12 avr. 2020

Confiné-e-s?

Plusieurs points effleurent chacune de nos discussions depuis le début de la pandémie. Comme l'a dit le Président, nous ne sortirons pas de la crise comme nous y sommes rentré-e-s.


Sans avoir la volonté de minimiser l'anxiété qui nous ronge (car la peur est logique), la menace invisible mais réelle, on se dit que l’on aurait pu faire mieux plus tôt, ne pas aller ici ou là... Eh bien cette anxiété est à mon sens quelque chose qui nous freine, qui nous cloue de terreur. Aujourd’hui nous savons ce qu'il faut faire pour répondre à cette catastrophe, et nous le faisons autant que possible, notamment par le confinement. Alors plutôt que de ressasser ce qui n'a pas été fait ou ce qui aurait dû être fait, je crois que l'on devrait se concentrer sur ce que l'on a en cet instant : du temps et des outils de communication et d'écriture comme jamais l'Humanité n'en a eu.


Pour éviter l’angoisse de se retrouver seul avec soi même, la meilleure méthode, à mon sens, est d'avoir des perspectives. On en a déjà certes, mais elles doivent être re-questionnées par le contexte actuel. 
Je m'explique. 
Depuis le début de la crise on voit revenir en toute puissance l’État qui dicte les bonnes consignes, et même si elles sont souvent contradictoires, les fait appliquer. Enfin ça c'est le discours officiel parce que rien n'est moins sûr, et je ne rentre volontairement pas dans le scandale des élections maintenues… Mais si on regarde en détail, peu sont ceux qui ont été sommés de se terrer chez eux. Nous l'avons fait de nous même, parce qu'en connaissance de cause, en étant bien informés, nous avons pu adapter nos comportements à la situation, sans avoir à subir la coercition de tel ou tel nervis républicain. Dans l'ensemble et pour l'instant la société civile tiens le choc. Cela doit nous questionner sur notre rapport à l'Etat jacobin qui mène deux combats de front, celui contre le virus et celui de l'économie mondialisée interdépendante et boursière.

Alors certes nous avons peur, mais plutôt que de la nier ou de nous laisser guider par cette peur, nous devons la comprendre. Pourquoi avons-nous peur? Qu'est ce que nous risquons? Nous avons peur d'un avenir proche où nous ou nos proches mourrons. Cela va arriver pour beaucoup d’entre nous, nous allons subir ce traumatisme et cela sera de notre faute à tous, collectivement, aussi injuste que cela soit. Nous l'avons vu venir et nous n'avons pas fait assez. Prenons une grande respiration, réfléchissons- y, mais ne culpabilisons pas trop, nous avons aussi fait ce que nous avons pu, avec ce que nous savions et les impératifs, au sens le plus large possible, que nous avions.

Mais maintenant nous sommes là devant un écran, avec du temps devant nous, alors plutôt que de ressasser ce qui a été fait ou pas, nous devrions regarder avec calme la situation. Faire un état des lieux de qui fait quoi, des initiatives qui existent, de qui travaille, de qui chôme. On pourrait comparer les salaires, les effectifs, les possibilités ou non de refuser le travail, de la protection apportée ou non aux différents salariés. Nous pouvons aussi regarder la situation avec le prisme de nos luttes, pas si vieille que ça. "Je me lève, je me casse" mais si je suis caissière? Confiné mais si je n'ai pas accès à un toit? Certificat de sortie mais si je n'ai pas de papiers ou d'accès à une imprimante? Nous devons tout réévaluer à la lentille de la situation, ça risque d'être long, nous avons du temps.

Nous allons subir un traumatisme, nous en avons tous connu dans nos vies, plus ou moins fort, mais celui ci à la particularité d'être collectif. Après un traumatisme rien n'est plus comme avant, on doit se reconstruire. Après un traumatisme collectif, la reconstruction doit être collective, toutes les pistes doivent être envisagées. Nous, enfermé-e-s volontaires devons regarder vers l'avenir qui sera problématique avec le réchauffement climatique, en nous disant nous avons l'occasion unique de dire au revoir à l'ancien monde, à ce 20ème siècle qui hante encore tout. Nous devons écrire car jamais la population ne sera autant en recherche de solution, jamais elle n'a eu et n'aura autant la possibilité de lire. Alors écrivons le monde que nous voulons pour demain; nous avons le temps.

H. Al'Tek

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