19 janv. 2020

Le poids des maux ou comment la politique libérale a détruit l'hôpital public

Chronique diffusée dans 



Si l’on dit communément que deux verres de vin éloignent le docteur, on peut dores et déjà dire qu’avec 2020 on ne devrait plus en voir beaucoup… Certains d’entre eux, n’en pouvant plus de voir l’hôpital souffrir de mille maux, démissionnent de leurs missions administratives. Car les médecins le savent ; à force la luxation peut mener à la fêlure… 
On peut même dire que de fêlure on est passé à la fracture. Alors que faire docteur ? Hé bien d’un côté on a un mal dominant, qui défend la réduction, voire l’amputation pour reboucher le tout, et de l’autre ceux qui tentent de mettre un pansement sur une jambe de bois… Ces derniers s’épuisent, hein, ces soignants qui, malgré tout le mal qu’ils se donnent, voient que tout va de mal en pis. Les services de pédiatrie n’ont plus les moyens pour accueillir tous les maux d’enfants, les urgences admettent tous les maux de la société et sont en PLS, en psychiatrie les maux se mélangent et ne démêlent pas… Bref pour résumer, tous les services des hôpitaux publics connaissent de mieux en mieux le mot de Cambronne.


Aujourd’hui, l’hôpital ne se moque plus de la charité, il la mendie. Il est si mal en point, que les gens qui nous sauvent lancent des SOS à tour de bras comme des bouteilles à la mer. Or les hôpitaux qui meurent, ça veut dire que ce sont des personnes qui meurent tout court. Le malade va devoir prendre son mal en patience. Car comme dit l’adage : la patience est la médecine du pauvre, alors que les riches eux, ont les remèdes. dans des cliniques derniers cris, monnayant des deniers en dépassement d’honoraires évidemment. Et comme on dit : quand t’es pauvre, mieux vaut être vivant que mort, et mieux vaut être en bonne santé que malade. Surtout que la bonne santé recule. Et que les affections invalidantes et lourdes en soins rapportent peu. C’est donc l’hôpital qui s’en charge en grande majorité, parce que cela n’est pas assez rentable pour le privé qui a développé les activités de court séjour. Maux compte double peine !

Les personnels des hôpitaux, eux, comptent triple et se coupent en quatre, mais ne peuvent rattraper des années de « mal être » gérés, mot-clé de la stratégie libérale pour mettre à terre les services publics au bénéfice de leurs amis des fonds privés. Depuis presque deux décennies, les mauvais analystes poussent au relâchement social. Les mauvais emprunts des plans Hôpital 2007, Hôpital Patients Santé Territoire et les suivants étaient des médicaments à fort effets secondaires. Les investissements ont été financés par des emprunts toxiques contractés directement au privé par les établissements, notamment auprès des banques, contrairement à ce qui se faisait jusque là, quand l’Etat empruntait puis finançait les hôpitaux. Merci qui ? François Fillon entre autre ! Quel Sanofi celui là ! Et la dette, sans mot dire, comme une maladie silencieuse, a envahi les organes vitaux des hôpitaux.

La grogne hospitalière devenant quand même un peu voyante, Agnès Buzyn s’est sentie obligée de sortir - du bout des lèvres - un « plan d’urgence » qui en fait n’en est pas un. Puisqu’avec ce fameux plan d’urgence « les hôpitaux sont en cure à la noce » [contrepèterie fort à propos, je vous laisse la chercher]. Quelques augmentations, mais pas de lits ni de personnels. Et surtout le fin mot de l’affaire : la petite reprise de la dette, que l’on doit quand même à ses prédécesseurs et qui servira de mot d’ordre pour justifier encore et toujours la même politique (200 millions d'euros injectés en 2020 monnayant 800 millions d’économies à réaliser par les hôpitaux). Allez, un petit calcul et on s’en va bien vers l’amplification de la catastrophe….

A demi-mot donc, nos maux ne sont plus couverts et nos vies valent moins que leur profit. Surtout qu’à la Sécu aussi, on racle les fonds ! La suppression des cotisations salariales maladie et le non-respect de la loi Veil par ce gouvernement laissent présager que le poids des maux n’est pas prêt de s’alléger. Ces vautours voudraient sans doute en plus avoir le mot de la fin, en nous voyant pousser nos derniers souffles avant d’avoir à nous verser nos pensions de retraite, que l’on devra bientôt capitaliser auprès de fonds de pensions privés… Et oui, travaillons assez longtemps pour être assez vieux pour faire un mort !

Elle court, elle court
La maladie d’argent
Qui ronge les corps des patients
Et épuise les soignants
Elle chante, elle chante
La monnaie trébuchante
Dans les poches du privé
Qui voudrait nous voir crever

Sauf que nous, on ne l’a pas dit, notre dernier mot….


Alors on va crier
Beaucoup de bruit en manif
On n’ veut pas d’ leur plan abusif
Il y a tant de vies à sauver
N’attendons pas faut y aller
Il faut qu’ils nous rendent tout le fric
Pour sauver l’hôpital public
Il y a tant à faire pour gagner
Main dans la main viens bouger

Agnès BOUZYN

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