêt, ce qui se fait déjà au Mexique auprès des mouvements zapatistes et est envisagé par des groupes militants amérindiens et écologistes au Brésil.
  • Boycotter les produits importés du Brésil ainsi que ceux des multinationales implantées en Amazonie. En France : Nous sommes l’un des principaux responsables de cette crise. En effet, nous sommes l’un des plus gros demandeurs mondiaux en soja. Depuis quelques années, nous nourrissons l’essentiel de nos têtes de bétail avec des tourteaux de soja en provenance d’Amazonie (Brésil, Argentine…). Ainsi, cette demande fait monter les prix du soja et incite à étendre ses cultures, ce qui pousse l’agrobusiness à la déforestation pour l’extension. Et chez nous nos vaches sont enfermés et ne sortent plus dans les près pour manger ce soja transgénique. Nous devons donc nous mobiliser auprès du gouvernement et des agriculteurs pour arrêter de consommer ce soja, revenir sur nos pratique précédentes. Nous pouvons aussi arrêter de consommer des produits laitiers et de la viande issus de ces élevages consommateurs de soja.
  • ...

« Seul celui qui descend aux enfers sauve la bien-aimée » Søren Kierkegaard


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