9 févr. 2020

Moi, infirmière de nuit en hôpital malade

Témoignage diffusé dans 
Racailles Radio du 17 janvier 202

Infirmière de nuit en service de chirurgie orthopédique, je vais vous expliquer mon quotidien.


Je prends mon poste à 21h. Et autant vous dire que dès que j’arrive dans mon service, j’ai l’impression d’être au milieu d’une guerre mondiale. 

Très régulièrement la prise de poste commence par mes collègues de jour soulagés de nous voir arriver : « Ah ben on est bien contents de vous les laisser ! On est 7 et on en a bavé tout l’après-midi ! ». Et oui, il n’y a pas que les agents de nuit qui sont en souffrance, c’est tout le monde. Les transmissions sont rapides et souvent les suivantes : « on n’a pas eu le temps de préparer les chariots de pharmacie, de faire les pleins logistiques, de nettoyer les chambres des patients sortis, et pas non plus de faire remonter en chambre des patients du DATU [les urgences] qui sont prêts. Ah j’oubliais, ta collègue est malade et il n’y a personne pour la remplacer ! Donc tu es toute seule avec ta collègue aide-soignante ! »
« Euuhh je peux rentrer chez moi ?! » ? Ben oui, on a signé pour l’amour du métier, l’empathie envers le patient, mais pas pour en chier autant !
Commence alors notre nuit et comme souvent c’est Bagdad : des polytraumatisés, des opérés du jour, des patients à préparer pour le lendemain matin…

Bref, à 1h30, nos trois entrées sont faites et donc nos 32 patients sont enfin tous vus au moins une fois, s’il on excepte le patient de la chambre 204 qui sonne toutes les dix minutes. En effet, 10ème fois qu’il sonne, je suis devant la chambre, j’ouvre aussitôt la porte et là, je m’aperçois qu'il sonne uniquement parce que la sonnette fait de la lumière et que pour mieux voir autour de lui c’est super pratique ! Il n’a pas compris qu’à chaque fois qu’il appuie sur le bouton de la sonnette, je suis obligée de me déplacer ?!

A 1h40 on prend enfin 5 minutes pour avaler un truc.
On reprend alors le second tour et là on recommence les prises de tension, les changes et 10 aller-retours en chambre 204 ! 

Nous sommes épuisées lorsque nous arrivons en chambre double. Nouveau constat : « Tiens, c’est bizarre qu’est-ce que M. X a fait de sa protection ? Impossible de remettre la main dessus… On regarde alors le voisin qui dort paisiblement avec au-dessus de sa tête la couche souillée de M. X !
On va tous devenir cinglés… 

A 5h dernier tour, bilans sanguins, change des protections, prises de tensions et alléluia le patient de la chambre en 204 dort enfin !
Sauf que non, puisque - c’est nouveau - à partir de 5h du matin, le privé fait le ménage dans les services de soins. Et rien de mieux que la douce mélodie de la cireuse pour réveiller la moitié du service dont le patient de la chambre 204 ! Vive la privatisation ! 

Avant-dernière chambre. Pour me faire gagner du temps, ma collègue prend la tension de Mme Y, opérée de la veille et qui est diagnostiquée d'un syndrome type Alzheimer. J’allais oublier de préciser qu’on a 8 patients de ce type dans le service et qu'ils nécessitent une prise en charge adaptée et plus complexe. On réveille alors, entre autres, Mme Y qui dormait (puisqu’il est 6h) et qui est opposante aux soins, comme c’est souvent le cas pour ces patients. Ma collègue lui explique : « Mais laissez-vous faire Madame, ça fait pas mal : c’est juste un petit doigt ! ». Elle voulait juste lui prendre sa saturation. Ma collègue se rend compte de sa formulation et là on se met à pleurer. Je ne sais pas si c’est de rire ou de fatigue. 
On termine tant bien que mal… 

Pour finir comme je suis toute seule, je ne pars qu’à 7h30 au lieu de 7h parce que transmettre 32 patients en moins de 30 minutes, je vous assure que c’est mission impossible. 
Une demi-heure de route pour rentrer chez moi. J’ai la vessie qui va exploser ! je n’ai pas eu une minute pour aller pisser ! 
Heureusement que la nuit a été « calme », nous n’avons eu à masser personne (pas d’arrêt cardiaque), aucun patient n’a nécessité d’aller au bloc pour une hémorragie, pour une suspicion de syndrome des loges… 

Merci à Aurélia, pour son soutien et sa relecture.

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